Jessica Pallud s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris
À 19 ans, Jessica Palud effectue un premier stage en régie sur Innocents (2003) de Bernardo Bertolucci. Ensuite, grâce à sa détermination et à l’aide de quelques rencontres, elle devient troisième, puis deuxième et enfin première assistante réalisation, à 25 ans, sur d’importantes productions comme Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola, Astérix aux Jeux Olympiques (2008) de Thomas Langmann et Frédéric Forestier. Elle participe aussi à des films d’auteur signés Philippe Lioret, Eric Lartigau et Carine Tardieu et à plusieurs publicités. C’est à cette époque qu’elle commence à adapter un roman, L’Amour sans le faire de Serge Joncour. « Ce projet a pris beaucoup de temps car, même si l’écriture du livre est très belle, il était difficilement adaptable au cinéma », témoigne Jessica Palud. « Le sujet était très proche de Juste la fin du monde de Xavier Dolan si bien que j’ai décidé de changer mon fusil d’épaule et que j’ai fait un court métrage. » C’est dans ce contexte qu’elle s’attelle à Marlon, l’histoire d’une gamine qui va retrouver sa mère en prison : le film est sélectionné dans plusieurs festivals et remporte de nombreuses distinctions, dont le prix Grand Action au festival de Cannes et une nomination aux César. Grâce au succès de son court, la réalisatrice reprend son scénario de long métrage, intitulé Revenir, qu’elle réussit à financer. « Tout à coup, j’ai eu accès à des acteurs de premier plan comme Niels Schneider et Adèle Exarchopoulos, et le film a été sélectionné dans la section Orizzonti [l’équivalent d’Un certain regard au festival de Cannes] à la Mostra de Venise. Revenir a même obtenu le prix du scénario ! »
Pendant le montage de son premier film, Jessica Palud découvre Tu t’appelais Maria Schneider de Vanessa Schneider, qui retrace le parcours de l’actrice, sa cousine : passionnée par Maria Schneider, la cinéaste se met en tête de transposer l’ouvrage au cinéma. « J’ai rencontré Vanessa, qui avait reçu pas mal de propositions, et je lui ai expliqué que je voulais faire une adaptation très libre en adoptant le point de vue de Maria. Je crois que c’est ce parti-pris, cette volonté de faire un portrait introspectif, très près de Maria, qui lui a plu », complète Jessica Palud. Quand Vanessa Schneider découvre Revenir en salle de montage, elle est convaincue de donner son accord à la réalisatrice. Et si Maria a, une fois encore, été difficile à se monter, il a été présenté en sélection officielle à Cannes et, depuis, il est sorti dans une quarantaine de pays.
C’est pendant le montage de Maria que Jessica Palud est contactée par HBO qui souhaite créer une série à partir des Liaisons dangereuses de Laclos. « Leur idée, c’était de s’intéresser à Merteuil pour comprendre comment elle est devenue Merteuil », explique la cinéaste. « Ça m’a passionnée. » Pour elle, seule Anamaria Vartolomei, qui tenait le rôle-titre de Maria, s’impose pour le personnage de Merteuil. Là encore, après un cheminement complexe, la série, à la fois audacieuse et plastiquement somptueuse, est une totale réussite. « Elle est sortie dans les 70 territoires de HBO, elle s’est classée 2ème sur la plateforme dans les premières semaines de sa diffusion, et elle est encore 4ème à l’heure actuelle, y compris en Thaïlande, en Australie et au Moyen-Orient, alors qu’elle est sortie mi-novembre. Pour une série française, c’est un très beau succès », conclut Jessica Palud.