Véritable symbole d’une Amérique libre et engagée, Robert Redford a incarné tout au long de sa carrière une multitude de personnages complexes. Journaliste aguerri pour Les Hommes du Président ou encore bandit controversé dans Butch Cassidy et le Kid, ses personnages ne manqueront pas de diversité. Le fil rouge cependant : des rôles intelligemment choisis pour lesquels ses interprétations font sens. Pour Robert Redford, il n’est pas question de s’engager dans une production qui ne respecte pas ses valeurs. Et finalement… il laisse chez le spectateur ce sentiment qu’il a toujours sa place à l’écran.
Icône du cinéma américain des années 70, Robert Redford est surtout un modèle et un appui pour les cinéastes indépendants. En 1981 il fonde le Sundance Institute dans l’Utah dans le but de soutenir de jeunes cinéastes et de promouvoir une économie locale, loin de la sphère hollywoodienne. Rebaptisé le « Sundance Film Festival » en 1991 en référence au rôle de Robert Redford dans Butch Cassidy et le Kid, le festival va révéler de nombreux réalisateurs tels que Quentin Tarantino avec Reservoir Dogs, Damien Chazelle avec Whiplash, Jonathan Dayton avec Little Miss Sunshine… et bien d’autres encore.
« Pour moi, le mot qu’il faut souligner, c’est “indépendance”. J’ai toujours cru en ce mot. […] Je voulais créer un espace qui soutienne les artistes indépendants à qui on ne donnait pas la chance de se faire entendre. »
Robert Redford pour l’Associated Press, 2018
Redford est aussi un acteur qui choisit minutieusement ses rôles, calqués en réponse aux évènements qui touchent l’Amérique des années 70/80. Il joue dans Jeremiah Johnson (réalisé par Sydney Pollack en 1972) un ancien soldat quittant la civilisation pour vivre en ermite dans les montagnes de l’Ouest américain. Le film nous évoque une querelle interne américaine ; un tiraillement entre le besoin d’une société construite et celui de l’émancipation dans la nature. Pour Sydney Pollack, « cela fait tellement parti de l’Amérique que c’est presque un cliché : le plus jeune pays du monde après Israël, qui se souvient encore des terres vierges et qui est déjà hyper-civilisé et au bord de la destruction. Il y a une tension et une dynamique américaines dans ces deux besoins contradictoires, celui de la solitude et celui d’une société chaleureuse. » Robert Redford n’a que trop bien vécu cette opposition ; quand les acteurs migrent vers Hollywood, lui part s’émanciper dans les terres de l’Utah.
Que dire de Les Hommes du Président (réalisé par Alan J. Paluka en 1974), retraçant l’enquête journalistique qui a permis de révéler le scandale du Watergate aux Etats-Unis. Sorti en salles deux ans après la démission de Richard Nixon, le film s’inscrit dans un contexte politique lourd. Robert Redford y incarne un journaliste d’investigation subtil et méthodique, mettant le doigt sur la paranoïa qui gagne les Etats-Unis à cette période. Il confiera lors d’une interview pour l’AARP : « Je voulais me concentrer sur quelque chose que d’après moi peu de gens savaient : comment les journalistes obtiennent l’histoire ? ».
Robert Redford laisse un héritage unique : acteur et réalisateur iconique, militant pour l’environnement et le cinéma indépendant, il a inspiré des générations par son intégrité, son engagement et son soutien aux jeunes talents.
Emma Lallemand