Portrait d’Alex Lutz

Publiée le 26 March 2026
Portrait d’Alex Lutz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alex Lutz s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris.

Originaire de Strasbourg, Alex Lutz envisage d’abord le dessin, mais se réfugie rapidement dans le jeu et l’humour – lui qui, enfant, est un peu complexé et guère sportif. « Pour ne pas subir les sarcasmes, j’ai vite compris la force de l’humour », confie-t-il. « De toute façon, les choses négatives qu’on vit dans l’enfance sont fondatrices. Par exemple, j’adorais les mauvais profs. Plus ils étaient bêtes et ennuyeux, plus je les imitais. » Un don qu’il va mettre rapidement à profit sur scène. « À 15 ans, j’ai découvert le théâtre. Et le théâtre a été la mise en relief des petites histoires que je racontais en dessinant. »

Très vite, à 17 ans, il est engagé par des compagnies de théâtre et touche ses premiers cachets, avant de créer sa propre compagnie pour laquelle il écrit et met en scène ses spectacles. Il fréquente aussi plusieurs acteurs et comiques, comme Pierre Palmade et Sylvie Joly. Dès 2004, il décroche des seconds rôles dans des téléfilms et des séries, de Scènes de ménage (2009) à SODA (2011-2014). Mais c’est avec la série de sketchs Catherine et Liliane, où il interprète une secrétaire qui n’a pas la langue dans sa poche aux côtés de Bruno Sanches, qu’il s’impose auprès du grand public. « On est tombé sur deux femmes qui avaient typiquement le même rapport de domination et de suiveuse que nous », se souvient-il. « Nous avons suivi ces deux personnes à 10 mètres derrière et on a commencé à les imiter. » Alex Lutz retrouve alors son plaisir enfantin de se grimer et de se transformer. « Tous les acteurs rêvent de jouer une femme. Il suffit pour cela d’avoir la silhouette et la capacité vocale adéquate. Qui mieux qu’une femme peut offrir une telle palette de sentiments ? Cela n’a-t-il d’ailleurs pas donné lieu à un film superbe, Tootsie ? »

Remarqué pour la plasticité de son jeu et son vaste registre, Alex Lutz fait ensuite ses débuts au cinéma, avec, notamment, le personnage de Von Zimmel dans OSS 117 : Rio ne répond plus (2009) de Michel Hazanavicius. « C’est grâce à Jean Dujardin », poursuit-il. « Il m’avait vu dans un sketch à la télé et m’a appelé pour OSS. » Il enchaîne avec plusieurs comédies comme Il reste du jambon ? (2010), Hollywoo (2011) et Sous les jupes des filles (2014). En 2015, il passe à la réalisation avec Le Talent de mes amis, où il joue lui-même aux côtés d’Audrey Lamy et Bruno Sanches. « Avec Le Talent de mes amis, je ne voulais pas faire une pure comédie, mais teinter la comédie de mélancolie. On en a tous, des moments de crise existentielle comme ça. Pour ce film, tout est parti d’un des sketches… Un sketch né de ce qui nous arrive souvent dans la vie et qui nous amuse : cette jalousie qui naît quand les deux autres font un truc de leur côté », précise-t-il.

S’il continue à jouer dans les films des autres, des Visiteurs La Révolution (2016) à Knock (2017) aux côtés d’Omar Sy, il signe son deuxième long métrage avec Guy (2018), faux documentaire épatant autour d’un chanteur de variétés qui a triomphé dans les années 1960 et 1970. « Dans ma tête, j’avais envie d’une histoire libre, un faux documentaire, cela autorise plein de choses, dont une chronologie éclatée », raconte-t-il. « C’est un mode de récit qui me plaisait. Dans un deuxième temps, j’ai créé ce personnage de bout en bout, comme on attaque un roman. J’avais une idée de la structure, je me suis laissé porter. Sur ce mode, j’ai raconté une histoire : un journaliste qui va à la rencontre de son père Guy, une vedette populaire, dont il est le fils illégitime. » 

Variant les genres dans son travail de comédien, il campe aussi bien un PDG abject dans la série Dérapages qu’un tennisman vieillissant dans 5ème set (2021), et se produit même devant la caméra de Gaspar Noé, cinéaste audacieux et singulier, dans Vortex (2021). Il détaille : « Gaspar Noé avait beaucoup aimé mon film Guy et il savait que j’y avais fait la part belle à l’improvisation. Il avait écrit quinze pages, mais pas de dialogues. Cela laisse une grande place à l’imagination et à la collaboration. J’ai dit oui tout de suite. Je l’aurais suivi au bout du monde, parce que c’est un cinéaste intéressant. »

En 2023, il signe Une nuit, autour d’une brève rencontre entre deux êtres attirés l’un par l’autre en plein Paris. Plébiscité par la critique et présenté au festival de Cannes, le film est porté par l’interprétation exceptionnelle de Karin Viard. Il revient sur la genèse du projet : « J’ai été témoin d’une dispute banale dans le métro… Leur engueulade était pleine de charme, d’arguments assez truculents. Je me suis dit “tiens, ils ont l’air de bien se plaire en même temps. Je les ai imaginés faire l’amour maladroitement dans un photomaton… Et s’ils ne se quittaient plus de toute la nuit ?” »  Après avoir joué un commissaire-priseur intraitable dans Le Tableau volé (2024) de Pascal Bonitzer et incarné Pierre Bergé dans la série Becoming Karl Lagerfeld, il transpose le roman de Nicolas Mathieu pour son quatrième long métrage, Connemara en 2025. Il évoque ce qui l’a inspiré dans l’écriture du romancier : « Son incroyable acuité, sa manière de décrire comment le grand corps social infuse la vie de ses personnages, dans leurs attitudes, leurs gestes… De plus, il parle de la France, d’une certaine France, sans que ce soit un texte politique : il trace une subtile cartographie sociologique, mais aussi sensorielle, des êtres, sans une once de pédagogie de comptoir. » Véritable bourreau de travail, Alex Lutz sera  prochainement à l’affiche de Camembert et du Sens de la vie.

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