Portrait de Dany Boon

Publiée le 17 December 2024
Portrait de Dany Boon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dany Boon s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris, après des débuts difficiles comme mime de rue à Paris, il s’impose dans le one-man-show grâce à des sketchs inspirés de sa région natale. Son succès cinématographique éclate avec Bienvenue chez les Ch’tis (2008), qui bat tous les records d’audience. Acteur et réalisateur prolifique, il alterne comédies populaires et rôles plus émotionnels tout en explorant de nouveaux projets ambitieux.

Après avoir été secouriste dans le nord de la France, sa région natale, Dany Boon arrive à Paris dans les années 80, uniquement avec sa guitare sur le dos. « Ma mère, qui s’était beaucoup sacrifié pour nous, m’avait donné toutes ses économies de femme de ménage, et j’avais débarqué avec mon sac à dos et ma guitare », confie-t-il. C’est une période de galère pour le futur acteur et réalisateur : très vite endetté, il doit faire du mime de rue pour tenter de gagner sa vie. « À ce moment-là, je faisais du spectacle de rue. Du mime, le clown et de la guitare. C’était réellement compliqué parce que je n’avais pas un radis et que je devais de l’argent à tout le monde. » Après deux années particulièrement difficiles, il commence enfin à sortir la tête de l’eau lorsqu’il est engagé comme dessinateur pour des films d’animation. « J’ai commencé à rembourser mes dettes. Mais rien ne se concrétisait sur le plan artistique. Je n’étais jamais pris dans les castings et je me faisais jeter partout. » 

  

C’est en écrivant des sketchs, inspirés par son observation de la vie quotidienne et sa région natale, qu’il entame sa carrière. En effet, repéré par Patrick Sébastien, il se produit sur scène, tout en faisant de la musique et en prêtant sa voix à des spots publicitaires. Au début des années 90, ses spectacles de one-man-show connaissent enfin le succès, mais ses prestations au cinéma ne sont guère remarquées. Il faut attendre Joyeux Noël (2005) de Christian Carion pour que son rôle à contre-emploi, dans un registre plus émotionnel, lui vaille une nomination au César. On le retrouve en ami encombrant de Daniel Auteuil dans Mon meilleur ami (2006) de Patrice Leconte, puis il adapte une de ses pièces pour le cinéma avec La Maison du bonheur (2006), sa première réalisation. Deux ans plus tard, avec son deuxième long métrage, Bienvenue chez les Ch’tis, il bat tous les records du box-office en dépassant les 20 millions d’entrées ! (et même 26 millions dans le monde). « C’était un beau cadeau de la vie », reconnaît-il. « Je crois que c’est ce que raconte le film – au moment où il est sorti – sur la fraternité, sur le souci de l’autre, qui en explique le succès. Contrairement aux comédies hollywoodiennes qui mettent en avant la réussite professionnelle, je voulais parler d’un simple facteur – et j’ai dû me battre pour convaincre les producteurs de me suivre ! » D’ailleurs, une fois le film achevé, la production mène une étude de public et explique à Dany Boon qu’il ne plaira pas aux moins de 30 ans ! 

  

Désormais, tout le monde veut tourner avec Dany Boon et celui-ci est à l’affiche de plusieurs productions ambitieuses comme De l’autre côté du lit (2009) avec Sophie Marceau, Le Code a changé (2009) de Danièle Thompson et le très remarqué Micmacs à tire-larigot (2009) de Jean-Pierre Jeunet. Côté réalisation, il signe Rien à déclarer (2011), autour des relations parfois tendues entre douaniers belges et français, où il donne la réplique à Benoît Poelvoorde. Même s’il ne renoue pas avec un succès comparable à Bienvenue chez les Ch’tis, le film enregistre plus de 8 millions de billets vendus ! En 2014, il réalise la comédie Supercondriaque, où il retrouve son partenaire Kad Merad, et dépasse les 5 millions d’entrées. Ce qui ne l’empêche pas de jouer pour d’autres metteurs en scène, de Lolo (2015) de Julie Delpy, où il est savoureux en provincial qui débarque à Paris dans un milieu qui ne lui fait pas de cadeau, à Radin ! (2016) de Fred Cavayé, où il est tout aussi irrésistible en avare pathologique.  

  

En 2018, il réalise La Ch’tite famille où il égratigne les préjugés sur le nord et tourne en dérision le milieu ultra-snob des architectes. Très émouvant dans Une belle course (2022) de Christian Carion, aux côtés de Line Renaud, sa « maman de cinéma », il est épatant en entrepreneur marseillais dans Mon crime (2023) de François Ozon. « J’étais ravi et flatté », reprend Dany Boon en évoquant sa participation au film. « J’aime le cinéma d’Ozon. Même si j’ai toujours une petite appréhension. Est-ce qu’on m’appelle pour les bonnes raisons ? Est-ce que je corresponds au rôle ? Je lis le scénario, je trouve ça intelligent et drôle, dans la lignée de Huit femmes et Potiche. » Puis, il signe La Vie pour de vrai, où il retrouve Kad Merad et accueille une nouvelle venue dans son univers : Charlotte Gainsbourg. Cette année, il a accompagné le premier long métrage de Laurence Arné, La Famille Hennedricks, road-trip sensible et drôle, autour des familles recomposées. « J’ai commencé par suivre les différentes versions du scénario et j’ai soutenu Laurence dans son projet d’écriture et de réalisation de premier film. J’ai aimé la manière dont elle en parlait, ce qu’elle voulait en faire, et je trouve qu’elle a un talent d’écriture et de réalisatrice », conclut-il. 

Portrait Franzo Curcio

Publiée le 3 February 2026
Portrait Franzo Curcio

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Franzo Curcio s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris.

D’origine italienne, Franzo Curcio vit à Paris depuis une vingtaine d’années et s’intéresse au cinéma depuis le lycée. Pendant ses études de sciences politiques, à Rome, il entreprend un mémoire autour de la propagande du fascisme pendant la Seconde Guerre mondiale et de l’instrumentalisation du cinéma comme outil de communication de masse. Quand il arrive en France, on lui propose de travailler sur le régime de Vichy, mais il comprend qu’il n’a pas vocation à rester enfermé dans une bibliothèque. Il commence à effectuer des stages dans le cinéma et, grâce à une rencontre avec une directrice de casting, il devient assistant casting pendant trois ans. « Je ne savais pas faire grand-chose », confie-t-il, « mais j’avais beaucoup de volonté et d’envie. » Au bout de trois ans, il travaille seul, d’abord sur Musée haut, musée bas (2007) de Jean-Michel Ribes, puis sur l’ensemble des réalisations de Mathieu Amalric et le dernier opus d’Alain Corneau, Crime d’amour en 2009. Il a également collaboré avec Paul Verhoeven (Benedetta, 2021) ou Xavier Giannoli (Illusions perdues, 2021, et son prochain film, Les Rayons et les ombres).

Très vite, Franzo Curcio se spécialise dans les seconds rôles. « Les premiers rôles m’intéressent moins car, avec les seconds rôles, on a un rapport direct avec le réalisateur », dit-il. « Pour les premiers rôles, il y a un grand nombre d’intervenants décisionnaires comme les chaînes de télé et la marge de manœuvre est beaucoup plus étroite. » Pour le directeur de casting, son métier ne se conçoit qu’en allant voir les comédiens au théâtre et au cinéma. « C’est une histoire de terrain », confirme-t-il.

S’il n’est pas fermé à la comédie, ses rencontres l’ont poussé à travailler surtout pour des films d’auteur. « Je n’ai pas de chapelle, et c’est le hasard qui m’a guidé sur ce chemin », reprend-il. « Ce sont des boîtes de production ou des réalisateurs qui me contactent et c’est comme ça que je me suis retrouvé à travailler sur une certaine typologie de films. » C’est ainsi que Franzo Curcio collabore régulièrement avec Edouard Baer, Valeria Bruni-Tedeschi ou Nadav Lapid. De même, il n’a participé qu’à deux séries, l’une signée Xavier Durringer et la seconde Laurent Tuel. « Il y a encore une séparation assez stricte entre le cinéma et la télévision », regrette-t-il. Ce qui ne l’empêche pas de rester extrêmement actif et sollicité…

Portrait de Laurence Arné

Publiée le 19 December 2024
Portrait de Laurence Arné

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Laurence Arné s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris, passionnée de scène, elle se fait remarquer dès 2006 avec son spectacle Quelle conne, révélant un style percutant et plein d’humour. Après des débuts au cinéma et à la télévision dans WorkinGirls, elle collabore avec Dany Boon et s’impose comme actrice et autrice de talent. En 2023, elle réalise La Famille Hennedricks, une comédie inspirée des familles recomposées, mêlant réalisme et légèreté.

Après des études de sciences économiques, de communication d’entreprise et de sociologie, Laurence Arné s’installe à Paris où elle se consacre à sa vraie passion : la scène. Elle suit des cours de chant, de danse et de théâtre et même de one-man-show ! En 2006, à seulement 24 ans, elle se lance sur scène avec un spectacle solo, intitulé Quelle conne, où elle révèle un style énergique et un vrai talent pour croquer des portraits de femmes qui jouent sur les clichés. 

  

Très vite, elle fait ses premiers pas au cinéma dans L’Amour, c’est mieux à deux (2009), où elle campe la meilleure copine de Virginie Efira, sous la direction de… Dominique Farrugia ! Elle enchaîne avec Moi, Michel G, milliardaire, maître du monde (2010), toujours réalisé par Farrugia. Mais c’est avec son rôle de DRH un rien nymphomane dans la série humoristique WorkinGirls, sur Canal Plus, qu’elle s’impose auprès du public. En 2015, elle crée – et interprète – une série de pastilles de 4 minutes, Filles d’aujourd’hui, qui pastiche les rubriques de magazines féminins détaillant la journée-type de femmes très à l’aise dans leur époque.  

  

Un an plus tard, elle partage l’affiche avec Dany Boon dans Radin !, puis, en 2018, dans La Ch’tite famille, où elle campe une architecte d’intérieur ultra-snob qui se retrouve confrontée à la famille un rien encombrante de son compagnon et associé. « On est tombés amoureux en travaillant », confie Laurence Arné en parlant de Dany Boon. « Il y a une vraie complicité artistique entre nous, et c’est formidable. Je suis très chanceuse. » 

  

On retrouve Laurence Arné dans Une affaire française, autour du meurtre du petit Grégory, puis dans 8 rue de l’Humanité, qu’elle coécrit, sous la direction de Dany Boon. Depuis longtemps taraudée par le désir de passer à la réalisation, elle s’inspire de sa propre histoire et de la problématique des familles recomposées, sous forme de comédie. « J’ai commencé à écrire le scénario seule pendant un an et demi, puis j’ai fait une consultation avec Sara Wikler qui a mené un travail analytique sur les personnages et les enjeux », raconte-t-elle. « Elle dit toujours qu’une comédie doit avoir la même intensité narrative qu’un thriller. J’ai donc quasiment effectué un travail thérapeutique sur chacun des personnages pour qu’il n’y ait rien d’artificiel et que les bascules de conscience soient toutes légitimes. J’aime le cinéma qui me raconte des histoires crédibles et contemporaines. Quand ce n’est pas suffisamment réaliste, je me détache de l’histoire. J’ai besoin de croire profondément au parcours des protagonistes. » Road-movie ébouriffant, La Famille Hennedricks parle aussi de musique qui soude les membres de cette famille aussi improbable qu’attachante. « En écrivant le film, j’ai souvent pensé que la famille était comme un groupe de rock. Chacun doit trouver son instrument, sa voix, faire ses gammes, se mettre au diapason des uns et des autres, trouver un tempo commun pour enfin créer l’harmonie. Mais il faut aussi accepter les fausses notes car elles donnent tellement de charme à une famille ! », conclut-elle. 

Portrait de Jessica Pallud

Publiée le 15 January 2026
Portrait de Jessica Pallud

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jessica Pallud s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris

À 19 ans, Jessica Palud effectue un premier stage en régie sur Innocents (2003) de Bernardo Bertolucci. Ensuite, grâce à sa détermination et à l’aide de quelques rencontres, elle devient troisième, puis deuxième et enfin première assistante réalisation, à 25 ans, sur d’importantes productions comme Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola, Astérix aux Jeux Olympiques (2008) de Thomas Langmann et Frédéric Forestier. Elle participe aussi à des films d’auteur signés Philippe Lioret, Eric Lartigau et Carine Tardieu et à plusieurs publicités. C’est à cette époque qu’elle commence à adapter un roman, L’Amour sans le faire de Serge Joncour. « Ce projet a pris beaucoup de temps car, même si l’écriture du livre est très belle, il était difficilement adaptable au cinéma », témoigne Jessica Palud. « Le sujet était très proche de Juste la fin du monde de Xavier Dolan si bien que j’ai décidé de changer mon fusil d’épaule et que j’ai fait un court métrage. » C’est dans ce contexte qu’elle s’attelle à Marlon, l’histoire d’une gamine qui va retrouver sa mère en prison : le film est sélectionné dans plusieurs festivals et remporte de nombreuses distinctions, dont le prix Grand Action au festival de Cannes et une nomination aux César. Grâce au succès de son court, la réalisatrice reprend son scénario de long métrage, intitulé Revenir, qu’elle réussit à financer. « Tout à coup, j’ai eu accès à des acteurs de premier plan comme Niels Schneider et Adèle Exarchopoulos, et le film a été sélectionné dans la section Orizzonti [l’équivalent d’Un certain regard au festival de Cannes] à la Mostra de Venise. Revenir a même obtenu le prix du scénario ! »

Pendant le montage de son premier film, Jessica Palud découvre Tu t’appelais Maria Schneider de Vanessa Schneider, qui retrace le parcours de l’actrice, sa cousine : passionnée par Maria Schneider, la cinéaste se met en tête de transposer l’ouvrage au cinéma. « J’ai rencontré Vanessa, qui avait reçu pas mal de propositions, et je lui ai expliqué que je voulais faire une adaptation très libre en adoptant le point de vue de Maria. Je crois que c’est ce parti-pris, cette volonté de faire un portrait introspectif, très près de Maria, qui lui a plu », complète Jessica Palud. Quand Vanessa Schneider découvre Revenir en salle de montage, elle est convaincue de donner son accord à la réalisatrice. Et si Maria a, une fois encore, été difficile à se monter, il a été présenté en sélection officielle à Cannes et, depuis, il est sorti dans une quarantaine de pays.

C’est pendant le montage de Maria que Jessica Palud est contactée par HBO qui souhaite créer une série à partir des Liaisons dangereuses de Laclos. « Leur idée, c’était de s’intéresser à Merteuil pour comprendre comment elle est devenue Merteuil », explique la cinéaste. « Ça m’a passionnée. » Pour elle, seule Anamaria Vartolomei, qui tenait le rôle-titre de Maria, s’impose pour le personnage de Merteuil. Là encore, après un cheminement complexe, la série, à la fois audacieuse et plastiquement somptueuse, est une totale réussite. « Elle est sortie dans les 70 territoires de HBO, elle s’est classée 2ème sur la plateforme dans les premières semaines de sa diffusion, et elle est encore 4ème à l’heure actuelle, y compris en Thaïlande, en Australie et au Moyen-Orient, alors qu’elle est sortie mi-novembre. Pour une série française, c’est un très beau succès », conclut Jessica Palud.

L’épineuse question de l’adaptation d’œuvres littéraires au cinéma

Publiée le 4 September 2024
L’épineuse question de l’adaptation d’œuvres littéraires au cinéma

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis quelques années, le cinéma français connaît un engouement particulier pour les films adaptant des  de la littérature. Les scénarios créés pour ces derniers sont d’une qualité variable, mais ils posent une question très importante : qu’est-ce qu’une bonne adaptation cinématographique ? 

Il y a quelques semaines est sorti dans nos salles Le Comte de Monte-Cristo, la 14ème adaptation filmique de l’œuvre d’Alexandre Dumas depuis le début du XXème siècle. Avant Pierre Niney, d’autres acteurs ont incarné le rôle d’Edmond Dantès avec brio, comme Léon Mathot en 1918, dans une adaptation en 8 épisodes. La version de Jean Marais, réputée pour sa fidélité au roman, atteint les 8 millions d’entrées lors de sa sortie. Le film est même passé par Hollywood, avec Jim Caviezel pour interpréter le comte. Ces adaptations ont le point commun d’être globalement à l’image de l’œuvre originale et elles ont toutes connu le succès. La dernière en date est peut-être celle qui prend le plus de libertés artistiques, en risquant de faire plusieurs changements concernant le personnage d’Angèle, en supprimant de Noirtier et la famille d’Epinay. L’objectif était de faire tenir l’histoire en trois heures de film, d’où ces choix scénaristiques très bien pensés. 

Julie Anselmini, enseignante-chercheuse à l’Université de Caen et spécialiste de l’oeuvre d’Alexandre Dumas précise : “Il est toujours difficile de savoir ce qu’est une bonne adaptation, les dernières de Dumas [Les Trois Mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo] prouvent cette ambiguïté, le premier a moins bien marché que le dernier alors que c’est la même recette”. En effet, les réalisateurs sont les mêmes, mais le succès est plus retentissant pour le Comte que pour d’Artagnan. Les deux films cumulent tout de même à eux seuls un peu plus de 5 millions d’entrées. 

Le cas Eragon

Eragon : pour ceux qui l’auraient oublié, le roman a eu droit à une adaptation cinématographique en 2006, par Stefan Fangmeier. Le film devait suivre le roman et avoir plusieurs suites, un projet qui sera avorté après la diffusion du premier film. Pourquoi ? Déjà, parce que le film n’a pas rencontré (ou retrouvé) son public dans les salles, n’ayant atteint que les 3/4 de son budget (75 millions de dollars récupérés sur 100 millions investis) et surtout pour les trop grandes libertés prises par rapport aux livres de Christopher Paolini. Entre suppression de personnages, raccourcis scénaristiques et oublis majeurs empêchant la production d’une suite, Eragon s’est saboté tout seul en même temps qu’il a anéanti la carrière de certains acteurs, comme Edward Speleers, le détenteur du rôle éponyme. 

Le film pourrait servir de cas d’école car manifestement, le réalisateur ne connaissait pas l’œuvre d’origine et a commis des erreurs empêchant la poursuite du projet, notamment le retrait des Nains, cruciaux dans la suite du roman. Ce que nous montre ce raté, c’est que le film aurait dû prendre le temps de suivre les points importants du livre, comme Peter Jackson avec Le Seigneur des Anneaux, en retirant les parties jugées anecdotiques pour faire tenir la narration dans les trois opus qui lui ont été donnés. Il aurait pu au moins s’attirer la faveur des fans et s’assurer ainsi une base de visionnages solide, puisque le livre a été un immense succès lorsqu’il est sorti. 

Le contre-exemple 

A l’inverse de cela, il y a Shining. Pour ceux qui ont vu le film sans lire le livre, ils pourraient penser que c’est une œuvre tout à fait originale. Et pourtant, c’est un roman de Stephen King qui a servi de fondation à l’œuvre cinématographique. A sa sortie, le film a reçu un accueil mitigé, l’actrice Shelley Duvall et le réalisateur Stanley Kubrick ont été nommés aux Razzie Awards pour les catégories de la Pire actrice et du Pire réalisateur. Le succès ne viendra que plus tard, tant et si bien que le film est devenu un classique du cinéma d’horreur. Jack Torrance figure parmi les meilleurs “méchants” de l’histoire du cinéma, et le film est classé à la 29ème place des 100 meilleurs thrillers du cinéma américain. Pourtant, le film est un bel exemple d’adaptation très libre d’œuvre littéraire. Stephen King reproche à Stanley Kubrick la disparition de thèmes importants (par exemple, l’alcoolisme de Jack Torrance et sa transformation en père horrible à cause de l’abus d’alcool), à tel point que l’auteur prendra les commandes d’une nouvelle adaptation en un téléfilm de trois parties, pour rester fidèle à son histoire. Il refusera aussi que son nom apparaisse dans le générique du film, considérant ce dernier totalement détaché de l’ouvrage original. Alors, comment la popularité du film peut-elle s’expliquer ? Peut-être par l’interprétation magistrale de Jack Nicholson, qui rend à merveille la folie du personnage sur le grand écran, ou encore la vision géniale de Kubrick, qui tire des mots du livre une imagerie sublime et de très belles musiques.  

La question de l’adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire est très complexe, notamment parce qu’elle ne dispose pas de cas types permettant de déterminer une sorte de norme analytique. Il est impossible de savoir ce qu’est une bonne adaptation, si elle doit coller le livre de la plus proche des manières, ou bien s’en détacher. Certains prennent la voie de l’entre-deux, comme les dernières adaptations des œuvres de Dumas, tandis que d’autres sortent du chemin tracé par le livre et créent quelque chose d’unique. Mettre des mots en images n’est pas chose facile, de même que traduire des pensées de personnages. Certains s’y cassent les dents, comme Stefan Fangmeier avec Eragon, œuvre dont on attend encore une adaptation digne de ce nom. 

Théo Tourneur 

Portrait de Laurent Dailland

Publiée le 30 May 2026
Portrait de Laurent Dailland

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Laurent Dailland, chef opérateur image s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris.

Même si, au lycée, Laurent Dailland animait un ciné-club et faisait de la photo, il ne songeait pas aux métiers de l’audiovisuel. Ce qui ne l’empêche pas d’intégrer la prestigieuse école Louis-Lumière à Paris. Une fois son diplôme en poche, il enchaîne les courts métrages, puis il est sollicité par un directeur de la photo qui avait fait carrière au théâtre et qui voulait revenir au cinéma. Laurent Dailland collabore à l’un des premiers films de Hervé Palud – qui ne sortira jamais en salles ! – et, grâce à cette expérience, rencontre André Diot qui lui met le pied à l’étrier. Presque au même moment, il fait la connaissance de Jacques Boumendil, autre grand opérateur, dont il devient l’assistant. Jusqu’au jour où celui-ci, indisponible, lui demande de le remplacer : Laurent Dailland signe la photo de Douce violence (1983), son premier long métrage.  

Il enchaîne avec 36 Fillette (1987) de Catherine Breillat avec qui il tournera Sale comme un ange (1991) et Parfait amour ! (1996). Si son tempérament modeste et discret ne le pousse pas à solliciter les réalisateurs, il est souvent contacté par des cinéastes majeurs, de Régis Wargnier à Christian Vincent – et il en est le premier surpris ! « Quand Régis Wargnier m’a appelé pour me confier Est-Ouest, jamais je n’aurais cru un jour remplacer François Catonné [chef-opérateur attitré de Wargnier] auprès de lui », confie Dailland. « De même, je n’aurais jamais imaginé travailler sur un aussi gros film que La Cité de la peur. Cela m’a pourtant ouvert des portes. » 

Très éclectique dans ses goûts et ses choix, Laurent Dailland est parfois critiqué par ses confrères qui lui reprochent de « gâcher son talent ». Mais il assume totalement de passer de Trahir (1992) de Radu Mihaileanu à Didier (1997) d’Alain Chabat, de Place Vendôme (1998) de Nicole Garcia à Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (2001) du même Chabat. « Il y a trois catégories de metteurs en scène », poursuit-il. « La première, très vaste, est celle des réalisateurs qui aiment l’image. Il y a ensuite ceux pour qui l’image ne représente rien. Enfin, il y a ceux, beaucoup moins nombreux, qui comprennent l’image et qui sont capables de vous expliquer pourquoi l’image doit être comme ceci ou comme cela. J’ai eu la chance de ne jamais travailler avec les gens de la deuxième catégorie ». Après Aline (2020) de Valérie Lemercier et Jeanne du Barry (2023) de Maïwenn, il a récemment éclairé le nouveau film d’Anne Le Ny, Histoire d’un mariage qui sortira en salles en fin d’année.  

Kaizen : l’amélioration continue comme solution à nos dérives modernes

Publiée le 19 September 2024
Kaizen : l’amélioration continue comme solution à nos dérives modernes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le documentaire “Kaizen : 1 an pour gravir l’Everest” du youtubeur Inoxtag explore plus qu’une prouesse physique. À travers le prisme du kaizen, un concept philosophique japonais centré sur l’amélioration continue, Inoxtag nous plonge dans une réflexion profonde sur l’équilibre entre dépassement de soi, respect de l’environnement, et prise de conscience de l’impact de la surconsommation.  

Le concept philosophique du Kaizen : l’amélioration progressive

Kaizen signifie littéralement “changement bon” (“kai” = changement, “zen” = bon) et prône l’idée qu’il est possible d’améliorer constamment, par petites étapes, aussi bien son quotidien personnel que ses pratiques professionnelles, ou, globalement, son rapport à la vie. Popularisé par le milieu de la gestion d’entreprise au Japon, après la Seconde Guerre mondiale, le kaizen a évolué pour devenir un principe de vie, axé sur la constance dans l’effort et l’amélioration individuelle. 

Dans le cadre du documentaire, Inoxtag incarne cette philosophie en s’engageant dans une préparation d’un an pour gravir l’Everest, une transformation progressive et durable. Son évolution d’un jeune homme plongé dans les jeux vidéo à un alpiniste capable d’affronter l’une des montagnes les plus dangereuses du monde illustre bien le concept d’une amélioration graduelle, où chaque jour représente une nouvelle opportunité de progresser. 

Le kaizen, appliqué à l’ascension de l’Everest, ne se traduit pas par un exploit soudain ou un succès spectaculaire et immédiat. Il s’agit d’un processus qui implique d’accepter l’effort constant, les petits ajustements, et la détermination dans le temps. Cette philosophie trouve un écho significatif dans notre monde contemporain, où les solutions rapides sont trop souvent valorisées, tandis que la patience et la progression sont souvent sous-estimées.   

L’environnement : victime de notre surconsommation 

En parallèle de cette quête personnelle, le documentaire met en lumière un problème beaucoup plus large : l’impact du tourisme de masse sur l’Everest et, de manière générale, les questions liées à l’environnement. Depuis des décennies, l’Everest est victime de son propre succès. Chaque année, des centaines d’alpinistes affluent pour gravir le sommet, mais derrière cet engouement se cache une réalité inquiétante : la pollution. 

D’après un rapport de l’Himalayan Database, environ 50 tonnes de déchets sont laissées chaque année sur l’Everest, incluant des tentes abandonnées, des bouteilles d’oxygène, et autres détritus. Cette accumulation de déchets, dans un environnement aussi pur que celui de l’Himalaya, symbolise l’impact négatif du tourisme de masse sur les écosystèmes fragiles. Le défi environnemental ne se limite pas à l’Everest : le documentaire mène à une réflexion sur l’état de notre planète, qui subit de plein fouet les effets de la surconsommation. 

Le message de Kaizen est clair : si l’amélioration personnelle est importante, elle doit s’accompagner d’une prise de conscience écologique. Chaque action que nous menons, chaque défi que nous nous lançons, doit se faire dans le respect de la nature. Inoxtag, en gravissant l’Everest, montre que la quête du dépassement de soi ne doit pas être déconnectée de la nécessité de préserver la planète. 

L’addiction aux écrans : une nouvelle montagne à gravir 

Enfin, au-delà de l’aspect environnemental, Kaizen propose une réflexion sur la surconsommation d’écrans, un phénomène qui touche une grande partie des membres de la société moderne. Selon une étude de We Are Social en 2023, les Français passent en moyenne 6 heures et 59 minutes par jour devant un écran. Ce chiffre met en lumière l’ampleur de l’addiction au numérique, surtout chez les plus jeunes, souvent enfermés dans des habitudes qui nuisent à leur santé mentale et physique. 

Inoxtag, lui-même issu de cet univers numérique puisqu’il est streamer, témoigne à travers son ascension d’une forme de rejet de ce mode de vie sédentaire et virtuel. Le documentaire Kaizen devient ainsi un appel à sortir de l’enfermement digital pour renouer avec le monde réel, la nature, et l’effort physique. Cette prise de conscience est essentielle, car la surconsommation d’écrans n’est pas sans conséquences : elle peut provoquer des troubles du sommeil, des problèmes de concentration, et une diminution de l’activité physique. D’après l’OMS, près de 85 % des adolescents dans le monde ne pratiquent pas assez d’activité physique, une tendance amplifiée par l’addiction aux technologies. 

Kaizen : vers une amélioration durable 

Au final, le documentaire illustre la nécessité d’une “amélioration continue” à trois niveaux : personnel, environnemental, et sociétal. Inoxtag montre que le kaizen, en tant que philosophie, peut nous aider à sortir des schémas de surconsommation et de passivité numérique pour adopter un mode de vie plus actif et plus conscient. Cependant, ce processus ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut des efforts progressifs, des prises de conscience, et une volonté de changer durablement.  

Face à des défis comme la pollution environnementale et la dépendance numérique, il est essentiel d’adopter un état d’esprit kaizen. En commençant par de petites actions : passer moins de temps sur nos écrans, réduire notre impact écologique, et chercher à progresser jour après jour, nous pouvons améliorer à la fois notre bien-être individuel et l’état de notre planète. 

Somme toute, “Kaizen : 1 an pour gravir l’Everest” n’est pas seulement un récit d’aventure, mais un appel à chacun d’entre nous pour prendre la voie du changement, un pas à la fois, avec pour objectif un avenir plus durable et équilibré. 

Portrait de Anamaria Vartolomei

Publiée le 6 March 2026
Portrait de Anamaria Vartolomei

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Anamaria Vartolomei s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris.

Si elle affiche aujourd’hui, à seulement 26 ans, une carrière étincelante et qu’elle a le charisme d’une star, Anamaria Vartolomei ne se destinait pas, loin s’en faut, à devenir actrice. Née en Roumanie, elle débarque en France à l’âge de 6 ans et s’installe à Pantin sans connaître un mot de français. Après avoir découvert le théâtre à l’école, elle passe le casting de My Little Princess (2011) d’Eva Ionesco et décroche son premier rôle, parmi 500 candidates, aux côtés d’Isabelle Huppert ! En se retrouvant soudain plongée dans un milieu qu’elle ne connaît pas, elle prend conscience que sa culture cinématographique est assez limitée : « Quand j’ai commencé, j’avais 10 ans, et personne ne faisait de cinéma autour de moi », dit-elle. « J’ai découvert ce milieu au fur et à mesure des tournages, des rencontres, et je souffrais, au départ, d’un manque de culture. J’allais au cinéma avec mes parents, mais nous allions voir ce qui sortait en salles, pas des vieux films, et eux étaient plutôt branchés cinéma roumain. Je me suis donc forgé ma culture seule, notamment à travers des rétrospectives. Finalement, ne pas venir de ce milieu a été une force, car cela a développé ma curiosité. »  

La jeune actrice intègre ensuite le cours Florent, puis l’école d’art dramatique Les Enfants Terribles. Mais les cours ne la passionnent pas et elle préfère se confronter à l’expérience concrète du tournage. Elle enchaîne alors les petits rôles sous la direction de Riad Sattouf (Jacky au royaume des filles, 2014), Frédéric Beigbeder (L’Idéal, 2016), ou Marc Dugain (L’Échange des princesses, 2017) avant d’être remarquée par Audrey Diwan pour L’Événement en 2021. Elle y interprète une jeune fille qui, dans les années 60, décide d’avorter pour poursuivre ses études. « C’est un film nécessaire qui ose regarder droit dans les yeux l’avortement clandestin », confie Anamaria. « J’ai ressenti une énorme colère face à l’histoire d’Anne [la protagoniste] que vivent encore aujourd’hui de nombreuses jeunes filles dans certains pays et États où l’avortement est interdit. » Pour plusieurs scènes délicates – et en particulier celle de l’avortement –, l’actrice et la réalisatrice ont noué une étroite collaboration. « Durant le confinement, Audrey m’appelait chaque jour pour me conseiller des livres et des films. Puis on a peaufiné mon personnage sur le plateau, c’était une chorégraphie à trouver. » Le film décroche le Lion d’or à la Mostra de Venise et la jeune actrice le César de la révélation féminine. 

Après L’Événement, Anamaria Vartolomei refuse plusieurs propositions qui ressemblent étrangement au rôle d’Anne dans le film d’Audrey Diwan. Car ce qui l’intéresse, justement, c’est de changer de registre. Ce qu’elle fait avec L’Empire (2023) de Bruno Dumont, à mi-chemin entre science-fiction décalée et réalisme social, où elle interprète une extraterrestre ! « J’ai refusé beaucoup de projets après L’Événement car je voulais prendre mon temps et je trouvais qu’on me proposait trop souvent les mêmes choses. J’ai un peu l’impression qu’en France, quand on fait un drame, on ne te propose plus que cela après. C’est pareil si tu fais de la comédie. Donc je me suis retrouvé avec beaucoup de scénarios évoquant le sujet de l’avortement mais j’avais envie que les gens comprennent que je voulais faire autre chose. J’ai attendu jusqu’à ce que Bruno Dumont, tel un sauveur, me propose quelque chose de vraiment spécial. » Elle reconnaît pourtant qu’elle ne connaissait rien à son cinéma : « Je n’avais jamais vu ses films et je n’ai rien compris à son scénario », dit-elle en riant. « J’y suis allée parce qu’il me faisait marrer. Il est à la fois perché et bienveillant. Le cinéma, pour lui, c’est vraiment de la création, la fabrication d’un truc complètement décalé. » 

En 2024, elle franchit encore une étape. Non seulement elle campe le rôle-titre de Maria de Jessica Palud, autour de l’actrice Maria Schneider, mais elle tourne dans Mickey 17 de Bong Joon-ho, ambitieuse production américaine. Qu’est-ce qui l’attirait chez Maria Schneider, comédienne au succès éphémère et brisée par une société patriarcale ? « Incarner une femme digne qui a marqué une époque en allant à l’encontre de ce qu’on attendait d’elle me porte car il s’agit de la lutte la plus concrète : braver les interdits et se dire ‘je mérite ma place dans la société’ telle que je suis, sans jamais trahir son identité. » Et que pouvait-elle rêver de mieux que le plateau du cinéaste coréen Bong Joon-ho pour se renouveler encore ? « Jamais je n’aurais pensé un jour travailler avec Bong Joon-ho », confie-t-elle. « Il faisait partie de cette liste de réalisateurs inaccessibles. J’avais un peu peur parce que ce n’était pas forcément mon territoire, du moins, ce n’était pas ma langue. C’est le premier tournage d’une telle envergure que j’ai fait avec un casting aussi international. Et en même temps, je me disais que si j’avais été prise, c’était pour une bonne raison. Parfois, il ne faut pas toujours essayer de comprendre le pourquoi ! » 

Elle enchaîne avec une autre production de grande ampleur, Le Comte de Monte-Cristo (2024) d’Alexandre de la Patellière et Matthieu Delaporte où elle campe la troublante Haydée. Elle en garde un souvenir merveilleux. « C’était un tournage joyeux, enjoué, presque festif. On était tous comme des enfants, au milieu de ces décors immenses et de ces costumes d’époque. J’ai vraiment eu l’impression que Matthieu et Alexandre [de La Patellière et Delaporte] s’étaient entourés de gens qui avaient le plaisir du jeu, de la création, et qui s’amusaient sincèrement à raconter cette histoire. » Un an plus tard, elle tourne dans sa première série, Merteuil, qui imagine un prologue aux événements des Liaisons dangereuses. L’occasion de refaire équipe avec Jessica Palud. « Nous avions scellé une sorte de pacte après Maria,qui stipulait qu’on se retrouverait pour un projet encore plus fort », reprend-elle. « Or, il y avait tant à explorer avec le personnage de Merteuil ! Nous voulions conserver le côté machiavélique et froid de la marquise, mais nous tenions aussi à ce qu’elle soit vulnérable et fragile dans l’intimité. J’avais évidemment en tête l’image de Glenn Close dans Les Liaisons dangereuses de Stephen Frears, mais sa performance était tellement parfaite que j’ai préféré ne pas revoir le film. » 

Après L’Intérêt d’Adam (2025) de Laura Wandel, où la comédienne renoue avec le naturalisme de L’Événement, elle sera à l’affiche de La Bataille de Gaulle d’Antonin Baudry, l’une des productions les plus ambitieuses de cette année, et campera Juliette Gréco devant la caméra d’Anne Fontaine. On ne l’arrête plus… 

Le Fil de Daniel Auteuil : Défendre avec le cœur 

Publiée le 24 September 2024
Le Fil de Daniel Auteuil : Défendre avec le cœur 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 11 septembre 2024 est sorti au cinéma le dernier projet de Daniel Auteuil intitulé Le Fil. Le long métrage narre le procès d’un père que l’on accuse du meurtre de sa femme. Son avocat prend exceptionnellement l’affaire et commence, petit à petit, à s’investir personnellement pour son client. 

Chacun sait que la justice se doit d’être la plus impartiale possible et ne prendre en compte que les faits et non l’affect. Cela s’applique bien sûr aux avocats. Ils doivent être solides sur les preuves qu’ils avancent et prendre un maximum de recul sur les affaires pour éviter de tomber dans la compassion ou l’empathie. Voilà tout le propos de ce film, il s’interroge sur la “bonne” façon de défendre mais aussi sur la question de l’interprétation d’un fait. 

Résumé et construction

Le maître Jean Monier travaille comme avocat dans les environs d’Arles. Ce dernier ne s’est toujours pas remis de son dernier procès à la Cour d’Assises 3 ans plus tôt. Il a, à ce moment-là, innocenté un meurtrier qui s’est remis à attaquer peu après sa libération. Il s’est juré de ne plus mettre les pieds dans une Cour d’Assises pour éviter un tel drame. Il finit cependant par céder à sa femme et part interroger le client en question. Cet homme s’appelle Nicolas Milic et il est soupçonné de meurtre sur sa femme. Il est le père de cinq enfants et déclare que sa femme aurait quitté le domicile fortement alcoolisée et ne lui aurait pas laisser de nouvelles depuis ce départ. Il pretend même avoir été griffé par sa femme avant qu’il ne perde patience et l’insulte assez sèchement. En entendant cette histoire, Monier décide de reprendre l’affaire pour rendre à ses enfants Nicolas Milic.  

Le film est construit sur une alternance entre les séquences du procès, du premier au dernier jour, et d’autres séquences qui traitent de l’enquête et de l’évolution de la psychologie des personnages liés à ce dossier. Il est aussi ponctué de flashbacks pour situer le spectateur lorsqu’un suspect ou un témoin raconte ce qu’il a vu ou pas. 

La question de subjectivité 

Si nous devions résumer le film à une seule thématique, ce serait celle de la subjectivité. Que ce soit sur le fond ou sur la forme, les deux mettent cet aspect en avant. En ce qui concerne la narration du film, la réalisation a fait le choix de ne pas mettre de personnage omniscient ou de plan de caméra qui donnerait un détail de plus à l’audience. Cela permet de plonger le spectateur dans la peau d’un des personnages, on est invité avec la Cour, à assister au dénouement du procès. Aussi le personnage de Monier est amené dans son écriture à très vite concevoir une vision parfaitement illusoire des faits qui vous sont proposés depuis le début. Il va se reconnaître dans ce personnage, s’y attacher, il va se convaincre qu’il est innocent et être déterminé à mener son affaire au bout. Le spectateur se retrouve donc dans la même position que Monier, il est perdu, seul face à ses propres convictions donc il se raccroche à tout ce qu’il peut pour s’en sortir puisque en aucun cas les avancées du camp adverse sont montrées à l’audience. 

Sur le fond comme sur la forme, le film parvient à offrir une approche intéressante d’un film de procès, souvent lent et progressif. Il déconstruit également l’image traditionnelle de l’avocat, souvent perçu comme froid et calculateur. Dans “Le Fil”, l’accent est mis sur l’aspect humain et psychologique de la profession. L’avocat est montré comme vulnérable, sensible, et presque proche de nouer une relation amicale avec son client. Reste à savoir si cela suffira pour sauver Nicolas. 

  

Théo Tourneur

Portrait d’Alex Lutz

Publiée le 26 March 2026
Portrait d’Alex Lutz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alex Lutz s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris.

Originaire de Strasbourg, Alex Lutz envisage d’abord le dessin, mais se réfugie rapidement dans le jeu et l’humour – lui qui, enfant, est un peu complexé et guère sportif. « Pour ne pas subir les sarcasmes, j’ai vite compris la force de l’humour », confie-t-il. « De toute façon, les choses négatives qu’on vit dans l’enfance sont fondatrices. Par exemple, j’adorais les mauvais profs. Plus ils étaient bêtes et ennuyeux, plus je les imitais. » Un don qu’il va mettre rapidement à profit sur scène. « À 15 ans, j’ai découvert le théâtre. Et le théâtre a été la mise en relief des petites histoires que je racontais en dessinant. »

Très vite, à 17 ans, il est engagé par des compagnies de théâtre et touche ses premiers cachets, avant de créer sa propre compagnie pour laquelle il écrit et met en scène ses spectacles. Il fréquente aussi plusieurs acteurs et comiques, comme Pierre Palmade et Sylvie Joly. Dès 2004, il décroche des seconds rôles dans des téléfilms et des séries, de Scènes de ménage (2009) à SODA (2011-2014). Mais c’est avec la série de sketchs Catherine et Liliane, où il interprète une secrétaire qui n’a pas la langue dans sa poche aux côtés de Bruno Sanches, qu’il s’impose auprès du grand public. « On est tombé sur deux femmes qui avaient typiquement le même rapport de domination et de suiveuse que nous », se souvient-il. « Nous avons suivi ces deux personnes à 10 mètres derrière et on a commencé à les imiter. » Alex Lutz retrouve alors son plaisir enfantin de se grimer et de se transformer. « Tous les acteurs rêvent de jouer une femme. Il suffit pour cela d’avoir la silhouette et la capacité vocale adéquate. Qui mieux qu’une femme peut offrir une telle palette de sentiments ? Cela n’a-t-il d’ailleurs pas donné lieu à un film superbe, Tootsie ? »

Remarqué pour la plasticité de son jeu et son vaste registre, Alex Lutz fait ensuite ses débuts au cinéma, avec, notamment, le personnage de Von Zimmel dans OSS 117 : Rio ne répond plus (2009) de Michel Hazanavicius. « C’est grâce à Jean Dujardin », poursuit-il. « Il m’avait vu dans un sketch à la télé et m’a appelé pour OSS. » Il enchaîne avec plusieurs comédies comme Il reste du jambon ? (2010), Hollywoo (2011) et Sous les jupes des filles (2014). En 2015, il passe à la réalisation avec Le Talent de mes amis, où il joue lui-même aux côtés d’Audrey Lamy et Bruno Sanches. « Avec Le Talent de mes amis, je ne voulais pas faire une pure comédie, mais teinter la comédie de mélancolie. On en a tous, des moments de crise existentielle comme ça. Pour ce film, tout est parti d’un des sketches… Un sketch né de ce qui nous arrive souvent dans la vie et qui nous amuse : cette jalousie qui naît quand les deux autres font un truc de leur côté », précise-t-il.

S’il continue à jouer dans les films des autres, des Visiteurs La Révolution (2016) à Knock (2017) aux côtés d’Omar Sy, il signe son deuxième long métrage avec Guy (2018), faux documentaire épatant autour d’un chanteur de variétés qui a triomphé dans les années 1960 et 1970. « Dans ma tête, j’avais envie d’une histoire libre, un faux documentaire, cela autorise plein de choses, dont une chronologie éclatée », raconte-t-il. « C’est un mode de récit qui me plaisait. Dans un deuxième temps, j’ai créé ce personnage de bout en bout, comme on attaque un roman. J’avais une idée de la structure, je me suis laissé porter. Sur ce mode, j’ai raconté une histoire : un journaliste qui va à la rencontre de son père Guy, une vedette populaire, dont il est le fils illégitime. » 

Variant les genres dans son travail de comédien, il campe aussi bien un PDG abject dans la série Dérapages qu’un tennisman vieillissant dans 5ème set (2021), et se produit même devant la caméra de Gaspar Noé, cinéaste audacieux et singulier, dans Vortex (2021). Il détaille : « Gaspar Noé avait beaucoup aimé mon film Guy et il savait que j’y avais fait la part belle à l’improvisation. Il avait écrit quinze pages, mais pas de dialogues. Cela laisse une grande place à l’imagination et à la collaboration. J’ai dit oui tout de suite. Je l’aurais suivi au bout du monde, parce que c’est un cinéaste intéressant. »

En 2023, il signe Une nuit, autour d’une brève rencontre entre deux êtres attirés l’un par l’autre en plein Paris. Plébiscité par la critique et présenté au festival de Cannes, le film est porté par l’interprétation exceptionnelle de Karin Viard. Il revient sur la genèse du projet : « J’ai été témoin d’une dispute banale dans le métro… Leur engueulade était pleine de charme, d’arguments assez truculents. Je me suis dit “tiens, ils ont l’air de bien se plaire en même temps. Je les ai imaginés faire l’amour maladroitement dans un photomaton… Et s’ils ne se quittaient plus de toute la nuit ?” »  Après avoir joué un commissaire-priseur intraitable dans Le Tableau volé (2024) de Pascal Bonitzer et incarné Pierre Bergé dans la série Becoming Karl Lagerfeld, il transpose le roman de Nicolas Mathieu pour son quatrième long métrage, Connemara en 2025. Il évoque ce qui l’a inspiré dans l’écriture du romancier : « Son incroyable acuité, sa manière de décrire comment le grand corps social infuse la vie de ses personnages, dans leurs attitudes, leurs gestes… De plus, il parle de la France, d’une certaine France, sans que ce soit un texte politique : il trace une subtile cartographie sociologique, mais aussi sensorielle, des êtres, sans une once de pédagogie de comptoir. » Véritable bourreau de travail, Alex Lutz sera  prochainement à l’affiche de Camembert et du Sens de la vie.

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