La guerre des mondes – un film passé inaperçu

Publiée le 18 February 2026
La guerre des mondes – un film passé inaperçu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Guerre des mondes est un film qui me hante depuis des années. Pour cet article, une question se pose très vite : comment réussir à parler d’un film pareil ? Par quel bout le prendre ? La Guerre des mondes est un objet inouï, de ceux dont on sort sans trop savoir ce qu’on a vu, ni même si ce qu’on a vu a réellement existé. À partir du moment où l’on commence à douter de la possibilité même d’un tel film, vous imaginez bien que l’idée d’en écrire un article devient un gouffre.

Revoir le film aujourd’hui, presque vingt ans plus tard, c’est redécouvrir à quel point il condense les angoisses américaines du début des années 2000. Spielberg ne filme pas seulement une invasion extraterrestre ; il filme un monde qui s’effondre sans explication, un pays qui ne comprend plus ce qui lui arrive. La première apparition des Tripods surgissant d’un sol qui se fend comme une plaie est impossible à détacher des images du 11 septembre. La poussière grise, les buildings éventrés, les foules sidérées : tout renvoie à un imaginaire collectif traumatisé. Ce n’est pas un clin d’œil, c’est une empreinte. Ce qui frappe en revoyant La Guerre des mondes, c’est surtout sa capacité incroyable à inscrire chaque scène dans la mémoire du spectateur.

C’est peut-être ce que Spielberg maîtrise ici mieux que jamais : la faculté de créer des moments si sensoriels, si immédiats, qu’ils semblent imprimés en nous avant même que la scène ne se termine. La voiture qui s’arrête devant un carrefour déjà envahi ; la pluie de vêtements tombant du ciel comme un épouvantable écho des disparus ; le ferry pris d’assaut, basculant au-dessus d’une mer noire ; la cave où la lumière rouge des Tripods glisse sur les murs comme un organe vivant. Ce sont des images qui restent, non pas pour leur spectacle, mais pour leur charge viscérale. Chaque scène est un choc, chaque choc un souvenir. Au centre du film, il y a Ray Ferrier, interprété par un Tom Cruise étonnamment fragile. Ray n’a rien d’un sauveur spectaculaire que l’acteur incarne d’habitude : c’est un père un peu paumé, souvent maladroit, encore en apprentissage malgré son âge. Son divorce l’a laissé à distance de ses enfants, et chaque tentative pour les rassurer semble échouer avant même de commencer. C’est précisément cette fêlure qui rend le personnage si précieux : il ne sait pas comment être un bon père, mais il va devoir le devenir dans l’urgence la plus totale. Sa mission n’est pas de sauver la planète ; elle est plus difficile que cela : il doit garder ses enfants vivants, et surtout leur montrer qu’ils peuvent compter sur lui. C’est là que réside le véritable héroïsme du film. La relation de Ray avec Rachel et Robbie devient le cœur battant du récit. Chaque dialogue, chaque regard, chaque geste maladroit de protection raconte à quel point l’amour parental peut être imparfait mais profondément réel.

La scène du ferry condense à elle seule tout cela. C’est une séquence d’une virtuosité formelle, remarquable, mais aussi l’un des moments les plus amers du film. À l’instant où Ray et ses enfants tentent d’embarquer, la foule derrière eux se met à pousser, à hurler, à se battre pour quelques centimètres d’espace. Les Tripods sont là, menaçants, mais Spielberg montre autre chose : l’humain devient soudain un danger peut-être plus immédiat, plus incontrôlable que l’invasion elle-même. Le monstre, pour quelques minutes, n’a plus trois pattes métalliques, il a des visages humains, désespérés, écrasés par la panique. Le chaos ne vient plus du ciel, mais de la masse. Spielberg filme ce moment presque comme une Arche de Noé inversée : un radeau de survie qui, au lieu de protéger, menace de s’effondrer sous la pression des hommes eux-mêmes.

L’horreur du film est là : l’instinct de survie transforme parfois l’homme en un monstre plus dangereux que n’importe quelle créature venue d’ailleurs.

On reproche parfois au film sa fin abrupte, presque frustrante. Mais c’est précisément cette absence de catharsis qui fait sa force. Les extraterrestres ne sont vaincus ni par l’armée, ni par la bravoure humaine : ils tombent, soudainement, comme si leur puissance avait toujours été dérisoire. Et le monde, lui, reste cabossé. Il n’y a pas de grand discours, pas de célébration, pas de triomphe. Juste une famille qui se retrouve tant bien que mal. Comme après un traumatisme collectif, il n’y a pas de victoire, seulement une forme de survie.

C’est pour cela que La Guerre des mondes est un film si marquant. Au-delà du spectacle, il existe une lucidité brutale sur la fragilité du monde contemporain. Au-delà des Tripods, il y a l’idée d’un monde où tout peut basculer en un instant. Chaque souffle, chaque instant semble conçu pour s’imprimer durablement dans notre mémoire, comme une cicatrice sur notre visage. Un détail facinant est la façon dont Spielberg relie le film à son enfance : les grands-parents des enfants que l’on voit à la fin, étaients en réalité acteurs de l’adaptation filmique de 1953. Une boucle narrative incroyable : des témoins d’une invasion fictive des années 50 se retrouvent, cinquante ans plus tard, dans le rôle de figures familières, veillant sur la nouvelle génération. Comme si l’histoire de la peur, de la survie et de l’humanité se transmettait de façon tangible entre les générations, donnant au film une profondeur inattendue.

Romann Magnin

Seine-Saint-Denis Fabrique de rappeurs

Publiée le 12 February 2026
Seine-Saint-Denis Fabrique de rappeurs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur les ondes et dans les playlists, le « 93 » n’apparaît pas par hasard : depuis la fin des années 1980 et surtout durant les années 1990, une scène rap puissante s’est structurée dans les quartiers populaires de Seine-Saint-Denis, faisant éclore des artistes qui allaient redéfinir la musique urbaine en France.

Saint-Denis a longtemps été décrit comme l’un des berceaux du mouvement hip-hop français graffiti, breakdance, sound systems et rap y ont trouvé un terreau particulièrement fertile au lendemain de la désindustrialisation et face à la montée du chômage. Ce rôle historique est documenté par des enquêtes de terrain et des récits de la scène qui font du département un épicentre culturel, au-delà des clichés médiatiques. La genèse se lit dans les visages et les noms qui ont marqué cette période.

Suprême NTM, formé à Saint-Denis en 1989 par JoeyStarr et Kool Shen, a cristallisé la colère et la fierté d’une jeunesse mise à l’écart, et posé des codes esthétiques et discursifs repris ensuite par quatre générations d’artistes. Les pratiques de rue graffitis sur les murs, jams de danse et premiers sound systems ont structuré un écosystème créatif où la musique devient à la fois mode d’expression et mode de vie. Ces racines collectives expliquent pourquoi la culture hip-hop a si durablement marqué le département.

La sociologie du 93 aide à comprendre cette permanence. Seine-Saint-Denis reste l’un des départements les plus jeunes et les plus denses d’Île-de-France, avec une population multiculturelle et des politiques publiques oscillant entre investissements culturels et déséquilibres socio-économiques. Ces caractéristiques favorisent une culture orale et de rue où le rap trouve à la fois son public et son réservoir d’expériences à raconter : quartiers, tours et cités deviennent matière première des textes, autant que des lieux d’apprentissage studios associatifs, MJC, collectifs et radios locales participent à la reproduction de ce vivier. Les données INSEE et les travaux socioculturels confirment l’importance d’un vivier jeune et urbain dans la dynamique locale.

La suite, c’est la mise en scène de la réussite : du local au national, puis au numérique. Des villes comme Sevran ont vu émerger Kaaris, Kalash Criminel ou Maes ; leurs parcours illustrent la trajectoire d’artistes qui passent des scènes de quartier aux millions de streams et aux contrats avec de grands labels. Le basculement vers le mainstream s’accélère au XXIᵉ siècle : plateformes de streaming, réseaux sociaux et économies de playlist ont permis à des voix initialement périphériques de toucher un public massif, le rap est aujourd’hui l’un des genres les plus streamés en France, et plusieurs artistes issus de la Seine-Saint-Denis figurent parmi les têtes d’affiche du paysage musical francophone.

Cette reconnaissance n’efface pas les tensions : glorification médiatique, accusations de violence ou de misérabilisme, et parfois une relation ambivalente des institutions à ces expressions culturelles. Pourtant, la réalité que racontent ces artistes, précarité, quête d’identités, solidarité de quartier a trouvé dans le rap un langage audible, commercialisable et exportable. Les Victoires de la musique, les grosses ventes et les chiffres de streaming ne sont que la face visible d’un processus long où le travail collectif (collectifs de beatmakers, petites salles, initiatives locales) a été déterminant.

Mohamed Bensmati

Portrait Franzo Curcio

Publiée le 3 February 2026
Portrait Franzo Curcio

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Franzo Curcio s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris.

D’origine italienne, Franzo Curcio vit à Paris depuis une vingtaine d’années et s’intéresse au cinéma depuis le lycée. Pendant ses études de sciences politiques, à Rome, il entreprend un mémoire autour de la propagande du fascisme pendant la Seconde Guerre mondiale et de l’instrumentalisation du cinéma comme outil de communication de masse. Quand il arrive en France, on lui propose de travailler sur le régime de Vichy, mais il comprend qu’il n’a pas vocation à rester enfermé dans une bibliothèque. Il commence à effectuer des stages dans le cinéma et, grâce à une rencontre avec une directrice de casting, il devient assistant casting pendant trois ans. « Je ne savais pas faire grand-chose », confie-t-il, « mais j’avais beaucoup de volonté et d’envie. » Au bout de trois ans, il travaille seul, d’abord sur Musée haut, musée bas (2007) de Jean-Michel Ribes, puis sur l’ensemble des réalisations de Mathieu Amalric et le dernier opus d’Alain Corneau, Crime d’amour en 2009. Il a également collaboré avec Paul Verhoeven (Benedetta, 2021) ou Xavier Giannoli (Illusions perdues, 2021, et son prochain film, Les Rayons et les ombres).

Très vite, Franzo Curcio se spécialise dans les seconds rôles. « Les premiers rôles m’intéressent moins car, avec les seconds rôles, on a un rapport direct avec le réalisateur », dit-il. « Pour les premiers rôles, il y a un grand nombre d’intervenants décisionnaires comme les chaînes de télé et la marge de manœuvre est beaucoup plus étroite. » Pour le directeur de casting, son métier ne se conçoit qu’en allant voir les comédiens au théâtre et au cinéma. « C’est une histoire de terrain », confirme-t-il.

S’il n’est pas fermé à la comédie, ses rencontres l’ont poussé à travailler surtout pour des films d’auteur. « Je n’ai pas de chapelle, et c’est le hasard qui m’a guidé sur ce chemin », reprend-il. « Ce sont des boîtes de production ou des réalisateurs qui me contactent et c’est comme ça que je me suis retrouvé à travailler sur une certaine typologie de films. » C’est ainsi que Franzo Curcio collabore régulièrement avec Edouard Baer, Valeria Bruni-Tedeschi ou Nadav Lapid. De même, il n’a participé qu’à deux séries, l’une signée Xavier Durringer et la seconde Laurent Tuel. « Il y a encore une séparation assez stricte entre le cinéma et la télévision », regrette-t-il. Ce qui ne l’empêche pas de rester extrêmement actif et sollicité…

Bad Bunny – DeBÍ TiRAR MáS FOToS

Publiée le 27 January 2026
Bad Bunny – DeBÍ TiRAR MáS FOToS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un instant reste gravé dans la mémoire d’un individu lorsqu’il contient une charge émotionnelle suffisamment puissante pour susciter de la nostalgie, mais il arrive que le plus traître des compagnons de voyage, le temps, en fasse son affaire personnelle. Pour contrecarrer ses desseins, nous brandissons notre appareil photo et figeons, dans son infinité, des sourires, des portraits, des animaux et des paysages. Pour bien démarrer cette nouvelle année 2026, permettez-moi d’être votre chauffeur, je vous demanderai de bien vouloir mettre votre ceinture et de bien regarder les rétroviseurs pour vous souvenir du chemin que vous avez parcouru. Nous partons pour Puerto Rico accompagné de l’album qui a marqué le monde depuis le 5 janvier 2025 : DeBÍ TiRAR MáS FOToS de Bad Bunny.

La musique hispanophone n’étant pas la plus populaire en France, laissez-moi vous présenter rapidement notre artiste. Aussi appelé par son vrai prénom Benito par ses aficionados, Bad Bunny s’impose très rapidement depuis 2016 comme l’un des plus grands chanteurs de reggeaton et de dembow que notre planète ait porté. Multipliant les records d’écoutes et de certifications avec sa musique, le magazine américain Forbes le surnomme « El Rey del Pop » après la sortie de Un verano sin ti en 2023. Bien que ce surnom soit plus que valorisant pour l’artiste, je pense qu’il ne le qualifie pas correctement, l’« anti-popstar » lui conviendrait beaucoup plus, je m’explique.

Deux chaises monoblocs sur la couverture de l’album ont suffi pour provoquer un élan de nostalgie dans tous les foyers du monde qui se sont déjà assis dedans. Accompagnant les discussions estivales tardives ou même les célébrations les plus joyeuses, ces chaises au faible coût s’adressent à tous les peuples dont les pays souffrent silencieusement.

 

Benito dénonce, à travers le court-métrage accompagnant son œuvre (dont le protagoniste est incarné par Jacobo Morales, acteur et réalisateur portoricain) l’américanisation et la gentrification du Puerto Rico dans lequel il a vécu toute sa vie mais également la mise en danger de la biodiversité locale avec la personnification du crapaud Concho présent dans le court-métrage et dans les canvas Spotify de l’album. Ce crapaud Concho, devenu symbole de résistance portoricaine, se voit lutter d’abord contre le changement climatique, mais aussi contre l’importation massive, depuis le XXe siècle, du crapaud commun de Suriname qui sert à protéger les exploitations de canne à sucre mais qui est très envahissant et beaucoup moins discret que notre cher Sapo Concho.

L’amour est un sujet récurrent dans le projet. L’artiste s’exerce à la salsa avec la composition des jeunes adultes de la Escuela Libre de Música Ernesto Ramos Antonini dans BAILE INoLVIDABLE et raconte sa relation avec une femme qu’il ne veut pas effacer de sa mémoire tant elle lui a appris à danser, à aimer, à grandir en tant qu’homme. Certains affirment que le morceau est une déclaration d’amour à son territoire qui l’a vu prendre de l’âge. Le morceau TURiSTA raconte les aventures rapides et superficielles que vit l’artiste, qui n’ont pas le temps de fleurir et de s’approfondir correctement, à la manière d’un touriste qui visite un pays pour ses paysages et ses divertissements sans se pencher sur les plaies qui attendent d’être soignées. BOKeTE compare, implicitement, une relation qu’il considère comme un obstacle aux routes terriblement entretenues par le gouvernement portoricain, qui empêche une circulation fluide.

À l’aube d’un halftime show du Superbowl 2026 qui sera diffusé partout dans le monde et surtout aux États-Unis, l’artiste explicite également ses positions contre le gouvernement américain de Donald Trump et ses politiques migratoires questionnables. Ses concerts refusent catégoriquement d’être programmé aux États-Unis pour éviter la présence de la police chargée de l’immigration (ICE) à la sortie des salles et ainsi protéger ses auditeurs d’un contrôle voire d’une expulsion du territoire.

« Ce pays n’est rien sans les immigrants. »

dit la voix reproduite par IA du président américain dans le clip de NUEVAYoL, sorti le jour de la déclaration de l’indépendance américaine.

Bad Bunny retrace à travers cet album la vie de plus de 3 millions de portoricains et même de la quasi-entièreté de l’Amérique Latine. Plus qu’un hommage, DeBÍ TiRAR MáS FOToS, est une lettre d’amour à ces personnes qui ont dû quitter leurs terres en quête d’un avenir stable et meilleur en faisant face au racisme systémique d’une société de moins en moins tolérante, à ces personnes qui, au contraire, ont dû rester pour empêcher la capitalisation, si ce n’est l’effacement, de leur culture face aux puissances mondiales dominantes, le tout en vivant dans des conditions défavorables. L’anti-popstar rappelle aux siens l’importance de vivre le moment présent, d’aimer ses proches le plus possible tant qu’ils sont là, de faire battre son cœur à l’unisson au rythme du reggeaton, du dembow, de la salsa, de s’unir autour de ces danses, de résister et d’afficher, peu importe ce que l’on vit, un sourire qui mériterait plus souvent d’être pris en photo.

« Mientras uno está vivo, uno debe amar lo más que pueda » – Jacobo Morales

Anushan Ramesh

Portrait de Jessica Pallud

Publiée le 15 January 2026
Portrait de Jessica Pallud

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jessica Pallud s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris

À 19 ans, Jessica Palud effectue un premier stage en régie sur Innocents (2003) de Bernardo Bertolucci. Ensuite, grâce à sa détermination et à l’aide de quelques rencontres, elle devient troisième, puis deuxième et enfin première assistante réalisation, à 25 ans, sur d’importantes productions comme Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola, Astérix aux Jeux Olympiques (2008) de Thomas Langmann et Frédéric Forestier. Elle participe aussi à des films d’auteur signés Philippe Lioret, Eric Lartigau et Carine Tardieu et à plusieurs publicités. C’est à cette époque qu’elle commence à adapter un roman, L’Amour sans le faire de Serge Joncour. « Ce projet a pris beaucoup de temps car, même si l’écriture du livre est très belle, il était difficilement adaptable au cinéma », témoigne Jessica Palud. « Le sujet était très proche de Juste la fin du monde de Xavier Dolan si bien que j’ai décidé de changer mon fusil d’épaule et que j’ai fait un court métrage. » C’est dans ce contexte qu’elle s’attelle à Marlon, l’histoire d’une gamine qui va retrouver sa mère en prison : le film est sélectionné dans plusieurs festivals et remporte de nombreuses distinctions, dont le prix Grand Action au festival de Cannes et une nomination aux César. Grâce au succès de son court, la réalisatrice reprend son scénario de long métrage, intitulé Revenir, qu’elle réussit à financer. « Tout à coup, j’ai eu accès à des acteurs de premier plan comme Niels Schneider et Adèle Exarchopoulos, et le film a été sélectionné dans la section Orizzonti [l’équivalent d’Un certain regard au festival de Cannes] à la Mostra de Venise. Revenir a même obtenu le prix du scénario ! »

Pendant le montage de son premier film, Jessica Palud découvre Tu t’appelais Maria Schneider de Vanessa Schneider, qui retrace le parcours de l’actrice, sa cousine : passionnée par Maria Schneider, la cinéaste se met en tête de transposer l’ouvrage au cinéma. « J’ai rencontré Vanessa, qui avait reçu pas mal de propositions, et je lui ai expliqué que je voulais faire une adaptation très libre en adoptant le point de vue de Maria. Je crois que c’est ce parti-pris, cette volonté de faire un portrait introspectif, très près de Maria, qui lui a plu », complète Jessica Palud. Quand Vanessa Schneider découvre Revenir en salle de montage, elle est convaincue de donner son accord à la réalisatrice. Et si Maria a, une fois encore, été difficile à se monter, il a été présenté en sélection officielle à Cannes et, depuis, il est sorti dans une quarantaine de pays.

C’est pendant le montage de Maria que Jessica Palud est contactée par HBO qui souhaite créer une série à partir des Liaisons dangereuses de Laclos. « Leur idée, c’était de s’intéresser à Merteuil pour comprendre comment elle est devenue Merteuil », explique la cinéaste. « Ça m’a passionnée. » Pour elle, seule Anamaria Vartolomei, qui tenait le rôle-titre de Maria, s’impose pour le personnage de Merteuil. Là encore, après un cheminement complexe, la série, à la fois audacieuse et plastiquement somptueuse, est une totale réussite. « Elle est sortie dans les 70 territoires de HBO, elle s’est classée 2ème sur la plateforme dans les premières semaines de sa diffusion, et elle est encore 4ème à l’heure actuelle, y compris en Thaïlande, en Australie et au Moyen-Orient, alors qu’elle est sortie mi-novembre. Pour une série française, c’est un très beau succès », conclut Jessica Palud.

Portrait Pascal Elbé

Publiée le 17 December 2025
Portrait Pascal Elbé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pascal Elbé s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris.

Issu d’un milieu modeste, Pascal Elbé grandit à Strasbourg. C’est là qu’un jour, à 16 ans, il découvre Tartuffe de Molière au théâtre, avec Gérard Depardieu dans le rôle-titre. C’est une révélation ! Il sera, lui aussi, comédien. « Comme dans Billy Elliot, à la fin du premier cours de théâtre, j’ai traversé un pont en courant », dit-il. « Tout d’un coup, j’étais animé par quelque chose de nouveau. » Dès son bac en poche, il débarque à Paris où il commence par enchaîner les petits boulots, sans jamais renoncer à son rêve. C’est pourtant l’écriture qui lui ouvre les portes du milieu du théâtre, avec Charité bien ordonnée (1992), monté avec succès au mythique Splendid, et Tout baigne ! (1995), mis en scène au Café de la Gare.

La même année, il fait ses premiers pas au cinéma dans Fallait pas ! (1995) de Gérard Jugnot, aux côtés de Jean Yanne. Mais c’est avec Père et fils (2003) de Michel Boujenah, dont il coécrit le scénario, qu’il se fait connaître du grand public et qu’il est nommé au César du meilleur espoir masculin. L’occasion, aussi, d’y côtoyer le grand Philippe Noiret. « Après, on n’a pas envie de tomber dans une forme de médiocrité », confie-t-il. Il enchaîne plusieurs comédies, comme L’Amour aux trousses (2004) et Le Cactus (2005), sans négliger d’autres genres comme le polar avec Les Mauvais joueurs (2005). Il continue son travail de scénariste en coécrivant Mauvaise foi (2006) de son ami Roschdy Zem, dont il est également interprète.

En 2009, il passe à la réalisation avec Tête de turc, remarquable film noir à résonance sociale et politique, dans un registre qu’on n’attendait pas forcément de sa part. « Je ne supporte pas les étiquetages », poursuit-il. Inspiré d’un fait divers tragique, ce premier long métrage nourrit une réflexion citoyenne nécessaire. En 2015, avec Je compte sur vous, il signe un thriller autour de Gilbert Chikli, maître de l’arnaque téléphonique en Israël. « Cette affaire m’avait interpelé », dit-il. « J’ai trouvé l’homme plein de charme, assez brillant, avec un charisme fou. J’ai tout de suite vu la malice dans son regard et le danger qui pouvait en découler. » Devant la caméra, Pascal Elbé s’amuse aussi à jouer avec son image en interprétant le compagnon de Lambert Wilson dans Comme les autres et en passant d’un registre à l’autre, de la comédie comme Tout pour plaire (2004) au drame comme Le Fils de l’autre (2012) et 24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi (2014).

Il revient à la réalisation avec On est fait pour s’entendre (2021) en puisant cette fois dans sa propre histoire. En effet, diagnostiqué malentendant à 42 ans, il a d’abord du mal à accepter cette nouvelle réalité : « Je l’ai mal vécu parce qu’on est atteint dans son orgueil, dans sa dignité. Parce qu’on est diminué », reconnaît-il. Mais il n’est pas du genre à s’apitoyer sur son sort. Bien au contraire, faisant preuve d’une formidable autodérision, il signe une comédie romantique, marquée par le cinéma italien, qui fait mouche. Quatre ans plus tard, il signe La Bonne étoile, autour d’un personnage de déserteur, lâche et bourré de préjugés antisémites, pendant la Seconde Guerre mondiale, qui rappelle La Vie est belle de Roberto Benigni. « Ma référence, c’est le cinéma italien, et j’ai toujours aimé convoquer l’émotion si je peux enchaîner avec une vanne et un trait d’humour, ce qui était déjà le cas dans On est fait pour s’entendre », conclut-il. « Je suis sensible à cette pudeur italienne qui permet de dire des choses fortes, sans gêner le spectateur. »

François Ozon filme l’étranger

Publiée le 20 November 2025
François Ozon filme l’étranger

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

François Ozon n’a jamais caché que L’Étranger d’Albert Camus le hantait depuis l’adolescence : relire le livre l’a « profondément ému », et quand les droits sont devenus disponibles il a décidé d’en faire son prochain film. Le projet, produit par la société FOZ en coproduction avec Gaumont et France 2 Cinéma (entre autres), a pris forme en 2025 :

 

Benjamin Voisin a été choisi pour incarner Meursault, aux côtés de Rebecca Marder, Pierre Lottin, Swann Arlaud et Denis Lavant, et la première mondiale a été programmée en compétition officielle à la Mostra de Venise 2025. Gaumont assure la distribution française avec une sortie en salles annoncée le 29 octobre 2025.

Le tournage, qui devait restituer l’Alger de la fin des années 1930, s’est finalement déroulé au Maroc : Ozon a tourné en avril 2025 à Tanger, ville utilisée pour représenter Alger à l’écran. Les premières images et la bande-annonce, diffusées à l’été 2025, traduisent un parti pris esthétique marqué, bande-annonce en noir et blanc et cadre très épuré qui annonce une transposition volontairement sobre et concentrée sur la matière du texte. La photographie est signée Manu Dacosse et la bande-son par la compositrice Fatima Al Qadiri, deux choix qui renforcent l’impression d’un film pensé comme un « objet littéraire » mis en images.

Fidélité ou réinterprétation ? Ozon joue depuis longtemps des deux registres : capable d’adaptations très libres comme de transpositions très maîtrisées, il a expliqué qu’il abordait L’Étranger avec le désir d’en respecter la puissance sans pour autant se mettre en posture d’exégète. Plusieurs maisons de production et notes de presse évoquent un parti pris plutôt « épuré » et fidèle au roman, mais débarrassé des facilités didactiques : Ozon veut rendre la sécheresse et l’étrangeté du texte à travers le regard, la lumière et le rythme du montage, un exercice d’équilibre entre la lettre du livre et la nécessité cinématographique. Ce choix se lit d’ailleurs déjà dans la mise en images et dans l’économie des dialogues de la bande-annonce.

Au-delà du défi formel, l’adaptation pose des questions politiques et morales : L’Étranger est ancré dans l’Algérie coloniale et interroge la rencontre entre des subjectivités, la violence et la justice. Adapter Camus aujourd’hui oblige à se confronter à ce contexte colonial, un terrain sensible qui peut transformer la lecture du roman. Les commentateurs soulignent que le film arrive à un moment où la littérature et le cinéma doivent affronter les héritages impériaux et la manière dont on met en scène l’Autre ; la sélection à Venise signale que les programmateurs estiment qu’Ozon a trouvé une façon pertinente d’ouvrir ces débats à l’écran.

Qu’attendre concrètement ? D’abord un film qui revendique la sobriété : casting jeune et attachant pour le rôle de Meursault (Benjamin Voisin), parti pris visuel en noir et blanc, et un montage qui semble privilégier la lenteur et l’ellipse plutôt que la démonstration. Ensuite, un déplacement du débat vers les questions d’époque et de légitimité : comment raconter l’indifférence sans la justifier, comment restituer la violence sans l’exploiter ? Enfin, la réception au festival de Venise donnera les premières clefs : critiques, polémiques éventuelles, mais surtout la possibilité de mesurer si Ozon a su faire parler Camus au cinéma d’aujourd’hui.

Mohamed Bensmati

Portrait de Samuel Cohen – Ingénieur du son internationale

Publiée le 18 November 2025
Portrait de Samuel Cohen – Ingénieur du son internationale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Samuel Cohen s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris.

Né au Maroc, Sam Cohen s’installe en France avec sa famille à l’âge de 12 ans. Il intègre la prestigieuse école Louis-Lumière, puis il collabore à plusieurs documentaires avant de devenir perchiste. Très tôt attiré par le cinéma italien et américain, il cherche à participer à des productions internationales. Il faut dire qu’il parle couramment plusieurs langues, ce qui lui permet de réaliser ses ambitions professionnelles. « J’ai eu la chance de travailler avec de grands mixeurs son comme Jean-Louis Ducarme (L’Exorciste, Don Giovanni) ou Jean-Paul Mugel, avec qui j’ai collaboré pour Alexandre le Grand d’Oliver Stone et Le Dahlia noir de Brian De Palma », dit-il. « J’ai aussi eu le privilège de travailler avec Woody Allen (Tout le monde dit I Love You), Robert Altman (Prêt-à-Porter) et Jonathan Demme (La Vérité sur Charlie). » Très sensible à la musicalité des langues, même lorsqu’il ne les maitrise pas forcément, il s’attache à la mélodie et à l’intonation des mots plutôt qu’à leur sens pour enregistrer les sons.

Après avoir été perchiste pendant 25 ans, il décide de devenir ingénieur du son et fait ses armes sur des séries télé françaises. Mais son tropisme pour l’international reprend le dessus et il ne tarde pas à collaborer à des productions anglo-saxonnes, italiennes, israéliennes, et franco-marocaines. En 2016, il reçoit son premier prix pour Dogs de Bogdan Mirica, film roumain sélectionné au festival de Cannes. « Pendant la cérémonie, à Bucarest, j’ai dû reconnaître que j’étais un escroc parce qu’on me remettait un prix pour le son d’un film dont je ne comprenais pas un seul mot », confie-t-il en riant. Un an plus tard, il décroche une nouvelle distinction pour Foxtrot de Samuel Maoz, tourné en hébreu. En trente ans de carrière, Sam Cohen se voit décerner des prix pour deux films en langue étrangère.

Plus récemment, il a été l’ingénieur du son de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? de Philippe de Chauveron, les séries Kaboul Kitchen, Tunnel et Désordres, pour Canal Plus, Le Bonheur des uns… de Daniel Cohen, la série Netflix Plein cœur, et On est faits pour s’entendre de Pascal Elbé.

En repensant à ses nombreuses expériences sur des productions internationales, il conclut : « Le mélange des langues n’est pas du tout un handicap. Bien au contraire, cela donne des tonalités différentes en matière de son, d’énergie et d’intonations qui produisent des variations de rythme. On a l’impression d’avoir des mélodies qui viennent de plusieurs pays. Je me suis d’ailleurs rendu compte que lorsqu’un acteur joue bien, même si je ne comprends pas ce qu’il dit, la ‘musique’ de ses dialogues me permet de suivre la scène. »

Robert Redford – Un héritage inspirant

Publiée le 19 October 2025
Robert Redford – Un héritage inspirant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Véritable symbole d’une Amérique libre et engagée, Robert Redford a incarné tout au long de sa carrière une multitude de personnages complexes. Journaliste aguerri pour Les Hommes du Président ou encore bandit controversé dans Butch Cassidy et le Kid, ses personnages ne manqueront pas de diversité. Le fil rouge cependant : des rôles intelligemment choisis pour lesquels ses interprétations font sens. Pour Robert Redford, il n’est pas question de s’engager dans une production qui ne respecte pas ses valeurs. Et finalement… il laisse chez le spectateur ce sentiment qu’il a toujours sa place à l’écran.

Icône du cinéma américain des années 70, Robert Redford est surtout un modèle et un appui pour les cinéastes indépendants. En 1981 il fonde le Sundance Institute dans l’Utah dans le but de soutenir de jeunes cinéastes et de promouvoir une économie locale, loin de la sphère hollywoodienne. Rebaptisé le « Sundance Film Festival » en 1991 en référence au rôle de Robert Redford dans Butch Cassidy et le Kid, le festival va révéler de nombreux réalisateurs tels que Quentin Tarantino avec Reservoir Dogs, Damien Chazelle avec Whiplash, Jonathan Dayton avec Little Miss Sunshine… et bien d’autres encore.

 

« Pour moi, le mot qu’il faut souligner, c’est “indépendance”. J’ai toujours cru en ce mot. […] Je voulais créer un espace qui soutienne les artistes indépendants à qui on ne donnait pas la chance de se faire entendre. »

Robert Redford pour l’Associated Press, 2018

Redford est aussi un acteur qui choisit minutieusement ses rôles, calqués en réponse aux évènements qui touchent l’Amérique des années 70/80. Il joue dans Jeremiah Johnson (réalisé par Sydney Pollack en 1972) un ancien soldat quittant la civilisation pour vivre en ermite dans les montagnes de l’Ouest américain. Le film nous évoque une querelle interne américaine ; un tiraillement entre le besoin d’une société construite et celui de l’émancipation dans la nature. Pour Sydney Pollack, « cela fait tellement parti de l’Amérique que c’est presque un cliché : le plus jeune pays du monde après Israël, qui se souvient encore des terres vierges et qui est déjà hyper-civilisé et au bord de la destruction. Il y a une tension et une dynamique américaines dans ces deux besoins contradictoires, celui de la solitude et celui d’une société chaleureuse. » Robert Redford n’a que trop bien vécu cette opposition ; quand les acteurs migrent vers Hollywood, lui part s’émanciper dans les terres de l’Utah.

Que dire de Les Hommes du Président (réalisé par Alan J. Paluka en 1974), retraçant l’enquête journalistique qui a permis de révéler le scandale du Watergate aux Etats-Unis. Sorti en salles deux ans après la démission de Richard Nixon, le film s’inscrit dans un contexte politique lourd. Robert Redford y incarne un journaliste d’investigation subtil et méthodique, mettant le doigt sur la paranoïa qui gagne les Etats-Unis à cette période. Il confiera lors d’une interview pour l’AARP : « Je voulais me concentrer sur quelque chose que d’après moi peu de gens savaient : comment les journalistes obtiennent l’histoire ? ».

Robert Redford laisse un héritage unique : acteur et réalisateur iconique, militant pour l’environnement et le cinéma indépendant, il a inspiré des générations par son intégrité, son engagement et son soutien aux jeunes talents.

Emma Lallemand

Portrait Marina Foïs – Une fabuleuse actrice

Publiée le 15 October 2025
Portrait Marina Foïs – Une fabuleuse actrice

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marina Foïs s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris.

Comédienne inclassable et libre, Marina Foïs alterne avec la même aisance entre comédie, drame, polar et cinéma d’auteur, dessinant les contours d’une filmographie qui lui ressemble. Adolescente, elle rêve d’être « professeure ou archéologue », mais c’est la scène qui finit par s’imposer. « Je ne savais pas qu’on pouvait faire un métier de l’incarnation », confie-t-elle.

Après des débuts au café-théâtre, elle se fait remarquer au sein des Robins des Bois, dont l’humour décalé séduit Canal+ à la fin des années 90. Très vite, le cinéma révèle une actrice singulière, capable de passer du burlesque le plus libre au drame le plus sombre. Si elle se fait connaître du grand public avec RRRrrrr !!! (2004) d’Alain Chabat, elle refuse d’être cantonnée au registre comique. « Le cinéma, c’est un terrain de jeu », dit-elle, « et je refuse qu’on m’enferme dans un registre. »

Dès Darling (2007) de Christine Carrière, où elle campe une mère de famille désespérée, elle explore des rôles plus sombres, parfois extrêmes, qui confirment la précision vertigineuse de son jeu. Elle ne craint pas non plus d’explorer les zones d’ombre en interprétant une flic à bout dans Polisse (2011) de Maïwenn ou une romancière fascinée par un adolescent violent dans L’Atelier (2017) de Laurent Cantet. « J’aime ces personnages qui ne sont pas sympathiques, parce que ça les rend plus humains », dit-elle. Son goût du risque s’illustre aussi dans Irréprochable (2016) de Sébastien Marnier, où elle est glaçante d’ambiguïté, ou dans La Fracture (2021) de Catherine Corsini, où elle campe une bourgeoise déboussolée par la crise sociale.

Jamais prisonnière d’une image, elle passe avec aisance de la satire (Papa ou Maman, 2015, de Martin Bourboulon ; Le Grand Bain, 2018, de Gilles Lellouche) au thriller (Une intime conviction, 2017, d’Antoine Raimbault) et au drame psychologique (As Bestas, 2022, de Rodrigo Sorogoyen). « On me demande souvent pourquoi je change de registre, mais je ne saurais pas faire autrement », poursuit-elle. « J’ai besoin d’alterner, de me déplacer, de prendre des risques. » Cet éclectisme fait d’elle l’une des comédiennes les plus respectées et les plus audacieuses de sa génération.

Cinq fois nommée aux César, Marina Foïs s’impose comme une figure incontournable du cinéma français, tout en poursuivant une carrière théâtrale foisonnante. Elle a notamment interprété Les Idoles (2018) de Christophe Honoré et Une maison de poupée (2012) d’Ibsen dans la mise en scène de Jean-Louis Martinelli. En 2021, elle accepte de présider la cérémonie des César, fidèle à son goût du collectif et à son franc-parler. « Il faut arrêter de faire semblant que l’on ne fait pas ce métier par vanité », dit-elle en riant. « On a tous un ego. Ce qui compte, c’est ce qu’on en fait. »

Ces dernières années, elle a confirmé qu’elle était une des interprètes les plus audacieuses de sa génération. Elle a ainsi incarné Simone Signoret dans Moi qui t’aimais (2025) de Diane Kurys, présenté cette année à Cannes, où elle disparaît littéralement dans la peau d’une icône du cinéma français : « Ce qui m’intéressait chez Simone, c’est la période où elle a les cheveux gris, où elle boit et où elle a pris du poids, elle a vieilli, elle est marquée. Je ne connais pas d’autre actrice qui assume à ce point ce qu’elle est, et qui ne transforme pas ce qu’elle est, ni à son époque, ni aujourd’hui », reprend-elle. Et dans La Femme la plus riche du monde (2025) de Thierry Klifa, également présenté cette année sur la Croisette, elle donne la réplique à Isabelle Huppert en interprétant sa fille. Un rôle tout en souffrance contenue aux antipodes de la Signoret qu’elle incarne devant la caméra de Diane Kurys.

« Je ne cherche pas la performance », assure-t-elle. « Je cherche la vérité, même si elle n’est pas confortable. » Cette quête inlassable fait d’elle une actrice d’exception : tour à tour drôle, inquiétante, fragile, cruelle ou lumineuse – toujours habitée par une exigence rare. Et c’est peut-être là sa plus grande force : cette capacité à ne jamais se répéter, et à surprendre encore. On a hâte de la retrouver dans le prochain opus de Rodrigo Sorogoyen aux côtés de Javier Bardem.

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