Fête de la musique : la grande histoire…

Publiée le 30 July 2024
Fête de la musique : la grande histoire…

 

 

 

 

© Photo Karim Daher/Hans Lucas

 

La Fête de la musique est le moment le plus attendu de l’année ! Célébrée le 21 juin dans plus de 120 pays, elle trouve ses origines chez France Musique. 

 

Avoir des racines musicales 

En 1976, Joël Cohen, musicien américain travaillant pour France Musique, propose des “Saturnales de la musique” le 21 juin et 21 décembre. L’objectif est de mettre en place une programmation musicale diffusée toute la nuit, pour fêter en chanson les deux solstices (le jour le plus long et le plus court de l’année). Cinq ans après, lorsque Maurice Fleuret (un ancien de France Musique) est nommé directeur de la Musique et de la Danse au Palais-Royal, une grande enquête révèle que 5 millions de Français pratiquent un instrument de musique. Le cabinet du ministre de la Culture, Jack Lang, Maurice Fleuret et Christian Dupavillon décident alors d’organiser le 21 juin 1982 la première fête de la musique.

 

Un succès interplanétaire

Au fil des années, cette célébration commence à s’exporter au-delà des frontières en 1985, lors de l’Année européenne de la Musique. En 1997, une “charte des partenaires de la Fête européenne de la Musique” est signée à Budapest par plusieurs villes européennes : Paris, Berlin, Budapest, Barcelone, Istanbul, Liverpool, Luxembourg, Rome, Naples, Prague… Un succès planétaire, au point qu’en 1982 on lui attribue un timbre unique en son genre… un timbre-poste, au même titre que les Jeux Olympiques et la reine d’Angleterre ! Aujourd’hui, la fête dela musique est célébrée dans plus de 120 pays, alors… “faites de la musique !”

Zoom sur…Paul Mescal, un pas si normal gladiateur !

Publiée le 5 May 2025
Zoom sur…Paul Mescal, un pas si normal gladiateur !

 

 

 

Passer de Connell, un mec qui a de gros problèmes de communication, à un Gladiator, en passant par un jeune papa totalement paumé, Paul Mescal a à son épée une belle filmographie. Alors z’est parti pour zoom sur l’un des acteurs les plus prometteurs de notre génération ! 

 

 

 

 

 

Avant d’être le chouchou des festivals et des plateaux, Paul Mescal aurait pu rester un athlète prometteur. Né le 2 février 1996 (un verseau ahah !) à Maynooth, en Irlande, Paul jouait au football gaélique (c’est un mélange de football, rugby, volleyball et de basket, une bonne tourte à la Guinness ! ) à un niveau compétitif. Mais bam , une blessure à la mâchoire l’a forcé à réévaluer ses plans (ça change de Neymar !). 

Et là, coup de théâtre (littéralement) : il troque le ballon pour les planches et s’inscrit à la Lir Academy, une école de théâtre de Dublin. Diplômé en 2017, il débute sur scène dans des classiques comme The Great Gatsby et A Midsummer Night’s Dream. Mais c’est à l’écran que sa magie opère. 

Normal People

En 2020, Paul décroche le rôle de Connell Waldron dans Normal People, une adaptation du roman de Sally Rooney. Connell, c’est le mec réservé, introverti, et tellement attachant qu’il te brise le cœur juste en baissant les yeux (oui, je suis toujours trauma de cette série). La série, diffusée sur Hulu et BBC Three, explore sa relation compliquée avec Marianne (Daisy Edgar-Jones). Les émotions à fleur de peau, les silences pesants et… le fameux collier en argent (oui, lui aussi est devenu une star ), tout dans la performance de Paul est magnétique.  Pourquoi ce rôle l’a propulsé ?  Car Normal People met en lumière la complexité des relations modernes avec une authenticité rare. La série a marqué une génération et lancé des discussions sur la masculinité, la santé mentale, et les relations amoureuses. Paul, lui incarne un jeune homme en lutte avec son identité et sa santé mentale, un sujet encore trop peu abordé de façon aussi sensible. Ce qu’il lui a valu une nomination aux Primetime Emmy Awards, et il devient un sex-symbol malgré lui. Spoiler : il est bien plus que ça. 

 

Filmographie

Après Normal People, Paul aurait pu se contenter d’être “le mec sensible de la télé”. Mais non, il attaque des rôles cinématographiques variés et ambitieux : 

  • Aftersun (2022) : Il joue un jeune père dévasté par des troubles mentaux, dans un film déchirant qui te laisse en miettes émotionnelles. Nominé aux Oscars, merci. 
  • The Lost Daughter (2021) : Petit rôle mais big impact, aux côtés d’Olivia Colman. Tu le regardes et tu te dis : “Mais pourquoi il est aussi bon en trois scènes ?” 
  • God’s Creatures (2022) : Un homme accusé de crimes graves. Nuances, dilemmes moraux… Paul brille dans les zones grises. 🌫️ 
  • Carmen (2023) : Un opéra revisité version cinéma. Paul joue un ex-marine américain qui tombe sous le charme de Carmen, une femme pleine de passion et de mystère. Entre danses hypnotiques et paysages désertiques, il montre qu’il peut aussi être intense et romantique. Mais bon, soyons honnêtes, Carmen était un peu un warm-up pour… 

⚔️ Gladiator 2 (2024) ⚔️ : Là, on est sur du lourd. Paul endosse le rôle de Lucius, le fils de Lucilla (Connie Nielsen) et neveu de Commode (Joaquin Phoenix). Suite de l’épopée de Ridley Scott, le film plonge Lucius dans des intrigues politiques et des batailles colossales au Colisée. Paul passe de “guy next door” à “guy with a sword” sans broncher. Est-ce qu’on est prêt pour ce niveau d’intensité ? Non, mais on le suivra dans l’arène quand même. 🐾 

 

Vous allez me dire, c’est bon on a compris le mec monte depuis 4 ans, pas besoin d‘en faire toute un fromage. Où est l’icône de notre génération ?  

N’avez-vous jamais rêvé d’un acteur qui est à l’écoute et qui joue avec authenticité ? Paul dégage une “vibe” humble, loin du star-system hollywoodien bling-bling. Il reste ce gars irlandais qui parle de ses rôles avec sincérité, et ça nous touche. 

N’avez-vous jamais rêver d’un acteur “caméléon” ? Qui sait tout jouer ? 

 

Paul privilégie les projets avec du sens et des thèmes profonds. Il peut être un étudiant introverti, un jeune papa paumé, ou un guerrier antique. Il incarne chaque rôle avec un réalisme désarmant.  

 

Alors oui, on aurait pu parler de Zendaya, de Timothée Chalamet ou encore de Barry Keoghan…mais Paul Mescal, c’est l’acteur qui donne envie de croire au pouvoir des bonnes histoires. Qu’il joue dans un drame intimiste ou un épique historique, il nous rappelle que le cinéma, c’est avant tout un art de l’émotion.  

Alors, étudiants en cinéma, prenez note : trouver vos acteurs à l’acting authentique. 

 

Et toi, tu paries combien qu’il aura un Oscar dans les 5 prochaines années ? 

Seine-Saint-Denis Fabrique de rappeurs

Publiée le 26 September 2025
Seine-Saint-Denis Fabrique de rappeurs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur les ondes et dans les playlists, le « 93 » n’apparaît pas par hasard : depuis la fin des années 1980 et surtout durant les années 1990, une scène rap puissante s’est structurée dans les quartiers populaires de Seine-Saint-Denis, faisant éclore des artistes qui allaient redéfinir la musique urbaine en France.

Saint-Denis a longtemps été décrit comme l’un des berceaux du mouvement hip-hop français graffiti, breakdance, sound systems et rap y ont trouvé un terreau particulièrement fertile au lendemain de la désindustrialisation et face à la montée du chômage. Ce rôle historique est documenté par des enquêtes de terrain et des récits de la scène qui font du département un épicentre culturel, au-delà des clichés médiatiques. La genèse se lit dans les visages et les noms qui ont marqué cette période.

Suprême NTM, formé à Saint-Denis en 1989 par JoeyStarr et Kool Shen, a cristallisé la colère et la fierté d’une jeunesse mise à l’écart, et posé des codes esthétiques et discursifs repris ensuite par quatre générations d’artistes. Les pratiques de rue graffitis sur les murs, jams de danse et premiers sound systems ont structuré un écosystème créatif où la musique devient à la fois mode d’expression et mode de vie. Ces racines collectives expliquent pourquoi la culture hip-hop a si durablement marqué le département.

La sociologie du 93 aide à comprendre cette permanence. Seine-Saint-Denis reste l’un des départements les plus jeunes et les plus denses d’Île-de-France, avec une population multiculturelle et des politiques publiques oscillant entre investissements culturels et déséquilibres socio-économiques. Ces caractéristiques favorisent une culture orale et de rue où le rap trouve à la fois son public et son réservoir d’expériences à raconter : quartiers, tours et cités deviennent matière première des textes, autant que des lieux d’apprentissage studios associatifs, MJC, collectifs et radios locales participent à la reproduction de ce vivier. Les données INSEE et les travaux socioculturels confirment l’importance d’un vivier jeune et urbain dans la dynamique locale.

La suite, c’est la mise en scène de la réussite : du local au national, puis au numérique. Des villes comme Sevran ont vu émerger Kaaris, Kalash Criminel ou Maes ; leurs parcours illustrent la trajectoire d’artistes qui passent des scènes de quartier aux millions de streams et aux contrats avec de grands labels. Le basculement vers le mainstream s’accélère au XXIᵉ siècle : plateformes de streaming, réseaux sociaux et économies de playlist ont permis à des voix initialement périphériques de toucher un public massif, le rap est aujourd’hui l’un des genres les plus streamés en France, et plusieurs artistes issus de la Seine-Saint-Denis figurent parmi les têtes d’affiche du paysage musical francophone.

Cette reconnaissance n’efface pas les tensions : glorification médiatique, accusations de violence ou de misérabilisme, et parfois une relation ambivalente des institutions à ces expressions culturelles. Pourtant, la réalité que racontent ces artistes, précarité, quête d’identités, solidarité de quartier a trouvé dans le rap un langage audible, commercialisable et exportable. Les Victoires de la musique, les grosses ventes et les chiffres de streaming ne sont que la face visible d’un processus long où le travail collectif (collectifs de beatmakers, petites salles, initiatives locales) a été déterminant.

Mohamed Bensmati

Normandie, berceau de l’impressionnisme

Publiée le 11 July 2024
Normandie, berceau de l’impressionnisme

 

 

 

 

                                                                                                                                                      © FESTIVAL : NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024

 

 

Cette année a lieu la cinquième édition du Festival Normandie Impressionniste. Du 22 mars au 22 septembre 2024, le territoire normand revisite son héritage lié à l’impressionnisme à travers 150 événements. Une occasion de redécouvrir de grands peintres, à l’image de Claude Monet qui développa le mouvement en Seine-Maritime. 

Avec plus de 150 événements sur le territoire, la Normandie a de quoi impressionner : le Festival Normandie Impressionniste est célébré dans toute la région ! Au programme : animations, expositions, spectacles… Tout est mis en place pour faire découvrir l’héritage des peintres impressionnistes envoûtés par la Seine-Maritime grâce à sa lumière, ses ciels changeants, son eau turquoise, les flots vifs de la Côte d’Albâtre ou encore les méandres de la Seine. 

 

 

Un territoire fier de son héritage 

Né en 2010, le Festival Normandie Impressionniste amène le public à découvrir l’histoire du mouvement artistique : de sa création jusqu’à nos jours. Ainsi, les visiteurs se plongent dans de nombreux lieux d’art et de culture présents sur l’ensemble de la région. Cette année, de grandes stars feront leurs apparitions comme le peintre anglais David Hockney à travers l’exposition « Normandism » au musée des Beaux-Arts de Rouen, ou encore Bob Wilson. En collaboration avec l’actrice Isabelle Huppert, monument du cinéma français, l’illustre metteur en scène et plasticien offre une nouvelle couleur à la cathédrale de Rouen, lors d’une animation de sons et de lumières. Au fil des années, le Festival est devenu un rendez-vous majeur dans toute la France. En 2024, la Normandie va en mettre plein les yeux ! 

 

Normandie : la muse des impressionnistes

Ce mouvement, né dans les années 1860, cherche à représenter le caractère éphémère de la lumière et ses effets sur les couleurs et les formes. En 1874, une exposition réunit 30 artistes, dont Paul Cézanne, Berthe Morisot… et Claude Monet ! C’est grâce à son tableau Impression soleil levant, représentant le port du Havre de 1874 (Seine-Maritime) que le journaliste satirique Louis Leroy invente le terme “impressionnisme”. Grâce au tableau, l’Impressionnisme s’est développé en Normandie qui deviendra une terre d’inspiration pour de nombreux artistes comme Boudin, Renoir, Pissarro ou encore Sisley, qui aiment choisir les paysages de la Seine-Maritime comme supports pour leurs recherches picturales. Quant à Claude Monet, il dédiera de nombreux tableaux à la cathédrale de Rouen ainsi qu’à la falaise d’Etretat. Merci le Havre ! 

Portrait de Tristan Séguéla

Publiée le 30 April 2025
Portrait de Tristan Séguéla

Après des études de gestion dans une école où il se sentait « comme un fantôme », Tristan Séguéla décide de se consacrer à sa vraie passion : l’image. Débrouillard, il s’empare d’un camescope Sony et se lance dans de petits documentaires, tournés avec les moyens du bord. « Le plus important, c’est que je faisais », dit-il. « Je me sentais encore très loin de la fiction et le cinéma me semblait un territoire lointain. » En 2000, il traverse les États-Unis pendant trois mois pour filmer la campagne présidentielle : ces images deviendront November, USA, documentaire de 52 minutes autoproduit et vendu à la chaîne Canal Jimmy. Une première victoire pour le jeune réalisateur.

À partir de là, il se passionne pour le documentaire politique. « J’avais beaucoup d’admiration pour Raymond Depardon et Errol Morris et, de manière générale, les documentaristes d’observation », reprend-il. En 2001, il propose de suivre Lionel Jospin, pendant la campagne présidentielle : Les Communicants (2003), diffusé sur France 5, est très accueilli par la presse. « J’avais montré le film à la journaliste Raphaëlle Bacqué, du Monde, et elle avait consacré toute la Une du journal au film. Ça m’a donné une grande confiance que le documentaire soit reconnu. »

Dans le même temps, pour gagner sa vie, Tristan Séguéla tourne des clips et des publicités. C’est ainsi qu’il devient réalisateur attitré du DJ Martin Solveig avec qui il lance une série de petits films diffusés – Smash – diffusés sur YouTube. « C’était le début de YouTube et la série, tournée dans des décors incroyables, a eu un grand retentissement », poursuit Séguéla. « Je suis alors passé du camescope à l’appareil photo Canon 5D avec lequel j’ai fait tous les clips de Martin. » L’occasion, aussi, de se frotter à la fiction : « Martin voulait que je mette en scène de petites saynètes de comédie, dont j’étais l’unique cadreur et preneur de son, et le canal 5D me permettait d’avoir un ‘style cinéma’. » Le succès est tel que certains épisodes de Smash recueillent plus de 100 ou 150 millions de vues.

Remarqué par un producteur de cinéma qui recherchait un réalisateur pour un premier long métrage, il commence par refuser le projet car il n’a pas envie de s’embarquer dans une comédie. Mais il se ravise et finit par tourner le film, 16 ans ou presque (2013), avec Laurent Lafitte. C’est d’ailleurs sa rencontre avec ce dernier qui donne naissance au projet sur Bernard Tapie… qui mettra dix ans à se concrétiser. « C’est le projet qui m’a demandé le plus de travail et qui m’a le plus exalté », confie-t-il. « C’est aussi celui qui ressemble le plus à l’idée que je me faisais du métier que je rêvais de faire quand j’avais 12 ans. » Coécrite avec

Olivier Demangel, la série Tapie, diffusée sur Netflix, remporte un immense succès public et critique.

Entretemps, Tristan Séguéla aura réalisé Rattrapage (2017), autre comédie régressive qui, malheureusement, ne trouve pas son public. Puis, il écrit et réalise Docteur ? (2019), avec Michel Blanc, qui connaît un joli succès en salles, et Un homme heureux (2023), qui réunit Fabrice Luchini et Catherine Frot. Son dernier film, Mercato, autour d’un agent de joueurs de football à la dérive, est sorti en salles cette année. Porté par Jamel Debbouze, le projet est accueilli par le réalisateur comme un « véritable cadeau. » Un film, construit comme un thriller extrêmement soigné, qui révèle Jamel Debbouze dans un registre totalement inédit.

La guerre des mondes – un film passé inaperçu

Publiée le 18 February 2026
La guerre des mondes – un film passé inaperçu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Guerre des mondes est un film qui me hante depuis des années. Pour cet article, une question se pose très vite : comment réussir à parler d’un film pareil ? Par quel bout le prendre ? La Guerre des mondes est un objet inouï, de ceux dont on sort sans trop savoir ce qu’on a vu, ni même si ce qu’on a vu a réellement existé. À partir du moment où l’on commence à douter de la possibilité même d’un tel film, vous imaginez bien que l’idée d’en écrire un article devient un gouffre.

Revoir le film aujourd’hui, presque vingt ans plus tard, c’est redécouvrir à quel point il condense les angoisses américaines du début des années 2000. Spielberg ne filme pas seulement une invasion extraterrestre ; il filme un monde qui s’effondre sans explication, un pays qui ne comprend plus ce qui lui arrive. La première apparition des Tripods surgissant d’un sol qui se fend comme une plaie est impossible à détacher des images du 11 septembre. La poussière grise, les buildings éventrés, les foules sidérées : tout renvoie à un imaginaire collectif traumatisé. Ce n’est pas un clin d’œil, c’est une empreinte. Ce qui frappe en revoyant La Guerre des mondes, c’est surtout sa capacité incroyable à inscrire chaque scène dans la mémoire du spectateur.

C’est peut-être ce que Spielberg maîtrise ici mieux que jamais : la faculté de créer des moments si sensoriels, si immédiats, qu’ils semblent imprimés en nous avant même que la scène ne se termine. La voiture qui s’arrête devant un carrefour déjà envahi ; la pluie de vêtements tombant du ciel comme un épouvantable écho des disparus ; le ferry pris d’assaut, basculant au-dessus d’une mer noire ; la cave où la lumière rouge des Tripods glisse sur les murs comme un organe vivant. Ce sont des images qui restent, non pas pour leur spectacle, mais pour leur charge viscérale. Chaque scène est un choc, chaque choc un souvenir. Au centre du film, il y a Ray Ferrier, interprété par un Tom Cruise étonnamment fragile. Ray n’a rien d’un sauveur spectaculaire que l’acteur incarne d’habitude : c’est un père un peu paumé, souvent maladroit, encore en apprentissage malgré son âge. Son divorce l’a laissé à distance de ses enfants, et chaque tentative pour les rassurer semble échouer avant même de commencer. C’est précisément cette fêlure qui rend le personnage si précieux : il ne sait pas comment être un bon père, mais il va devoir le devenir dans l’urgence la plus totale. Sa mission n’est pas de sauver la planète ; elle est plus difficile que cela : il doit garder ses enfants vivants, et surtout leur montrer qu’ils peuvent compter sur lui. C’est là que réside le véritable héroïsme du film. La relation de Ray avec Rachel et Robbie devient le cœur battant du récit. Chaque dialogue, chaque regard, chaque geste maladroit de protection raconte à quel point l’amour parental peut être imparfait mais profondément réel.

La scène du ferry condense à elle seule tout cela. C’est une séquence d’une virtuosité formelle, remarquable, mais aussi l’un des moments les plus amers du film. À l’instant où Ray et ses enfants tentent d’embarquer, la foule derrière eux se met à pousser, à hurler, à se battre pour quelques centimètres d’espace. Les Tripods sont là, menaçants, mais Spielberg montre autre chose : l’humain devient soudain un danger peut-être plus immédiat, plus incontrôlable que l’invasion elle-même. Le monstre, pour quelques minutes, n’a plus trois pattes métalliques, il a des visages humains, désespérés, écrasés par la panique. Le chaos ne vient plus du ciel, mais de la masse. Spielberg filme ce moment presque comme une Arche de Noé inversée : un radeau de survie qui, au lieu de protéger, menace de s’effondrer sous la pression des hommes eux-mêmes.

L’horreur du film est là : l’instinct de survie transforme parfois l’homme en un monstre plus dangereux que n’importe quelle créature venue d’ailleurs.

On reproche parfois au film sa fin abrupte, presque frustrante. Mais c’est précisément cette absence de catharsis qui fait sa force. Les extraterrestres ne sont vaincus ni par l’armée, ni par la bravoure humaine : ils tombent, soudainement, comme si leur puissance avait toujours été dérisoire. Et le monde, lui, reste cabossé. Il n’y a pas de grand discours, pas de célébration, pas de triomphe. Juste une famille qui se retrouve tant bien que mal. Comme après un traumatisme collectif, il n’y a pas de victoire, seulement une forme de survie.

C’est pour cela que La Guerre des mondes est un film si marquant. Au-delà du spectacle, il existe une lucidité brutale sur la fragilité du monde contemporain. Au-delà des Tripods, il y a l’idée d’un monde où tout peut basculer en un instant. Chaque souffle, chaque instant semble conçu pour s’imprimer durablement dans notre mémoire, comme une cicatrice sur notre visage. Un détail facinant est la façon dont Spielberg relie le film à son enfance : les grands-parents des enfants que l’on voit à la fin, étaients en réalité acteurs de l’adaptation filmique de 1953. Une boucle narrative incroyable : des témoins d’une invasion fictive des années 50 se retrouvent, cinquante ans plus tard, dans le rôle de figures familières, veillant sur la nouvelle génération. Comme si l’histoire de la peur, de la survie et de l’humanité se transmettait de façon tangible entre les générations, donnant au film une profondeur inattendue.

Romann Magnin

Piranèse, l’homme face à lui-même

Publiée le 15 July 2024
Piranèse, l’homme face à lui-même

Affiche du film de Paola Cortellesi, Il reste encore demain. © TOBIS Film GmbH

 

 

 

l’ESIS présente Susanna Clarke auteure britannique, en 2021, elle remporte le Women’s Prize for Fiction pour son roman fantastique, Piranèse. Ce livre conte l’histoire de Piranèse, un des deux seuls êtres vivants à habiter le Palais, une bâtisse infinie remplie de statues gigantesques. Le lecteur est plongé dans un récit onirique dans lequel la frontière entre le réel et l’imaginaire frise la folie. 

 

Un immense palais, des pièces qui se comptent par centaines, des marées : voici ce qui rythme la vie de Piranèse. Reclus dans sa demeure, cet homme s’est donné pour mission de noter toutes les spécificités du Palais. Ce bâtiment aux limites inconnues apparaît pour lui comme une divinité protectrice qui veille sur ceux qui l’habitent. Dans ce récit, retrouvez Piranèse et l’Autre. Tous deux mènent des recherches sur cette cité isolée. Le premier veut transcrire la beauté du lieu, tandis que le second cherche à dévoiler son secret. La possible existence d’une troisième personne chamboule le quotidien des deux hommes. La vie de Piranèse bascule avec sa perception du monde qu’il chérit tant.

 

Piranèse est le journal de bord du personnage éponyme. Le roman commence par la description méticuleuse de l’univers englouti où il demeure. Ce passage peut paraître long, mais ce n’est que l’entrée d’une narration labyrinthique qui captive un peu plus à chaque page. Si tout semble extrêmement concret, notamment à travers les descriptions de Piranèse, une atmosphère fantastique plane sur le Palais et ses habitants. Très vite, les questions se bousculent à propos de ce lieu submergé par les vagues.

 

Le roman joue avec la règle principale du genre fantastique : la frontière entre le réel et l’imaginaire. Cela est décuplé par la narration à la première personne. Tout est perçu du point de vue de Piranèse. Le familier et l’étranger sont constamment remis en question. Cela commence par l’orthographe des mots eux-mêmes. Plusieurs mots sont écrits en capitales en plein milieu de phrases et certains perdent leur sens au sein du Palais. Les éléments connus par Piranèse – la mer, les statues, les portes – sont aussi admis par celui qui habite le monde « réel ». Mais comment expliquer que Piranèse sache ce qu’est un jardin, alors qu’il n’y a aucune végétation dans le Palais ? Ce sont ces détails qui donnent certaines clefs sur la perception de Piranèse et qui rendent la lecture prenante. 

 

Si le roman est écrit du point de vue de Piranèse, il y a un second personnage qui représente un réel mystère : l’Autre. Le second – et seul ? – autre habitant du Palais diffère de Piranèse par bien des aspects. Cet homme est la seule personne avec qui le protagoniste principal peut échanger. Il est littéralement « l’autre », c’est-à-dire l’individu qui nous fait prendre conscience de notre individualité. Ce personnage questionne le rapport entre une personne et le reste de l’humanité. Il permet d’aborder des thèmes comme la dépendance ou le syndrome de Stockholm. 

 

Le Palais est l’élément qui lie les personnages entre eux. Il est possible de le voir comme une allégorie de la mémoire : la mémoire d’un monde révolu mais surtout celle de Piranèse. Celle-ci est l’un des enjeux centraux du roman. Le monde le plus riche du livre est sans doute celui présent dans l’esprit du jeune homme. Ses paroles, ses pensées et son amour pour la beauté donnent vie à la bâtisse. Il brise le silence et l’afflux des marées. Piranèse fait remonter à la surface une des peurs principales de notre société contemporaine : l’oubli. Le thème de la mémoire permet d’aborder les grandes questions d’identité et de santé mentale. Quoi de pertinent que la mémoire pour remettre en cause l’identité d’une personne ? 

La force de ce livre est de plonger dans les racines du fantastique. Piranèse n’est pas une réécriture de la mythologie grecque, malgré ce que suggère le titre. C’est un roman empreint du souvenir d’un ancien monde représenté par les statues de style grec, ainsi que les rituels et croyances antiques. L’auteure a imaginé un autre univers à la fois bienveillant et dangereux, comme un dieu antique. Le Palais est un espace liminal, un lieu entre notre monde et un monde oublié. Les souvenirs sont la clé de cette intrigue.

Skolae et ESIS, partenaires du World AI Film Festival

Publiée le 12 April 2025
Skolae et ESIS, partenaires du World AI Film Festival

 

 

 

À l’heure où l’intelligence artificielle redéfinit les contours de la création, le groupe Skolae et son école de cinéma ESIS s’imposent comme des pionniers. Partenaires du World AI Film Festival (WAiFF), ils annoncent également le lancement d’une formation unique en IA et cinéma dès septembre 2025.

 

 

 

 

Une première mondiale à Nice : le World AI Film Festival

Les 11 et 12 avril 2025, la ville de Nice a accueilli la première édition du World AI Film Festival (WAiFF), événement international entièrement dédié à l’impact de l’intelligence artificielle dans le 7ᵉ art. Organisé par l’Institut EuropIA et le Département des Alpes-Maritimes, le WAiFF a réuni plus de 1 000 films issus de 60 pays, tous conçus grâce à l’intelligence artificielle.

Le festival a pour ambition de stimuler l’innovation dans le cinéma, tout en plaçant les enjeux de narration et d’éthique au cœur des débats.

ESIS : pionnière de la formation en IA appliquée au cinéma

En tant que partenaire officiel du WAiFF, l’ESIS (École Supérieure de l’Image et du Son), s’affirme comme une référence dans l’enseignement des nouvelles technologies appliquées au cinéma. Dès octobre 2025, l’école lancera une filière inédite : Gen-AI Film, un cursus Bac+3 (Bachelor) et Bac+5 (Mastère) intégralement dédié à l’usage de l’IA dans la création audiovisuelle.

Une pédagogie orientée vers la “creative intelligence”

Le groupe SKOLAE, auquel appartient l’ESIS, fait de l’intelligence artificielle une priorité pédagogique stratégique. Annabel Bismuth, directrice académique du groupe, affirme :

« En faisant de l’IA sa priorité pédagogique, Skolae joue un rôle de premier plan dans le développement de la creative intelligence. »

Les étudiants de l’ESIS en lice au WAiFF

Le partenariat va au-delà du soutien institutionnel : plusieurs créations étudiantes de l’ESIS ont été sélectionnées en compétition officielle au WAiFF. Ces projets, entièrement réalisés avec l’aide d’outils d’intelligence artificielle, témoignent d’un renouvellement des formes narratives et d’un fort engagement des jeunes talents dans l’expérimentation artistique.

Les étudiants d’autres écoles du groupe Skolae, comme l’ECITV (digital, communication et audiovisuel) ou l’ICAN (animation et design numérique), ont également présenté leurs œuvres.

Un partenariat salué par les professionnels du secteur

Marco Landi, président de l’Institut EuropIA et créateur du WAiFF, déclare :

« Former aux nouvelles pratiques du cinéma et de l’IA est une priorité. Grâce à son expertise et sa vision tournée vers l’avenir, Skolae est un partenaire clé pour accompagner cette transformation et préparer les talents de demain. »

Le WAiFF, soutenu par des partenaires comme techCannes, ClapAction, Génario et Studio Laffitte, se positionne comme une plateforme mondiale d’échange entre cinéastes, chercheurs, étudiants et technophiles.

L’ESIS au cœur de l’avenir du cinéma

Avec ce partenariat stratégique et le lancement d’une filière unique en cinéma et intelligence artificielle, l’ESIS s’impose comme une école de cinéma résolument tournée vers l’avenir. Les étudiants passionnés par le cinéma, les VFX et l’innovation technologique trouveront à l’ESIS un cadre de formation à la pointe des enjeux contemporains.

Gorillaz : par-delà la musique

Publiée le 11 June 2026
Gorillaz : par-delà la musique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Y a-t-il un groupe de musique britannique ayant plus marqué les esprits sur le long terme que Gorillaz ? Depuis le début du 21ème siècle, il offre une variété de styles sans précédent entraînée par de très nombreuses collaborations. Entre pop, rock, rap, électronique et musique du monde, autant de diversités qui font la richesse de ce groupe pour le moins insolite.

Mais qui est réellement Gorillaz ? Qui se cache derrière ces clips musicaux d’animation ? Qui sont ces personnages farfelus aux personnalités propres, aux histoires atypiques qui accompagnent l’image de Gorillaz depuis plus de 25 ans ?

L’histoire commence sur le canapé d’un petit appartement du quartier de Notting Hill, à Londres. Deux colocataires, Damon Albarn et Jamie Hewlett, portent ensemble un même coup de gueule. Ils sont lassés par l’industrie musicale britannique des années 90 qui glorifie davantage des profils de stars créés de toutes pièces par des labels. Et souvent au détriment de la musique… Damon Albarn, chanteur du groupe Blur, est alors un artiste britpop populaire avec des titres comme Girls and Boys (1994) ou la mythique Song 2 (1997) qui a traversé toutes les frontières. Jamie Hewlett lui, est dessinateur. Il a un univers décalé, futuriste, marginal. Engagé par le magazine Deadline en 1988, il crée la bande dessinée Tank Girl (1988-1995) qui devient un incontournable de la revue.

Naît alors la folle idée de créer un groupe musical entièrement fictif. Damon à la composition musicale et Jamie au dessin. Le duo est complémentaire.

Quatre personnages émergent. L’histoire se crée.

Gorillaz est né.

Le culte de la personnalité N’est pas très intéressant. Ce qui compte, c’est juste la musique en elle-même.” Damon Albarn

POURQUOI “GORILLAZ” ?

Dans les années 90, Oasis et Blur sont les deux grands rivaux de la britpop. C’est la plus grande bataille musicale d’Angleterre depuis les Rolling Stones contre les Beatles 30 ans avant. Noel Gallagher aurait dit “We’re the Stones and the Beatles. They’re the fucking Monkees !“. Monkees, un groupe fictif créé dans les années 60 pour une série américaine. Certains disent que Damon en aurait fait une revanche avec Gorillaz. D’autres sources préfèrent une version plus efficace : les deux compatriotes sont nés en 1968, l’année du singe ! Ce qu’on sait, c’est que Jamie aurait proposé le nom “Chimpanzee”. L’idée n’a pas plu à Damon, qui a préféré “Gorilla” car, je cite : “ils sont plus imposants“.

Stuart “2D” Pot

Chanteur et claviériste du groupe, il doit son surnom “2D” (pour “Two Dents”) à Murdoc, en raison de ses deux dents manquantes.

Enfantin, naïf et manquant surtout d’intelligence, il doit à Murdoc bon nombre de ses peines.

NOODLE

Enfant-soldat japonaise, elle est arrivée en Angleterre dans un carton par la poste. Quand 2D et Murdoc ont ouvert le carton, elle a effectué un solo de guitare avant de pointer son ventre et de crier “Noodle !”. C’est le seul mot anglais qu’elle sait prononcer.

MURDOC NICCALS

Maltraité étant enfant, Murdoc devient par la suite bassiste. Il rencontre 2D en effectuant un cambriolage où ce dernier travaillait.

Arrogant, fou, égoïste, violent et sataniste, il en est pas moins le fondateur et le leader autoproclamé du groupe.

RUSSEL HOBBS

Russel, batteur, a été kidnappé par Murdoc. Plus jeune, il a été possédé par des esprits. Ces derniers s’expriment depuis à travers lui, lui offrant les talents de batteur, rappeur et danseur. Très proche de Noodle, il l’élève comme sa fille.

Les débuts du groupe – DES PREMIERS PAS DE Géant

Le premier album du groupe sort en 2001 et s’intitule Gorillaz. Ne comportant que quatre singles, il se vendra 7 millions d’exemplaires à travers le monde. Damon et Jamie ne figurent même pas dans les crédits. L’iconique morceau Clint Eastwood brise les codes : mélange de rock et de hip-hop, utilisation inattendue du mélodica qui devient un air signature, couplets du rappeur Del… Le morceau s’inspire de la bande originale du film Le Bon, la Brute et le Truand (1966) d’Ennio Morricone. Le clip aussi marque les esprits : les mythiques gorilles sortant du sol d’un cimetière deviennent un véritable symbole du groupe.

Jamie Hewlett accorde beaucoup d’importance aux visuels du groupe ; aux covers, aux clips… Un univers fictif très large se crée peu à peu. Cette vitrine va permettre à Damon Albarn de s’extraire de la britpop qui a longtemps bridé Blur. Grâce à ses personnages, Gorillaz va pouvoir devenir un moyen de collaborer avec des artistes aux genres nouveaux, et de dépasser les frontières. Cette variété de styles va devenir une marque de fabrique pour le groupe qui n’hésite pas à tester de nouvelles approches. Damon Albarn multiplie les voyages et expérimentations musicales. Il découvre notamment la scène malienne et va collaborer avec certains artistes comme Amadou et Mariam pour qui il compose le morceau Sabali.

DEMON DAYS – LE PROJET MYTHIQUE

Les voyages de Damon Albarn et les évènements des années 2000 ont profondément marqué le deuxième album de Gorillaz. L’image du groupe ne sert plus uniquement à raconter les aventures fictives des personnages de Murdoc, 2D, Noodle et Russel. Demon Days analyse le monde et ses travers. Ainsi la guerre contre le terrorisme, les attentats du 11 septembre, l’invasion de l’Irak, la peur, la violence, la désinformation sont autant de sujets qui marquent l’écriture et la composition de l’album. Sorti en 2005, Demon Days est depuis double disque de platine aux États-Unis, quintuple disque de platine au Royaume-Uni, cinq fois nominé aux Grammy Awards. C’est un succès planétaire. On y retrouve des featurings très variés : Neneh Cherry, De La Soul, Ike Turner, etc. ainsi que des titres indétrônables. Kids With Guns critique la banalisation de la violence et l’influence des médias sur la jeunesse. Dirty Harry dénonce les mensonges entourant la guerre en Irak. Feel Good Inc. s’attaque à la société de consommation et à l’illusion d’un bonheur factice. Ce morceau devient l’un des plus grands succès du groupe.

Demon Days est un album osé et ingénieux. Les clips accompagnant les morceaux sont visuellement superbes. Pour la petite histoire, le clip d’El Mañana montre Noodle se faire attaquer par des hélicoptères. Les fans ont longtemps pensé à la mort du personnage. De plus, l’album est truffé de références. Le morceau Dirty Harry en est un bon exemple. Il fait référence à L’Inspecteur Harry, un film de 1971 avec Clint Eastwood. La cover du single est un hommage à Full Metal Jacket, un film de Stanley Kubrick sorti en 1987. Dans le clip, les véhicules militaires du désert semblent tout droit sortis de la bande-dessinée Tank Girl de Jamie Hewlett.

UNE EXPLOSION MONDIALE – plastic beach et la révélation

Gorillaz devient un groupe majeur de la pop mondiale, et de la pop culture en général. On les retrouve partout : vêtements, coques, objets dérivés en tout genre, jeux vidéo… Il devient alors difficile pour Damon et Jamie de se cacher derrière leur groupe fictif. Jusque là, leurs concerts mettaient en scène les personnages de Gorillaz sur des écrans géants, les musiciens jouant cachés grâce à des jeux de lumière. Damon se révèle enfin comme l’artiste musical derrière Gorillaz.

Les propositions de featurings se bousculent. Snoop Dogg, Lou Reed, Mos Def et même Bruce Willis en acteur principal du clip Stylo (Plastic Beach, 2010)… les collaborations se développent. L’album Plastic Beach sort en 2010, imprégné d’un besoin de dénoncer les désastres environnementaux et la surconsommation. Le concept : une île en plastique formée par des déchets. L’album est mélancolique, avec une pointe d’exotisme et des instrumentales envoûtantes. On Melancholy Hill est probablement le titre le plus apprécié de l’album. Damon multiplie alors les concerts, cette fois à découvert. Il invite de nombreux artistes à se produire à ses côtés. Le groupe vit des années florissantes au sommet de sa carrière artistique : des morceaux percutants, des featurings de renom, une popularité sans précédent…

Mais un aspect de Gorillaz semble peu à peu s’essouffler : l’essence même du groupe, ce qui le caractérise depuis ses débuts… Que deviennent 2D, Murdoc, Russel et Noodle ?

à la base, je rêvais d’être anonyme. Mais il y avait une vraie faille dans mon plan que mon ami Banksy a réussi à éviter, c’est que les gens me connaissaient déjà (avec blur).” Damon Albarn

JAMIE ET GORILLAZ – Le créateur oublié

Les fans savaient qui se cachait derrière Gorillaz ; la voix du chanteur de Blur était reconnaissable. Damon Albarn révèle officiellement son identité, et multiplie ses interprétations scéniques. Il s’épanouit de cette notoriété avec Gorillaz, vivant sa musique en direct avec le public.

Hélas, l’univers fictif des débuts est mis au second plan. L’aspect visuel et narratif de Gorillaz, guidé par les personnages de 2D, Murdoc, Russel et Noodle n’est plus au centre du projet. Pendant les tournées, des écrans, des animations et certains projets visuels se voient annulés faute de budget. Initialement, quatre clips doivent être créés par Jamie Hewlett pour l’album Plastic Beach. Seulement deux sont financés par le label. D’importants projets d’animations menés par Jamie n’ont jamais été finalisés. Alors qu’une monumentale tournée mondiale se déroule, le lore de Gorillaz disparait peu à peu.

Rhinestone Eyes, morceau emblématique de l’album, en est le triste exemple. L’animation du single devait raconter la bataille finale de Plastic Beach : l’effondrement de cet univers pollué, l’invasion de monstres marins, le retour de Noodle… Jamie Hewlett avait réalisé un storyboard animé complet pour un clip qui devait être l’un des plus ambitieux de toute l’histoire de Gorillaz. À cause des problèmes financiers et des tensions autour de la fin de l’ère Plastic Beach, le clip n’a jamais été terminé. Seuls des storyboards ont circulé sur Internet. Rhinestone Eyes représente ce que Plastic Beach aurait pu devenir si la vision de Jamie Hewlett avait été menée à son terme.

Un film sur l’univers de Gorillaz devait également voir le jour. Jamie et DreamWorks ont travaillé main dans la main pendant plusieurs mois mais ici aussi, le projet a été avorté. Ce qui aurait pu aboutir à un chef d’œuvre audiovisuel n’a malheureusement jamais vu le jour.

Au final on est arrivé au fait qu’ils voulaient faire un film familial qui ferait un carton au box-office. Mais ce n’est pas vraiment notre spécialité, donc on s’est retiré du projet.” JAMIE HEWLETT

Peu à peu, les relations entre Damon et Jamie se détériorent. Damon s’intéresse davantage à la musique, et voit de moins en moins d’intérêt à développer l’univers visuel du groupe. S’ensuivent alors trois années de silence, où chacun des deux artistes privilégie sa carrière personnelle. Gorillaz est mis au second plan.

(Petite note personnelle : je vous invite bien sûr à visionner tous les clips qui existent de Gorillaz. Ce sont à mes yeux de vrais bijoux audiovisuels ! C’est passionnant de voir l’évolution de l’univers de Jamie Hewlett au fil des années.)

Et aujourd’hui ? – Le grand retour

Damon et Jamie n’ont pas vécu leurs années de silence comme une rupture définitive. Ils avaient besoin de souffler après avoir poussé Gorillaz à un niveau d’ambition énorme avec Plastic Beach. Les deux hommes ont peu à peu retrouvé l’envie de collaborer sur Gorillaz et c’est ainsi que sort un nouvel album : Humanz (2017). Il y avait beaucoup d’engouement autour de cette sortie, vécue par les fans comme un grand retour pour le groupe. L’album a cependant mitigé les auditeurs, qui trouvaient Damon trop absent de son propre projet. Les nombreux artistes invités empêchent de dégager un fil conducteur. Au final, l’album est très mainstream et on perd cette originalité propre au groupe.

Mais cela n’empêche pas un soulagement général auprès de tous les fans de Gorillaz : le duo Damon et Jamie est de retour !

D’autres projets voient le jour au fil des années, dont les albums The Now Now (2018), Song Machine : Season One – Strange Timez (2020) et Cracker Island (2023). Des titres comme Humility, Tranz et Fire Flies sont très appréciés. Damon reprend le contrôle de ses albums et le lore de Jamie se développe. Un nouveau personnage, Ace, fait son apparition (qui n’est autre qu’un méchant du dessin animé Les Supers Nanas !)

Il y a quelques mois, un nouvel album a vu le jour : The Mountain, sorti en février 2026. Contrairement aux autres projets sur lesquels les artistes ont majoritairement travaillé séparément (Jamie vivant à Paris, et Damon à Londres), The Mountain a réuni les deux hommes dans un même pays : l’Inde. Marqués par la perte de membres de leur famille, ils trouvent leur inspiration et consolation dans la culture indienne. On retrouve les quatre personnages emblématiques dans un univers tout nouveau, guidés par des musiques introspectives et spirituelles. Damon et Jamie ont eu envie de proposer une œuvre complète et cohérente. C’est un pari réussi : une vraie homogénéité se dégage du début jusqu’à la fin de l’album. Les morceaux explorent l’acceptation du deuil dans une ambiance étonnamment chaleureuse. En plus de l’anglais, on retrouve de l’hindi, de l’arabe et du yoruba.

De nombreux artistes indiens sont en collaboration sur le projet, mais également des artistes africains, ainsi que des chanteurs décédés. Des enregistrements d’ancienne collaborations ont été utilisés, apportant une dimension particulière à l’œuvre. Ainsi on peut entendre Tony Allen sur The Hardest Thing, Bobby Womack et De La Soul sur The Moon Cave ou encore Dennis Hopper sur The Mountain.

C’est plus qu’un album pour nous, c’est comme un retour à un mood qu’on avait avec Gorillaz et qu’on avait pas vraiment réussi à retrouver depuis Plastic Beach.” – DAMON ALBARN

Après 25 ans de carrière, Gorillaz prouve qu’il est encore possible de surprendre et de repousser les limites de la pop. Né d’une imagination débordante, le groupe a toujours cherché à surprendre. D’une part avec les visuels riches et l’histoire passionnante de Jamie Hewlett, de l’autre avec l’amour brut de Damon Albarn pour la musique et la mixité des genres.

Gorillaz, c’est l’histoire d’une oeuvre en perpétuel mouvement. Portée par deux artistes passionnés, elle continue de s’écrire à travers le temps et les générations.

EMMA LALLEMAND

Portrait Jean-Baptiste Delafond

Publiée le 16 December 2024
Portrait Jean-Baptiste Delafond

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Baptiste Delafon s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris, passionné de cinéma et diplômé en philosophie, il s’est imposé comme un scénariste incontournable, tant pour la télévision que pour le cinéma. De Maison close à Baron Noir, il explore des univers variés, tout en collaborant étroitement avec des réalisateurs comme Thomas Kruithof et Yann Gozlan. Naviguant entre séries et longs métrages, il revendique une approche où chaque projet trouve son format idéal, tout en refusant l’étiquette de showrunner.

 

Après des études de philosophie, Jean-Baptiste Delafon, qui est très cinéphile, se tourne vers l’écriture pour le cinéma et la télévision. Il écrit quelques projets de longs métrages, qui ne se montent pas, et s’intéresse au petit écran dès le début des années 2000. « C’était une époque beaucoup moins riche qu’aujourd’hui, où il n’y avait pas encore les créations originales de Canal Plus et pas d’espace pour les séries d’auteur, alors qu’il y en avait à l’étranger, et surtout aux États-Unis », se souvient-il. « Et il y avait peu de raison d’espérer que la situation change. » En repérant les noms des sociétés de production aux génériques des séries, il inonde le marché de ses synopsis pendant plusieurs mois d’affilée. Il est alors engagé pour participer à Julie Lescaut sur TF1, puis à des polars comme PJ pour France 2. 

  

Rapidement catalogué comme auteur de séries policières, Jean-Baptiste Delafon ressent le besoin de changer de registre. « C’était le moment où Canal a lancé les créations originales », reprend-il. Il collabore à une série sur Napoléon, qui ne se concrétise pas, puis réécrit un projet dont le scénario était bancal : Maison close. Mais c’est surtout avec Baron Noir, diffusé entre 2014 et 2017, qu’il s’impose comme un formidable scénariste de séries politiques. Il collabore également à D’argent et de sang de Xavier Giannoli – autour de l’arnaque sur la taxe carbone – dont il conçoit la structure. Il enchaîne avec Une amie dévouée, adaptée du livre La Mythomane du Bataclan, avec Laure Calamy, et Merteuil, relecture des Liaisons dangereuses, interprété par Diane Kruger et Vincent Lacoste. Il vient également en renfort sur Tapie de Tristan Séguéla, pour Netflix, aux côtés d’Olivier Demangel. Se considère-t-il pour autant comme un showrunner ? « Je n’emploie pas ce terme car il s’agit d’un auteur-producteur qui a tous les pouvoirs », explique-t-il. « Il a la responsabilité de livrer la série. Une telle fonction n’existe pas en France. » 

  

Côté cinéma, il coécrit 16 ans… ou presque de Tristan Séguéla et, surtout, Les Promesses de Thomas Kruithof, thriller sociopolitique parcouru par une tension constante et superbement interprété par Reda Kateb et Isabelle Huppert. Il a tout récemment coécrit le nouveau projet de Thomas Kruithof, Les Braises, porté par Virginie Efira et Arie Worthalter, qui évoque le surgissement de la politique dans la vie d’une famille pendant le mouvement des Gilets Jaunes.  Il a par ailleurs coécrit Visions de Yann Gozlan et travaille actuellement avec le même réalisateur pour Gourou, autour d’un coach de vie qui devient gourou, interprété par Pierre Niney. « C’est formidable d’explorer des sujets en se demandant s’il correspond davantage au cinéma ou à la télévision et d’avoir la liberté de trouver, pour chaque projet, son bon format », dit-il. « Je pense qu’il y a beaucoup d’échecs parce qu’ils n’ont pas le format adapté. » Aimerait-il passer à la réalisation ? « Pas du tout. Mais s’épanouir vraiment dans ce métier suppose d’avoir de vraies complicités avec certains réalisateurs. Comme avec Thomas [Kruithof] dont je suis extrêmement proche et avec qui je parle des rushes quatre fois par jour ! Quand on a les bons interlocuteurs il n’y a pas de frustration. » 

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