Raphaël Personnaz s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris.
Issu d’un milieu artistique, Raphaël Personnaz intègre le Conservatoire national d’art dramatique avant de compléter sa formation au célèbre cours Florent. Il décroche un second rôle dans Le Roman de Lulu (2000) où il donne la réplique à Thierry Lhermitte et Claire Keim. Puis, il tourne pour la télévision, de la série Nestor Burma au téléfilm Quand la mer se retire de laurent Heynemann. On le retrouve ensuite sur le grand écran dans À la petite semaine (2003) de Sam Karmann, La Première fois que j’ai eu 20 ans (2004) de Lorraine Lévy et La Faute à Fidel (2006) de Julie Gavras. Pour autant, il ne néglige pas la scène, se produisant dans Van Gogh à Londres de Richard Wright, en 2007, ou dans Médée de Jean Anouilh, mise en scène par Ladislas Chollat, deux ans plus tard. Mais c’est son interprétation mémorable du duc d’Anjou dans La Princesse de Montpensier (2010) de Bertrand Tavernier qui l’impose et lui vaut même une nomination aux César. Le jeune comédien est très admiratif du cinéaste : « Bertrand place ses comédiens dans un état d’alerte parce qu’on sait d’entrée de jeu qu’on n’aura que trois ou quatre prises », dit-il. « Ce qui nous oblige à être extrêmement naturels et concrets et à éviter toutes sortes d’effets. Avec Bertrand, les acteurs ne sont jamais dans une position statique en train de débiter un texte, mais systématiquement inscrits dans l’action. Du coup, le texte devient fluide et on n’a pas l’impression d’être dans une reconstitution. »
Changement radical de registre, en 2011, avec Forces spéciales où il campe un membre des forces spéciales chargé de sauver une journaliste en péril. « Une aventure humaine éprouvante aussi bien physiquement que mentalement », se souvient-il. En 2013, il est aussi à l’aise dans la comédie romantique La Stratégie de la poussette que dans la satire politique Quai d’Orsay qui lui permet, pour l’occasion, de retrouver Tavernier. Passant d’un genre à l’autre, il incarne Franck Magne, flic qui ne lâche rien, dans le très sombre L’Affaire SK1, autour de l’affaire Guy Georges. L’acteur s’est passionné pour le sujet : « J’ai trouvé le scénario extrêmement riche et documenté : il m’a replongé dans ce climat de psychose qui régnait dans Paris et dont je gardais un souvenir assez précis. C’est d’abord la dimension d’enquête policière qui m’a passionné : j’ai été saisi par certains hasards et rebondissements auxquels sont confrontés les flics. D’autre part, j’ai été sensible au combat mené par le personnage de Nathalie Baye qui cherche à faire de Guy George un homme, entièrement responsable de ses actes, et non un monstre, aux yeux du jury. C’est le genre d’histoire dont on ne sort pas avec des réponses définitives et qui nous renvoie à tout ce dont l’homme est capable : aussi
bien l’horreur absolue que, dans le cas de mon personnage, un sens marqué du sacrifice et de l’abnégation. »
Il enchaîne avec Une nouvelle amie (2014) de François Ozon, Dans les forêts de Sibérie (2016) de Safy Nebbou ou encore Persona Non Grata (2018) de Roschdy Zem où il affronte Nicolas Duvauchelle. En 2022, il campe Paul qui traverse la vie de Julia dans Le Tourbillon de la vie, fresque romanesque sur les hasards de l’existence signée Olivier Treiner. Deux ans plus tard, il incarne Maurice Ravel dans Boléro d’Anne Fontaine, rôle pour lequel il n’hésite pas à perdre 10 kilos pour se glisser dans la peau du personnage : « Alexandre Tharaud [le pianiste qui l’a coaché] m’avait confié que, lorsqu’il jouait du Ravel, il avait le sentiment de rentrer dans ses mains. J’aimais beaucoup l’image. J’ai essayé d’appliquer cela à mon corps. Ravel se tient toujours très droit. Il existe vingt-trois petits films muets de lui : dès qu’il sent que l’attention est posée sur lui, qu’il repère la caméra ou que quelqu’un s’approche de lui, il se raidit. » Domestique discret, mais dont l’indignation est palpable, dans La Femme la plus riche du monde (2025) de Thierry Klifa, il interprète un agent secret en mission extérieure dans Mata (2026) de Rachel Lang. Il évoque sa préparation hors normes pour les besoins du rôle : « J’ai suivi une ‘formation’ pendant trois jours et trois nuits, comme le font les agents de la DGSE, avec Eye [Haïdara], Joséphine [Japy] et Franck [Morand]. Au bout de trois jours, on adopte une certaine disposition d’esprit et on devient paranoïaque ! Plus j’avance dans mon métier, moins je crois à la psychologie des personnages, et plus je crois à leur action, à leur travail, à leur comportement. C’est une manière d’aborder les personnages qui me convient car on est dans la sensation de ce qu’ils vivent immédiatement. Avec Eye, Joséphine, et Franck, on a vécu une expérience à part qui nous a soudés : on n’avait plus besoin de prouver qu’on était agents de la DGSE, on en était convaincus ! À tel point que j’étais sûr qu’ils allaient m’engager ! »