Le Binge-watching : qu’est-ce que c’est ?

Publiée le 28 December 2023
Le Binge-watching : qu’est-ce que c’est ?

Une des tendances actuelles de notre société : le binge-watching est devenu un phénomène culturel omniprésent dans notre ère numérique. Si vous avez déjà passé des heures à regarder une série télévisée ou à visionner plusieurs épisodes d’une émission, vous avez fait du binge-watching. L’ESIS, l’école du cinéma, du son et de la musique t’explique tout ce que tu as à savoir sur ce phénomène.

 

 

 

 

 

 

 

QU’EST-CE QUE LE BINGE-WATCHING ?

Le binge-watching est le fait de regarder plusieurs épisodes d’une série télévisée, d’un programme, ou même de films en continu, leplus souvent sur une plateforme de streaming en ligne. Contrairement à la diffusion traditionnelle à la télévision, où les téléspectateurs attendent chaque semaine pour regarder un nouvel épisode, le binge–watching permet aux spectateurs de consommer du contenu à leur propre rythme, enchaînant les épisodes les uns après les autres.

 

POURQUOI LE BINGE-WATCHING EST-IL DEVENU SI POPULAIRE ?

Plusieurs facteurs expliquent la popularité croissante du binge-watching :

    • L’Accessibilité : Les services de streaming en ligne, tels que Netflix, Amazon Prime Video, Disney+, et d’autres, ont rendu plus facile que jamais l’accès à un vaste catalogue de séries et de films, disponibles à tout moment et sur n’importe quel appareil.
    • Intrigues complexes : De nombreuses séries télévisées contemporaines sont conçues avec des intrigues complexes et des personnages bien développés, ce qui incite les spectateurs à vouloir en savoir plus et donc de continuer à regarder.
    • L’absence de publicités : Contrairement à la télévision, les plateformes de streaming sont le plus souvent dépourvues de publicités, ce qui permet aux spectateurs de rester immergés dans leur contenu sans interruption.
    • La personnalisation : Les algorithmes des plateformes de streaming recommandent souvent du contenu similaire à ce que vous avez déjà regardé, ce qui peut vous inciter à explorer de nouveaux films ou de nouvelles séries et à prolonger votre expérience de binge–watching.

 

LES DANGERS DU BINGE-WATCHING

Bien que le binge-watching puisse être une activité divertissante, il peut aussi avoir des effets dangereux et néfastes sur votre bien-être :

  • Dépendance : Pour certaines personnes, le binge-watching peut devenir une habitude compulsive, similaire à une addiction, et peut interférer avec d’autres aspects de leur vie.
  • Sédentarité : Passer de longues heures devant un écran peut entraîner une vie sédentaire, ce qui peut avoir des conséquences néfastes pour la santé.
  • Sommeil perturbé : Regarder des épisodes tard dans la nuit peut perturber votre sommeil, ce qui peut entraîner de la fatigue et des problèmes de concentration.
  • Isolement social : Le binge-watching excessif peut parfois mener à un isolement social, car il peut remplacer les “réelles” interactions sociales.

En résumé, bien que le binge-watching puisse être une activité agréable et divertissante, il est essentiel de le pratiquer de manière équilibrée et consciente. En étant attentif à ses effets sur notre bien-être, nous pouvons profiter pleinement de cette activité tout en préservant notre santé physique, notre sommeil, nos relations sociales et notre équilibre dans la vie quotidienne.

 

L’UNIVERS DU CINÉMA VOUS INTÉRESSE ?

Avec le développement du numérique, de nouveaux métiers voient le jour notamment dans le monde du cinéma. Pour exercer dans le secteur, vous pouvez suivre une formation spécialisée au sein de notre établissement l’ESIS. Nous formons de Bac à Bac +5 aux métiers du cinéma et des vfx.

En effet, nous proposons un BTS Audiovisuel proposant 4 options :

    • Option Montage
    • Option Gestion de Production
    • Option Image
    • Option Son

L’ESIS propose également un Bachelor Cinéma et VFX ainsi que trois mastères dont un Mastère Scénario et Réalisation et un Mastère Communication et Production Cinématographique.

Kaizen : l’amélioration continue comme solution à nos dérives modernes

Publiée le 19 September 2024
Kaizen : l’amélioration continue comme solution à nos dérives modernes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le documentaire “Kaizen : 1 an pour gravir l’Everest” du youtubeur Inoxtag explore plus qu’une prouesse physique. À travers le prisme du kaizen, un concept philosophique japonais centré sur l’amélioration continue, Inoxtag nous plonge dans une réflexion profonde sur l’équilibre entre dépassement de soi, respect de l’environnement, et prise de conscience de l’impact de la surconsommation.  

Le concept philosophique du Kaizen : l’amélioration progressive

Kaizen signifie littéralement “changement bon” (“kai” = changement, “zen” = bon) et prône l’idée qu’il est possible d’améliorer constamment, par petites étapes, aussi bien son quotidien personnel que ses pratiques professionnelles, ou, globalement, son rapport à la vie. Popularisé par le milieu de la gestion d’entreprise au Japon, après la Seconde Guerre mondiale, le kaizen a évolué pour devenir un principe de vie, axé sur la constance dans l’effort et l’amélioration individuelle. 

Dans le cadre du documentaire, Inoxtag incarne cette philosophie en s’engageant dans une préparation d’un an pour gravir l’Everest, une transformation progressive et durable. Son évolution d’un jeune homme plongé dans les jeux vidéo à un alpiniste capable d’affronter l’une des montagnes les plus dangereuses du monde illustre bien le concept d’une amélioration graduelle, où chaque jour représente une nouvelle opportunité de progresser. 

Le kaizen, appliqué à l’ascension de l’Everest, ne se traduit pas par un exploit soudain ou un succès spectaculaire et immédiat. Il s’agit d’un processus qui implique d’accepter l’effort constant, les petits ajustements, et la détermination dans le temps. Cette philosophie trouve un écho significatif dans notre monde contemporain, où les solutions rapides sont trop souvent valorisées, tandis que la patience et la progression sont souvent sous-estimées.   

L’environnement : victime de notre surconsommation 

En parallèle de cette quête personnelle, le documentaire met en lumière un problème beaucoup plus large : l’impact du tourisme de masse sur l’Everest et, de manière générale, les questions liées à l’environnement. Depuis des décennies, l’Everest est victime de son propre succès. Chaque année, des centaines d’alpinistes affluent pour gravir le sommet, mais derrière cet engouement se cache une réalité inquiétante : la pollution. 

D’après un rapport de l’Himalayan Database, environ 50 tonnes de déchets sont laissées chaque année sur l’Everest, incluant des tentes abandonnées, des bouteilles d’oxygène, et autres détritus. Cette accumulation de déchets, dans un environnement aussi pur que celui de l’Himalaya, symbolise l’impact négatif du tourisme de masse sur les écosystèmes fragiles. Le défi environnemental ne se limite pas à l’Everest : le documentaire mène à une réflexion sur l’état de notre planète, qui subit de plein fouet les effets de la surconsommation. 

Le message de Kaizen est clair : si l’amélioration personnelle est importante, elle doit s’accompagner d’une prise de conscience écologique. Chaque action que nous menons, chaque défi que nous nous lançons, doit se faire dans le respect de la nature. Inoxtag, en gravissant l’Everest, montre que la quête du dépassement de soi ne doit pas être déconnectée de la nécessité de préserver la planète. 

L’addiction aux écrans : une nouvelle montagne à gravir 

Enfin, au-delà de l’aspect environnemental, Kaizen propose une réflexion sur la surconsommation d’écrans, un phénomène qui touche une grande partie des membres de la société moderne. Selon une étude de We Are Social en 2023, les Français passent en moyenne 6 heures et 59 minutes par jour devant un écran. Ce chiffre met en lumière l’ampleur de l’addiction au numérique, surtout chez les plus jeunes, souvent enfermés dans des habitudes qui nuisent à leur santé mentale et physique. 

Inoxtag, lui-même issu de cet univers numérique puisqu’il est streamer, témoigne à travers son ascension d’une forme de rejet de ce mode de vie sédentaire et virtuel. Le documentaire Kaizen devient ainsi un appel à sortir de l’enfermement digital pour renouer avec le monde réel, la nature, et l’effort physique. Cette prise de conscience est essentielle, car la surconsommation d’écrans n’est pas sans conséquences : elle peut provoquer des troubles du sommeil, des problèmes de concentration, et une diminution de l’activité physique. D’après l’OMS, près de 85 % des adolescents dans le monde ne pratiquent pas assez d’activité physique, une tendance amplifiée par l’addiction aux technologies. 

Kaizen : vers une amélioration durable 

Au final, le documentaire illustre la nécessité d’une “amélioration continue” à trois niveaux : personnel, environnemental, et sociétal. Inoxtag montre que le kaizen, en tant que philosophie, peut nous aider à sortir des schémas de surconsommation et de passivité numérique pour adopter un mode de vie plus actif et plus conscient. Cependant, ce processus ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut des efforts progressifs, des prises de conscience, et une volonté de changer durablement.  

Face à des défis comme la pollution environnementale et la dépendance numérique, il est essentiel d’adopter un état d’esprit kaizen. En commençant par de petites actions : passer moins de temps sur nos écrans, réduire notre impact écologique, et chercher à progresser jour après jour, nous pouvons améliorer à la fois notre bien-être individuel et l’état de notre planète. 

Somme toute, “Kaizen : 1 an pour gravir l’Everest” n’est pas seulement un récit d’aventure, mais un appel à chacun d’entre nous pour prendre la voie du changement, un pas à la fois, avec pour objectif un avenir plus durable et équilibré. 

Portrait de Laurent Dailland

Publiée le 30 May 2026
Portrait de Laurent Dailland

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Laurent Dailland, chef opérateur image s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris.

Même si, au lycée, Laurent Dailland animait un ciné-club et faisait de la photo, il ne songeait pas aux métiers de l’audiovisuel. Ce qui ne l’empêche pas d’intégrer la prestigieuse école Louis-Lumière à Paris. Une fois son diplôme en poche, il enchaîne les courts métrages, puis il est sollicité par un directeur de la photo qui avait fait carrière au théâtre et qui voulait revenir au cinéma. Laurent Dailland collabore à l’un des premiers films de Hervé Palud – qui ne sortira jamais en salles ! – et, grâce à cette expérience, rencontre André Diot qui lui met le pied à l’étrier. Presque au même moment, il fait la connaissance de Jacques Boumendil, autre grand opérateur, dont il devient l’assistant. Jusqu’au jour où celui-ci, indisponible, lui demande de le remplacer : Laurent Dailland signe la photo de Douce violence (1983), son premier long métrage.  

Il enchaîne avec 36 Fillette (1987) de Catherine Breillat avec qui il tournera Sale comme un ange (1991) et Parfait amour ! (1996). Si son tempérament modeste et discret ne le pousse pas à solliciter les réalisateurs, il est souvent contacté par des cinéastes majeurs, de Régis Wargnier à Christian Vincent – et il en est le premier surpris ! « Quand Régis Wargnier m’a appelé pour me confier Est-Ouest, jamais je n’aurais cru un jour remplacer François Catonné [chef-opérateur attitré de Wargnier] auprès de lui », confie Dailland. « De même, je n’aurais jamais imaginé travailler sur un aussi gros film que La Cité de la peur. Cela m’a pourtant ouvert des portes. » 

Très éclectique dans ses goûts et ses choix, Laurent Dailland est parfois critiqué par ses confrères qui lui reprochent de « gâcher son talent ». Mais il assume totalement de passer de Trahir (1992) de Radu Mihaileanu à Didier (1997) d’Alain Chabat, de Place Vendôme (1998) de Nicole Garcia à Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (2001) du même Chabat. « Il y a trois catégories de metteurs en scène », poursuit-il. « La première, très vaste, est celle des réalisateurs qui aiment l’image. Il y a ensuite ceux pour qui l’image ne représente rien. Enfin, il y a ceux, beaucoup moins nombreux, qui comprennent l’image et qui sont capables de vous expliquer pourquoi l’image doit être comme ceci ou comme cela. J’ai eu la chance de ne jamais travailler avec les gens de la deuxième catégorie ». Après Aline (2020) de Valérie Lemercier et Jeanne du Barry (2023) de Maïwenn, il a récemment éclairé le nouveau film d’Anne Le Ny, Histoire d’un mariage qui sortira en salles en fin d’année.  

ESSAI – L’AVENIR DU CINÉMA FACE À L’IA

Publiée le 3 July 2026
ESSAI – L’AVENIR DU CINÉMA FACE À L’IA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie. »
Arthur C. Clarke
(auteur du roman « 2001, L’Odyssée de l’espace »
adapté avec Stanley Kubrick pour le cinéma en 1968)

SOMMAIRE

INTRODUCTION

PREMIÈRE PARTIE
1. La peinture et ses révolutions : un prélude
2. L’IA n’est pas née hier
3. L’année 1997 : le moment où la machine bat l’homme.
4. Le cinéma a pris l’habitude des fins du monde depuis son invention en 1895
5. L’épopée ILM : quand la technique crée des métiers qui n’existaient pas
6. Les outils, les expériences, les films déjà là

DEUXIÈME PARTIE
1. Une vraie différence : vidéo TikTok et long-métrage ne sont pas la même chose
2. L’IA peut-elle remplacer le réalisateur ?
3. L’IA peut-elle remplacer les comédiens ?
4. Les arguments en présence : un tableau sans complaisance
5. Walter Benjamin et « L’aura » : ce que le public perçoit sans pouvoir le nommer

TROISIÈME PARTIE
1. Ce que disent les études sur le sujet (ils ne disent pas toujours ce qu’on croit)
2. Le documentaire : le genre qui ne peut pas être remplacé
3. Les autres genres du cinéma : hybridation, cinéma de l’intime, essai filmé.
4. Pour une « éthique » de l’image

CONCLUSION

INTRODUCTION
Il y a quelque chose de franchement cocasse quand on observe l’emportement avec lequel chaque génération déclare la mort du cinéma, comme il en est d’ailleurs de tous les arts où l’homme n’a eu de cesse de prouver, à travers les époques et les utopies, que son imagination était belle, féconde et nécessaire. Ainsi, on a cru entendre que la photographie allait tuer la peinture. Puis on a soutenu que le « cinéma parlant » allait tuer le « cinéma muet ». Ensuite, on a dit sans crainte que la télévision, dévoreuse de la pensée frivole des téléspectateurs, allait vider les salles de cinéma, et que la vidéo allait finir le travail d’achèvement de l’écran magique. Et bien entendu, on a tous cru qu’Internet et le streaming allaient porter le coup de grâce, d’un seul coup, sans faire de sentiment. Alors, nous ne voyons rien d’anormal à ce qu’on pense aujourd’hui que l’IA générative constitue la dernière catastrophe en date à venir, et ce, dans un avenir très proche. Il est vrai qu’on ne peut pas ignorer qu’elle a le mérite d’arriver avec des arguments nettement plus solides que ses prédécesseurs.
Il ne s’agit pas non plus d’une simple modification du support ou des modes de diffusion, mais une prétention à habiter le geste même de la création : écrire, imaginer, montrer, raconter. Autrement dit : agir sur tout ce qu’on faisait, en pensant que c’était nous qui le faisions. La question n’est donc plus celle du canal, numérique contre pellicule, streaming contre salle, mais c’est la question du sujet qui est visée.

Qui crée ?
Et d’abord : qu’est-ce que « créer » ?
Il faut bien avouer, avant de commencer à entrer dans le vif du sujet, une certaine impatience pour les deux camps en présence.

D’un côté, nous avons les enthousiastes technophiles qui regardent une vidéo entièrement générée par l’IA (par exemple sur King) avec des yeux brillants de mille feux, comme les enfants découvrant leurs cadeaux le matin de Noël, des exaltés qui, fiers et sûrs d’eux, proclament ouvertement la mort d’Hollywood comme s’il s’agissait d’une heureuse nouvelle. De l’autre, les professionnels du secteur qui tirent une véritable tête d’enterrement comme si leur vie était terminée et que plus rien n’était désormais possible dans la création, ce qui est peut-être exactement ce qu’il est en train de se passer. Mais pas dans le sens premier de la destruction. Il n’est pas impertinent d’admettre ici que les deux parties ont partiellement raison, mais il est tout autant réfléchi d’affirmer que les deux camps qui s’opposent avec force et conviction passent à côté de ce qui est vraiment en jeu. Justement, cet essai va tenter de réfléchir à cette dualité complexe, sans choisir trop facilement un camp, mais plutôt en explorant les nuances avec soin. Il s’appuie sur l’histoire des arts pour tenter d’apprendre à relativiser les craintes de l’avenir, puis étudie des données concrètes pour ne pas se laisser emporter par une rhétorique apathique, et espère enfin conclure sur quelques convictions sur ce que le cinéma est réellement, afin de ne pas s’enfermer dans une neutralité qui n’apporterait ni satisfaction ni épaisseur au débat.

PREMIÈRE PARTIE

Une longue histoire : la technique a toujours terrorisé les artistes.

Mais ils s’en sont toujours remis.

1. La peinture et ses révolutions : un prélude
Avant l’arrivée du cinéma en 1895 et bien avant l’arrivée de l’IA au 21ème siècle, il y a eu la peinture. La peinture a traversé en deux mille ans (voire 40 000 ans si on songe aux magnifiques peintures de l’art rupestre des Grottes de Chauvet et de Lascaux) à peu près toutes les catastrophes techniques qu’on nous annonce aujourd’hui, et elle est encore là, bien vivante, à se développer dans une époque où, pourtant, la technique est reine. En effet, pendant des siècles, la peinture à la détrempe, ces pigments liés à l’œuf ou à la colle, a dominé la production picturale européenne. Elle imposait ses contraintes propres : séchage rapide, impossibilité de retravailler. Ces contraintes ont engendré une esthétique entière, qu’on peut reconnaître dans les retables et les miniatures médiévales, œuvres de toute beauté, faites de précision et de rigueur prodigieuse. Le peintre Jan Van Eyck (vers 1390-1441), auteur du célèbre tableau Les Époux Arnolfini, passe au début du 15ème siècle à la peinture à l’huile, une technique déjà existante, mais qu’il porte à un niveau de raffinement inédit. L’huile sèche lentement, permet les repentirs, autorise les glacis translucides superposés. Ce n’est pas seulement un changement de médium : c’est un changement de rapport au monde et c’est ce qui s’avère être le plus important pour l’art. Toute la peinture flamande du 15ème siècle, avec ses velours tactiles, ses reflets sur l’étain, ses ciels d’une profondeur inattendue, n’aurait alors pas existé sans cette révolution technique. Force est de constater que personne n’a pleuré la fin de la détrempe. Entre 1508 et 1512, Michel-Ange peint la magnifique fresque de la Chapelle Sixtine sur enduit frais, section par section, sans avoir droit à l’erreur. Il n’est pas contraint par la technique : il est libéré par elle dans une direction précise, celle des corps monumentaux qui semblent ne tenir que par la tension de leurs muscles et leurs expressions. Le peintre néerlandais Rembrandt porte à son degré d’intimité et de profondeur psychologique le fameux « clair-obscur » cher au Caravage, grâce aux huiles résineuses qui permettent une matière impossible à ses prédécesseurs. Chaque outil nouveau crée une impossibilité nouvelle. Et c’est tant mieux. Et puis, en 1839, naît le Daguerréotype qui va offrir ses lettres de noblesse à la photographie et fixer pour l’éternité dans l’image (presque « réelle » pourrait-on dire en s’amusant) des êtres humains et même des artistes comme l’écrivain Balzac, unique portrait de son vivant en photographie.

Une légende tenace nous invite à croire que le peintre Paul Delaroche aurait dit, avec la solennité des gens qui se trompent avec grandeur :

« À partir d’aujourd’hui, la peinture est morte. ».

On ne sait pas s’il a vraiment prononcé cette phrase, mais elle pourrait sans appréhension trouver sa place au cœur de cet exposé.

Cette formule annonciatrice d’une catastrophe sans pareille est à la fois vraie et fausse.

Bien sûr, la peinture académique de portraits bourgeois semblait effectivement condamnée. En effet, pourquoi payer un peintre pendant des semaines quand un appareil peut (et sait techniquement) faire le travail en cinq minutes ? Mais ce que pessimistes ne voyaient pas, c’est que libérée de la fonction documentaire, la peinture allait devenir quelque chose d’entièrement différent. Quelque chose qu’elle n’aurait jamais été sans l’arrivée de la photographie.

On sait que « L’Impressionnisme » est né directement de la photographie, non pas malgré elle, mais grâce à elle. De grands peintres tels que Monet, Renoir, Pissarro ne cherchent plus à reproduire le réel, car la machine le fait mieux. Ils cherchent à capturer la perception du réel : c’est-à-dire la sensation lumineuse, le frémissement d’un instant ; quelque chose d’unique, d’invisible. Cézanne déconstruit la perspective pour retrouver la structure géométrique du monde. Van Gogh fait de la couleur une éruption de l’état intérieur et annonce le futur courant de « L’Expressionnisme » au début du 20ème siècle. Picasso et Braque font exploser le point de vue unique hérité de la Renaissance. Puis Kandinsky, Mondrian, Malevitch arrivent au bout du bout : l’image ne représente plus rien du monde visible, elle est son propre monde.

Ainsi, il n’est pas choquant de dire que la photographie a libéré la peinture de la peinture. Bien sûr que oui.

La suite est plus récente et elle nous a montré que la peinture était capable d’innover :

Nous trouvons l’inventeur du Pop Art, le fantasque Andy Warhol avec sa sérigraphie industrielle sur les stars comme Marilyn Monroe et Liz Taylor, l’image à consommer trop vite ; Rauschenberg avec ses assemblages, hérités des collages inventés par Braque et Picasso et, bien sûr, du Dadaïsme ; Tous les artistes conceptuels avec leurs installations, qui travaillent avec et sur les technologies de reproduction, pas contre elles ;

L’art numérique génératif, apparu dès les années 1960 avec les premières expériences de Vera Molnár ou de Harold Cohen (qui développait déjà des programmes algorithmiques capables de dessiner), s’est imposé progressivement dans le paysage artistique contemporain, avec succès.

Aujourd’hui, un artiste contemporain reconnu comme Refik Anadol, né en 1985, construit des installations immersives à partir de millions de données visuelles traitées par algorithmes. Ces œuvres sont exposées dans les plus grands musées du monde. La vente aux enchères en 2021 de l’œuvre d’art dématérialisée Everydays: The First 5000 Days de l’artiste américain Beeple, né en 1981, pour 69 millions de dollars a cristallisé cette reconnaissance, pour le meilleur et pour le pire.

En définitive, la leçon de cette longue histoire de l’art est d’une simplicité déconcertante, et pourtant elle est oubliée à chaque révolution technique. Non, la
technique ne détruit pas l’art. Elle l’oblige à redéfinir ce qu’il est. Et c’est souvent dans cette redéfinition contrainte que naissent les créations les plus intéressantes.

2. L’IA n’est pas née hier

Il faudrait aussi, si on veut parler ensuite sérieusement de l’IA, se souvenir qu’elle a une longue histoire : celle de ChatGPT et de Sora commence non pas en 2022 mais en 1950, dans le bureau d’un génie, mathématicien britannique qui travaillait à décrypter les messages nazis et qui s’ennuyait suffisamment, une fois la guerre terminée, pour écrire un article philosophique resté fondateur. Ce mathématicien s’appelait Alan Turing (voir à ce sujet le film de fiction qui lui est consacré : Imitation Game, réalisé par Morten Tyldum en 2014)

Le jeune Alan Turing, pose, dans « Computing Machinery and Intelligence » (1950), la question de manière provocatrice : peut-on distinguer, par une conversation écrite, une réponse humaine d’une réponse produite par une machine ? Si la réponse est non,
alors la machine « pense ».

C’est ce qu’on nomme, évidemment, le fameux « Test de Turing », test troublant, mais finalement peu utile pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, parce que les IA actuelles passent le « Test de Turing » à peu près facilement, et que ça ne nous dit pas grand-chose sur ce qu’elles font réellement.

Durant l’été 1956, la conférence de Dartmouth réunit les fondateurs de l’intelligence artificielle comme McCarthy, Minsky, Shannon. Ils sont convaincus qu’en vingt ans, une machine sera capable de faire tout ce que fait un humain. Il aura finalement fallu soixante-dix ans, et encore il est facile de croire que « tout ce que fait un humain » reste une promesse non tenue, sauf si l’humain en question se contente de générer des textes moyens à grande vitesse, ce qui décrit malheureusement une part non négligeable de la production humaine.

Par la suite, nous allons alors entrer dans ce qu’on va communément appeler les « hivers de l’IA » : il s’agit de longues périodes de désillusion et de réduction des financements, dans les années 1970 puis dans les années 1980, et qui ressemblent aujourd’hui à une répétition générale de tous les cycles technologiques qui suivront : enthousiasme démesuré, investissements massifs, résultats décevants, désillusion collective, réduction des budgets, et puis le silence.

Et il y a eu une renaissance sur des bases différentes.

L’IA actuelle, statistique, probabiliste, fondée sur l’apprentissage par l’exemple plutôt que sur des règles explicites, se trouve être radicalement différente de celle que rêvaient les innovateurs. Elle ne raisonne pas. Elle calcule des probabilités sur des masses de données. Ce n’est pas rien. Ce n’est pas tout non plus.

3. L’année 1997 : le moment où la machine bat l’homme.

Le 11 mai 1997, à New York, Garry Kasparov abandonne la sixième partie de son match contre Deep Blue, l’ordinateur d’IBM. Il est alors le premier champion du monde d’échecs (jeu qui représente le plus haut degré de l’intelligence humaine dans l’imaginaire collectif) battu par une machine dans des conditions officielles.

Le monde a tremblé devant cette victoire froide de la machine sur l’homme.

Cependant, Deep Blue ne joue pas aux échecs au sens où le génie Kasparov joue aux échecs : l’ordinateur calcule deux cents millions de positions par seconde selon des fonctions d’évaluation programmées par des ingénieurs. L’ordinateur n’a pas de compréhension du jeu. Pas de plaisir. Pas de peur. Kasparov, lui, jouait avec tout son être, avec son ego démesuré acquis après le match de 1996 (qu’il avait gagné 4-2), sa fatigue, sa stratégie psychologique, ses erreurs volontaires, avec toute son histoire avec les échecs depuis l’enfance. La machine n’a pas gagné parce qu’elle était plus intelligente. Non. La machine a gagné parce qu’elle était infatigable et structurellement incapable d’angoisse.

Ce n’est pas la même chose.

Et cette leçon vaut directement pour le cinéma.

Quand le modèle de génération vidéo Runway Gen-4 produit en quelques secondes une image cinématographiquement convaincante, il ne fait pas ce que fait un véritable Directeur de la Photographie qui a cherché pendant des semaines la lumière exacte pour éclairer une scène et lui attribuer un sens philosophique, psychologique, culturel, social, etc.

Runway Gen-4 calcule des probabilités. Alors l’efficacité n’est pas la signification. Alors la ressemblance n’est pas l’identité. Deep Blue jouait mieux que Kasparov ce jour-là.

Mais personne ne regarde Deep Blue jouer aux échecs.

4. Le cinéma a pris l’habitude des fins du monde depuis son invention en 1895

Le cinéma a traversé des révolutions techniques dont chacune a provoqué des plaintes comparables à celles que l’on entend aujourd’hui. Et chacune a, au bout du compte, produit quelque chose d’intéressant et de singulier.

Par exemple, l’arrivée du « parlant », véritable bouleversement dans le cinéma, et expérimenté la première fois dans Le Chanteur de Jazz en 1927, a ruiné des carrières artistiques entières, notamment celle des acteurs dont la voix ne « passait » pas techniquement, ou dont l’accent était incompatible avec leurs personnages.

Le génial Charlie Chaplin, justement comparé dans les encyclopédies du cinéma à Molière et à Shakespeare, a résisté pendant des années au « parlant ».

On dit qu’il a eu à la fois tort de résister et raison de résister.

Pour quelles raisons ?

Disons que le « parlant » va ouvrir des territoires nouveaux, par exemple les films d’Howard Hawks (Scarface (1932)), de Billy Wilder, et toute la comédie américaine des années 1940), mais quelque chose d’irremplaçable va disparaître avec le « muet » : c’est une universalité du geste que la langue, par définition, ne peut pas avoir.

Certains films « muets » sont aujourd’hui plus touchants que tout ce qu’on a fait depuis, si on pense par exemple à l’un des plus beaux jamais réalisé dans l’histoire du cinéma : L’aurore (Sunrise), réalisé par l’intouchable Murnau en 1927.

C’est ainsi.

L’invention du Cinémascope (basé sur L’Hypergonar, dispositif inventé en 1926 par le français Henri Chrétien) dans les années 1950 est une réponse d’Hollywood à la télévision, qui n’a eu de cesse, dès ses débuts fulgurants, de voler des spectateurs au grand écran. On peut dire aussi que les films vus sur des petits écrans carrés ont transformé radicalement la composition de l’image. Également, la couleur force les cinéastes à repenser entièrement leur palette visuelle. Le prolifique cinéaste suédois Ingmar Bergman continue de tourner en noir et blanc dans les années 1960, non par nostalgie mais parce que le noir et blanc est le médium exact de son monde intérieur, même si le producteur fait la tête : pensons à La vie des marionnettes en 1980, réalisé pour la télévision allemande ZDF. Bergman voulait tourner son film entièrement en noir et blanc. La chaîne a exigé de la couleur pour ne pas faire fuir les téléspectateurs. Bergman a cédé, mais uniquement pour le prologue et l’épilogue, transformant la contrainte en choix formel : la violence et la conclusion en couleur, la psychologie en noir et blanc.

Tout est dit. C’est parfait.

Enfin, l’entrée dans le numérique libère de la pellicule, ce qui n’était pas rien, et produit des films en DV du Dogme 95 de Lars von Trier et ses amis (Festen, de Thomas Vinterberg, Primé à Cannes en 1998), et plus proche de nous des films comme Tangerine de Sean Baker (futur Palme d’Or en 2014 avec Anora), tourné sur iPhone, et qui n’auraient pas existé dans une économie de la pellicule.

Donc, à chaque fois qu’une catastrophe technique est annoncée, alors une adaptation est trouvée, et c’est la découverte de territoires nouveaux que les créateurs vont explorer à fond.

Bien sûr, ceci n’est pas un argument pour l’optimisme heureux. Ceci est un argument pour la méfiance envers les prophètes excessifs des deux camps.

5. L’épopée ILM : quand la technique crée des métiers qui n’existaient pas

En 1975, George Lucas cherche un responsable des effets spéciaux pour son projet dément de « Space Opera », un film que les studios ne veulent absolument pas, dans un genre que Hollywood avait abandonné depuis des années (à ce titre, il est indispensable de lire une bande dessinée, La guerre de Lucas, qui relate merveilleusement bien l’aventure incroyable du film, pour se donner une idée précise des difficultés rencontrées par le jeune cinéaste en herbe pour mener son rêve fou à son terme).

Ne désespérant pas, le fougueux Lucas demande d’abord à Douglas Trumbull, le maître du genre depuis 2001 l’Odyssée de l’espace, mais il est pris par le tournage de Rencontres du troisième type, réalisé par Steven Spielberg, d’ailleurs un très bon ami de Lucas. Cependant, Trumbull dirige Lucas vers John Dykstra, son assistant. Dykstra réunit alors une équipe qui n’a, objectivement, aucune expérience dans ce qu’on lui demande : on a parlé d’un fabricant de sandales, d’un laborantin, d’un ouvrier qui usinait le métal, des étudiants en arts. Bref, aucun d’eux n’était expert en effets spéciaux. Personne ne l’était, pour la simple raison que les effets spéciaux qu’ils allaient devoir créer n’existaient pas encore.

La Guerre des étoiles (Star Wars) sort en 1977 et remporte l’Oscar des meilleurs effets visuels en 1978. C’est un véritable triomphe en salle. La société ILM (Industrial Light & Magic) va devenir immédiatement la référence mondiale dans les effets spéciaux.
Et ce qui est frappant, avec le recul de plusieurs décennies, c’est moins la prouesse technique que ce qu’elle a engendré : des métiers entiers ont été créés et qui n’existaient pas en 1975, comme par exemple : superviseur d’effets visuels, animateur de personnages synthétiques, Matte Painter, etc. ILM est aussi, dans un mouvement latéral remarquable, à l’origine de la création du studio d’animation Pixar comme des premiers logiciels dont l’un deviendra Photoshop. En somme, cette révolution technique a créé des métiers, des industries, des formes nouvelles d’art.

Tout un univers original et surprenant se met alors à exister sur les écrans de cinéma.

Les années 1980 confirment ce tournant dans le développement des effets spéciaux : nommons des films iconiques comme SOS Fantômes (1984), Retour vers le futur (1985), E.T. l’extra-terrestre (1982), Les Goonies (1985). Tous ces films, à jamais ancrés dans l’imaginaire de millions de spectateurs, ont mobilisé des équipes entières de techniciens des effets mécaniques et optiques dont les postes n’existaient pas dix ans plus tôt.

Quand le numérique s’impose dans les années 1990, ce ne sont pas des emplois qui disparaissent, ce sont des profils qui se transforment. Les Superviseurs d’effets visuels d’aujourd’hui maîtrisent simultanément la programmation, la physique des matériaux, la composition d’image et, bien sûr, la narration cinématographique.

Ce sont des profils hybrides qui n’existaient pas non plus en 1975.

Aujourd’hui, la question est la suivante et elle peut à juste titre inquiéter : est-ce que l’IA va détruire, dans un très proche avenir, des emplois dans l’industrie
cinématographique ?
Il est évident que des emplois sont amenés à disparaître, certains analystes évoquent ceux dans l’animation notamment.

L’autre interrogation est celle-ci : l’IA va-t-elle en créer d’autres ?

Certainement oui, même si on ne sait pas vraiment lesquels, avec une grande précision. Le « Directeur artistique IA » de 2030 fera un travail que nous commençons aujourd’hui seulement à imaginer. C’est une position qui peut être inconfortable, ne le
nions pas.
Mais c’est aussi la suite historique des choses.

Il est souhaitable de rappeler ici quelques chiffres pour mesurer l’ampleur de ce dont on parle :

6. Les outils, les expériences, les films déjà là

Ces dernières années, il est impossible de négliger que les plateformes de génération vidéo par IA se sont multipliées à une vitesse vertigineuse. Déjà cité plus haut, le site Runway (runwayml.com), fondé en 2018, et valorisé à plus de 3 milliards de dollars en 2025, est devenu la référence professionnelle dans le domaine : ses modèles Gen 3 et Gen-4.5 génèrent des séquences en 4K à partir de simples descriptions textuelles, et sa fonction Act Two permet de transférer la performance d’un acteur filmé en direct vers n’importe quel personnage de synthèse.

L’autre référence est Sora d’OpenAI, lancé pour le grand public en décembre 2024. Lui excelle dans les prompts narratifs complexes. Puis on trouve le site Kling (klingai.com), développé par la société chinoise Kuaishou, qui s’est imposé pour la qualité de ses animations d’image à vidéo. Enfin, Google Veo 3 est capable de générer des vidéos 4K avec l’audio synchronisé : dialogues, effets sonores, musique produite simultanément. La tendance professionnelle semble être également aux workflows composites : Midjourney pour les images-clés, Kling ou Runway pour le mouvement, Topaz Video AI pour « l’Upscaling » (processus d’agrandissement d’une image numérique).

Sur le plan des œuvres produites, le panorama est assez éloquent quant aux possibilités de ses extrêmes. Par exemple, en Inde, le film Maharaja in Denims (2024), réalisé par Balpreet Kaur, a été produit quasi intégralement par IA (images, décors, dialogues, musique). Le résultat illustre autant les possibilités que les limites qui sont les suivantes et facilement remarquées : couleurs saturées, arrière-plans flottants, lèvres mal synchronisées, et une esthétique reconnaissable entre toutes. Le premier film d’animation conçu avec l’aide l’Intelligence Artificielle, Where the Robots Grow (2024), réalisé par Tom Paton, soit 87 minutes d’animation produits pour 8 000 dollars la minute, a fait sensation dans les milieux du cinéma. DreadClub : Vampire’s Verdict (2024), réalisé par Hooroo Jackson, revendique, quant à lui, le titre de premier long-métrage d’animation 100% IA, et produit pour la somme dérisoire de 405 dollars.

À ce titre, OpenAI s’est associé à Vertigo Films pour produire Critterz, long-métrage animé prévu pour 2026 : neuf mois de production, avec un budget inférieur à trente millions de dollars, là où Pixar en dépense deux cents pour Vice-Versa 2.

En France, Raphaël Frydman prépare, paraît-il, un long-métrage 100% IA produit par la société de production mk2, déjà bien introduite dans les nouvelles possibilités de l’IA.

DEUXIÈME PARTIE
Les lignes de fracture : ce qui est vraiment en jeu

1. Une vraie différence : vidéo TikTok et long-métrage ne sont pas la même chose

Un malentendu persistant traverse ce passionnant débat : car on appelle « film IA » à la fois une vidéo de trente secondes, une vidéo générée en cinq minutes par un amateur curieux et un long-métrage produit par une équipe professionnelle qui utilise des outils IA à certaines étapes de sa fabrication. En fait, c’est comme si on appelait de la « musique » à la fois un enregistrement sur un iPhone dans une cuisine et une symphonie de Gustav Mahler ou un morceau de Nina Simone (surtout du point de vue de son interprétation unique et impossible à copier à la perfection). On peut éventuellement supposer que les deux sont de la musique au sens large. Mais elles n’ont évidemment pas les mêmes enjeux, les mêmes contraintes, les mêmes publics ni les mêmes prétentions.

Ces nuances font une grande différence.

En effet, une vidéo IA de divertissement à l’attention des réseaux sociaux a ses critères propres.

Lesquels ?

Il y a un impact visuel immédiat, un style reconnaissable, une durée courte et surtout une consommation rapide. Les outils IA y trouvent là leur zone de confort naturelle. Le résultat est souvent saisissant pendant trois secondes et, il faut bien le dire ici, profondément creux au-delà.

Mais ce marché est réel et en forte croissance.
Et il n’a rien à voir avec la question du cinéma comme art.

Un long-métrage professionnel, même s’il utilise Runway pour certains décors ou Kling pour construire certains plans, nécessite toujours ;
Un scénario (donc il faut nécessairement un auteur, donc une vision du monde) ;
Une dramaturgie (donc il faut avoir un sens de la durée et de la tension) ;
Des personnages (donc il faut une psychologie, donc une expérience humaine de la complexité humaine) ;
Et puis enfin une direction d’acteurs ou de voix, un montage, un travail sonore, une musique.

Pour faire court, les équipes qui gravitent autour de ce type de projet ne disparaissent pas parce qu’un outil IA remplace le chef décorateur pour les décors fabriqués numériquement. Non. Disons plutôt que les équipes professionnelles se transforment, comme elles se sont transformées à chaque révolution technique.

L’iconique réalisateur de Titanic, James Cameron, a créé le mythique Terminator en 1984 dans lequel Skynet est l’IA fictive, ce qui n’est pas sans une certaine ironie quand il déclare qu’il « nous avait bien prévenu en 1984 ». Depuis, il a rejoint le conseil d’administration de Stability AI en septembre 2024.

C’est le même qui a repoussé les limites des images de synthèse dans Terminator 2, Abyss et, évidemment, dans le révolutionnaire Avatar (2009). Cameron ne choisit pas entre l’humain et la machine. Il veut savoir qui tient les rênes.

2. L’IA peut-elle remplacer le réalisateur ?

Voici la grande interrogation qui fait frémir les cinéastes et jubiler les investisseurs en nouvelles technologies :
L’IA peut-elle remplacer le poste le plus important sur un film ?
Remplacer le réalisateur lui-même ?

La réponse est catégoriquement NON !

Non pas parce que la technique est insuffisante (elle progressera toujours et à pas de géant), mais pour une raison plus profonde que ça : n’oublions pas que la mise en scène est une affaire de décision et que cette décision a volontairement besoin de l’incertitude, d’être prise dans le réel qui comporte toujours, comme on le sait, des imprévus inévitables, comme dans la querelle qui peut exister avec les corps et les espaces.

On peut penser au cinéaste française, Palme d’Or en 1987 pour Sous le soleil de Satan, à l’esthétique réaliste radical, Maurice Pialat, qui disait que le « cinéma, c’est la vérité du moment où on tourne. »

Ce qui vaudrait alors pour la mise en scène, c’est-à-dire qu’il faut être là au bon moment.

Cette sentence dit tout.

Bien sûr, un réalisateur sur un plateau n’applique pas un plan prédéfini : il réagit, il répond aux propositions des acteurs, des problèmes de techniques, il saisit l’accident heureux, il renonce à la belle idée qui ne fonctionne pas dans les conditions réelles du tournage. L’IA peut générer des milliers de plans statistiquement convaincants. D’accord. Mais elle ne peut pas être au bon endroit au bon moment. Elle n’a pas de corps. Elle ne peut pas sentir qu’un acteur est épuisé et que c’est précisément à cause de cet épuisement qu’il faut tourner cette scène maintenant ou utiliser cet épuisement pour qu’il en ressorte quelque chose de fort et de nécessaire pour le film (évoquons là les nombreuses prises chez Kubrick qui avaient un sens).

Ce qui se profile, en revanche, c’est l’émergence de nouveaux profils de cinéastes.

Des « prompt-directors », des « architectes de workflow IA » capables de concevoir une vision globale et de l’adapter à travers des outils génératifs. En fait, ces profils existent déjà, preuve en est les nombreux courts-métrages présentés à l’Artefact AI Film Festival ou au MIT AI Film Hack cette année.

Mais ces cinéastes décident toujours de ce qui vaut la peine d’être montré et pourquoi. C’est leur rôle, il est essentiel et il ne change pas. Ce qui change, c’est la façon de travailler.

Encore une fois, c’est le métier qui se transforme. Mais il ne disparaît pas.

Il reste alors la question de la responsabilité. En effet, un réalisateur signe son film. Il en est l’auteur. Et il en répond devant la critique, le public, parfois même devant l’histoire. Mais qui répond d’un film entièrement généré par IA ? OpenAI ? L’utilisateur qui a tapé les prompts ?

La question n’est pas rhétorique. Elle a évidemment des répercutions concrètes sur le droit d’auteur, sur les contrats, sur la responsabilité en cas de contenu litigieux.

L’industrie n’a pas encore résolu ce problème. Il faudra pourtant qu’elle s’y confronte dans un très proche avenir.

3. L’IA peut-elle remplacer les comédiens ?

La question des acteurs est peut-être un sujet encore plus sensible. Car un comédien n’est pas seulement une image animée : c’est un être fait de chair et d’os, avec un parcours, une mémoire émotionnelle, et qui met son corps, sa voix, toutes ses vulnérabilités au service d’un personnage.

De plus près, si on regarde la performance de Marion Cotillard dans le rôle d’Edith Piaf (Oscar de la meilleure actrice en 2008 pour La Môme), celle de Meryl Streep dans le touchant Choix de Sophie (Oscar de la meilleure actrice en 1983), celle de Gena Rowlands dans le film de son mari, le cinéaste indépendant américain John Cassavetes, Une femme sous influence (1974), où elle campe une femme dont l’état mental vacille, on comprend facilement que ces rôles ne sont pas des imitations de l’émotion : ce sont des expériences de l’émotion traversant un corps réel. Il y a quelque chose qui se passe dans ces rôles, quelque chose qu’on ne peut pas simuler parce qu’on ne peut pas le remplacer par sa propre trace.

Les Deepfakes et les acteurs numériques existent pourtant.

Dans le film Gemini Man (2019), réalisé par Ang Lee, un Will Smith numérique de 23 ans affronte l’acteur réel qui en a 50 au moment du tournage. Dans Indiana Jones et le Cadran de la Destinée (2023), réalisé par James Mangold, Harrison Ford est rajeuni de trente ans pour la scène d’ouverture du cinquième opus des aventures del’archéologue le plus célèbre du monde. Dans Here (2024), Robert Zemeckis, réalisateur de l’illustre Retour vers le futur, utilise la technologie Deepfake de la société Metaphysic pour rajeunir Tom Hanks et Robin Wright en temps réel sur le plateau, sans maquillage, sans prothèse, sans post-production. Le film a fait treize millions de dollars de recettes mondiales pour un budget non communiqué.

Ce qu’on peut en conclure, c’est que la révolution technique, ici, n’a pas vraiment convaincu les spectateurs d’aller voir quelque chose qu’ils ne voulaient pas voir, ce qui peut se comprendre, accessoirement, comme une leçon sur la différence entre prouesse technique et désir de cinéma.

L’acteur multirécompensé Tom Hanks lui-même a dit, avec un mélange de plaisanterie et de fascination espiègle qu’on lui connait que « grâce à l’IA ou aux
Deepfakes, n’importe qui peut se recréer à n’importe quel âge. Je pourrais me faire renverser par un bus demain, mais mes performances continueraient. »

Même sur le ton de la blague, c’est une déclaration qui peut donner le vertige. Non seulement en ce qui concerne le droit à l’image et à l’identité numérique d’un acteur après sa mort, mais sur la nature même du contrat moral entre le comédien et son public.
Quand nous regardons un acteur (ou une actrice) jouer, nous regardons quelqu’un qui a pris un risque, et ce risque d’être vu, jugé, expose sa fragilité. Ce risque est constitutif de sa performance. Une image synthétique ne prend évidemment aucun risque. Nous avons déjà récemment vécu ce type d’expériences avec les hologrammes de chanteuses disparues (Dalida et Whitney Houston par exemple) et le résultat, même s’il peut paraître bluffant au premier regard, ne nous rendra jamais l’âme, la chair, la profondeur humaine de ces immenses interprètes.

C’est pourquoi la double grève SAG-AFTRA (Syndicat qui représente les professionnels des médias et artistes aux USA) et WGA (Syndicat des scénaristes
américains) en 2023 n’était pas seulement une revendication salariale. Il s’agissait surtout d’une bataille pour définir les limites de ce qui peut être délégué ou pas à la machine. Les studios avaient évoqué la possibilité de scanner les comédiens figurants une seule journée et d’utiliser leur image numériquement pour le reste de la production, sans paiement supplémentaire, bien entendu.

Plus de 120 créateurs, acteurs et cinéastes, dont Mark Ruffalo, J.J. Abrams, Pedro Pascal et Mark Hamill, ont alors signé une lettre ouverte réclamant une réglementation stricte de l’IA en Californie.

Ces signatures de créateurs influents proposent une vraie ligne de résistance dans l’industrie cinématographique américaine, une industrie souvent malheureusement prête à tout pour faire grossir son portefeuille.

De l’autre côté du tableau, cependant, des outils dont on a déjà parlé, comme Act Two de Runway, permettent à un acteur de jouer devant une caméra et de voir sa performance transposée immédiatement sur un personnage de synthèse, tout en conservant les gestes, les expressions, la direction du regard. On peut y voir une extension de la « performance capture », cette fameuse technique utilisée par l’acteur Andy Serkis pour donner vie au « Gollum » dans Le Seigneur des Anneaux. Cette extension est alors poussée à son terme logique.

Dans ce cas, le comédien n’est pas remplacé : il est le moteur invisible de la créature visible. Son talent de jeu reste central, même si son visage n’est pas là.

C’est une posture artistique qui a une histoire et une légitimité.

4. Les arguments en présence : un tableau sans complaisance

Résumons dans le tableau ci-dessous les positions, dans leur franchise comme dans
leur complexité :

5. Walter Benjamin et « L’aura » : ce que le public perçoit sans pouvoir le nommer

Pour continuer à comprendre ce qui est vraiment en jeu dans ce débat captivant, au delà des emplois et des droits d’auteur que nous avons évoqué plus haut, il faut rappeler ici un texte écrit en 1935. Son auteur, Walter Benjamin, est un philosophe allemand, rattaché à la fameuse « École de Francfort », courant de pensée critique envers la société capitaliste et ses idéologies.

Ainsi, bien avant l’arrivée de l’IA, bien avant l’avènement de l’ordinateur domestique, bien avant même l’invention de la télévision, Benjamin propose ce qui
reste l’analyse la plus pénétrante sur ce qui se perd quand une technique de reproduction s’interpose entre l’œuvre et son spectateur.

Voici ce qu’il écrit dans son célèbre ouvrage, L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, en 1935 :
« Ce qui dépérit à l’époque de la reproductibilité technique de l’œuvre d’art, c’est son aura. »

Ce mot précis, « L’aura », dont il s’agit précisément dans cet extrait, est une notion difficile à saisir parce qu’elle désigne précisément ce qui résiste à la définition conceptuelle.

« L’aura » est, pour Walter Benjamin, « l’unique apparition d’un lointain, si proche soit-il ». C’est cette qualité de présence singulière, irremplaçable, d’une œuvre qui existe en un seul exemplaire, en un seul lieu, à un seul moment.
Par exemple, songeons au célèbre tableau de Rembrandt, La Ronde de nuit, qui se trouve au Rijksmuseum d’Amsterdam. Cette œuvre a une « aura » : même une reproduction photographique parfaite ne la transmet pas, parce que « l’aura » n’est pas dans les pigments mais dans l’ici et maintenant de l’objet, dans sa relation au temps qui a passé sur lui, dans la présence de la main du peintre hollandais qui l’a peinte et achevée en 1642.

Il est fascinant de préciser que Walter Benjamin écrit au moment où la photographie et le cinéma ont déjà commencé à transformer radicalement le rapport des êtres aux images. Cependant, il n’y voit pas une catastrophe, bien au contraire. Il perçoit dans la reproductibilité une potentialité véritablement politique : l’image reproduite à l’infini peut atteindre des millions de personnes, même émanciper les foules, voire briser le monopole aristocratique sur la culture.

L’arrivée du Livre de Poche dans les années 50 va lui donner en partie raison, malgré l’opposition de certains conservateurs de la culture aristocratique et bourgeoise. On peut imaginer que des livres importants ont alors connu, grâce à une ample diffusion en format poche, un écho encore plus considérable, comme Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley ou La Peste d’Albert Camus.

Mais cette émancipation a un coût : celle de la disparition de « L’aura ».

L’IA générative pousse cette logique à son terme absolu.

Avec la reproduction mécanique, l’original existait encore (La Joconde se trouve bien au Musée du Louvre, n’en déplaise à nos amis italiens, et même si des millions de cartes postales la diffusent partout dans le monde, jusqu’à en proposer des parodies forcément grotesques). Avec l’IA, l’original n’existe même pas. Il n’y a pas eu de tableau, pas de prise de vue, pas d’instant réel : il y a eu un calcul probabiliste appliqué à des millions d’œuvres préalables. L’image générée par Runway n’est pas la reproduction d’une réalité : c’est la synthèse statistique d’une infinité de réalités antérieures. Elle n’a donc pas « d’aura », parce qu’elle n’a pas eu d’ici et maintenant.
Elle n’a pas de corps d’origine.

 

Finalement, le diagnostic implacable du philosophe allemand Walter Benjamin éclaire précisément le malaise que ressentent actuellement les spectateurs devant les films générés par IA. Ce malaise même, palpable et parfaitement compréhensible, que les sondages variés tentent de mesurer sans toujours pouvoir vraiment le sonder.

Le public qui dit préférer un film humain noté 7/10 à un film IA noté 9/10 ne se trompe pas sur la qualité technique : on pense qu’il perçoit intuitivement l’absence « d’aura », qu’il semble convaincu, même sans le formuler, que personne n’a posé une caméra quelque part pour regarder quelque chose : que personne n’a décidé, dans l’urgence d’un instant réel, que ce plan valait la peine ou non d’être fait.

Walter Benjamin n’avait rien d’un conservateur ou d’un nostalgique obsessionnel. Non. Il ne regrettait pas « L’aura » perdue comme on regrette la destruction d’une relique sacrée. Non. Il voyait plutôt dans cette perte une libération : des possibilités nouvelles. Oui. La question n’est pas de restaurer quelque chose d’ancien : elle est de savoir ce qui va prendre la place de « L’aura », et si ce nouveau régime de l’image pourra produire à l’avenir de la « signification ».

L’IA générative ne semble pas avoir encore pleinement répondu à cette interrogation troublante.

Poussons encore l’idée un peu plus loin en passant de la réflexion sur l’image à celle du langage : le philosophe du langage, John Searle, disparu en septembre 2025, a montré, avec sa « métaphore de la chambre chinoise », qu’un programme qui manipule des symboles selon des règles syntaxiques parfaites n’a pas pour autant accès à la sémantique, au sens, à la compréhension. L’IA peut imiter le résultat d’une expérience. Elle ne peut pas avoir l’expérience. On pourrait même y voir entre les théories de John Searle et celles de Roman Jakobson, l’un des linguistes les plus influents du 20ème siècle, des similitudes, tous deux ayant montré, par des voies différentes, que le langage humain ne se réduit pas à la manipulation de symboles.

Pour clore ce chapitre, parlons de Paul Schrader, scénariste du célèbre Taxi Driver (Palme d’Or à Cannes en 1976 pour le réalisateur Martin Scorsese). Il a confié dernièrement sa fascination pour la capacité de ChatGPT à proposer des idées de scénarios en quelques secondes. À ses yeux, selon ses mots, « chaque idée proposée par ChatGPT était bonne, originale et bien développée ». On ne sait pas s’il s’agissait d’une blague ou non. Rappelons tout de même que Taxi Driver est né du journal intime de Travis Bickle (le personnage du film joué par Robert de Niro) que Schrader a écrit au fond d’une dépression profonde, seul dans une voiture, la nuit. Le fameux script était en partie autobiographique : à cette époque, Schrader était rejeté par sa copine, fréquentait les cinémas pornos, et développait une obsession morbide pour les armes à feux.

Ce qu’on peut en conclure, c’est qu’il semble alors difficile qu’une IA puisse aller dans le fond d’une dépression d’une personne seule enfermée dans sa voiture, la nuit. Forcément, le récit qui en ressortira de cette expérience singulière sera unique et très personnel.

Il est alors heureux de croire que cette incapacité à sonder l’âme humaine, complexe et inattendue, n’est pas accessoire, puisqu’elle est la source de tout.

 

TROISIÈME PARTIE
Ce que dit le public
et
Comment le cinéma peut traverser cette crise sans y perdre son âme

 

1. Ce que disent les études sur le sujet (ils ne disent pas toujours ce qu’on croit)

Les adorateurs sans fin du cinéma IA oublient souvent de penser à consulter la partie la plus concernée par ce prodigieux et troublant bouleversement : nous nommons ici les spectateurs.

Les données disponibles à ce sujet dessinent un tableau nettement plus sombre pour eux que leur enthousiasme ne le laisse croire.

L’étude la plus citée sur le sujet et parfaitement documentée est celle du cabinet de conseils Baringa / Censuswide, conduite en mars 2024 et publiée en juin 2024, auprès de 5 035 personnes dans cinq pays (États-Unis, Royaume-Uni, Australie, Allemagne et Pays-Bas). Elle est très claire sur le sujet :

– 52% des répondants préfèrent un film humain noté 7/10 à un film IA noté 9/10. On note alors une préférence pour quelque chose de moins bien fait
techniquement, justement parce que c’est fait par un humain. On en revient immédiatement à « L’aura » cher à Walter Benjamin, ici mesurée en pourcentages.

L’enquête Deloitte Digital Media Trends (conduite en octobre 2023 et publiée en mars 2024, sur 3 517 répondants américains) semble confirmer cette tendance : 70% des consommateurs américains préfèrent regarder un film écrit par un humain. Seulement 22% estiment que l’IA pourrait produire des contenus plus intéressants.

L’enquête Variety Intelligence Platform / HarrisX (mai 2024, 1 001 adultes américains) précise que 36% se diraient moins intéressés par un film s’ils savaient qu’il a été écrit avec une IA générative, contre seulement 23% qui se diraient plus intéressés.

Voici dans le tableau ci-dessous le comparatif des enquêtes citées plus haut :

Ce qui est d’abord frappant dans ces données et que les fervents défenseurs de l’IA lisent rarement jusqu’au bout, c’est la position de la Gen Z. Cette tranche d’âge a grandi avec les outils numériques, elle comprend instinctivement les algorithmes et consomme davantage de contenu IA que toute autre génération. C’est aussi la génération qui montre la plus forte préférence pour les contenus humains : 57% préfèrent le film humain noté 7/10. Pas parce qu’ils sont datés et vieillissent mal. Non. Mais précisément parce qu’ils connaissent de l’intérieur ce que fait l’IA et qu’ils savent faire la différence entre ce qui les fascine et ce qui les touche. À ce titre il serait pertinent de commander prochainement un sondage sérieux sur les étudiants en cinéma et sur ce qu’ils pensent de l’utilisation de l’IA dans les œuvres cinématographiques.

Second point qui mérite une attention rigoureuse : on a lu que 81% des Américains veulent savoir si le contenu qu’ils regardent est généré par IA ou par des humains. On peut alors penser qu’il s’agit d’une demande de transparence massive. Et la sanction immédiate que provoque toute révélation d’usage non déclaré de l’IA confirme que cette demande est vraiment sérieuse.

Un exemple très concret à ce sujet : le film Late Night With the Devil (2023), réalisé par Cameron et Colin Cairnes a fait l’objet d’un appel au boycott pour trois images IA, des interstitiels placés pour renforcer soi-disant l’esthétique des films des années 70.

Un autre exemple qui touche une entreprise célèbre : Disney, qui n’est quand même pas née hier, a été mise en cause pour une affiche de la saison 2 de Loki, partiellement générée. Même si on a dit que ce n’était pas vraiment Disney le responsable mais le graphiste qui a utilisé une image IA sans vérification, il est quand même étonnant que personne dans la production n’a été mis au courant de cette spécificité.

Ceci n’est pas de l’ordre de l’irrationnel, évidemment que non. Par cet exemple, encore une fois, nous rejoignons exactement l’instinct de Walter Benjamin, ici cette fois-ci appliqué à la pratique quotidienne de consommation.

2. Le documentaire : le genre qui ne peut pas être remplacé

Si l’IA peut, à court terme, remplacer la fiction par une fiction 100% simulée (n’omettons pas de dire que la fiction est par définition construction et qu’une machine peut construire à l’infini), il existe un genre cinématographique que l’IA ne peut structurellement pas remplacer : il s’agit du documentaire.

En effet, un documentaire ne se fabrique pas. Il se trouve alors qu’il en train de se faire. C’est une véritable confrontation face au réel brut. Il naît de la décision d’aller quelque part, de pointer une caméra sur quelque chose qui résiste (on voit ça très bien dans les documentaires de l’américain Frederik Wiseman, récemment disparu), sur quelqu’un qui parle depuis sa vie propre et non depuis le scénario qu’on lui aurait assigné.

Aucune IA ne peut faire ça.
Bien sûr, elle peut être capable de générer l’image de quelqu’un qui parle. Mais elle ne peut pas rencontrer quelqu’un.
La différence est forte parce qu’elle est ontologique ; elle concerne l’être ; le fait d’exister.
Tout simplement.

Les grands documentaristes, tels Chris Marker, Jean Rouch ou Frederick Wiseman (dont les films de quatre à six heures sur les institutions américaines sont de véritables plaidoyers pour la démocratie) créent des œuvres de la durée et de la présence que rien ne pourra simuler. Les documentaires de l’inclassable cinéaste hollandais Johan van der Keuken, comme Amsterdam Global Village (1996) en sont aussi un exemple cohérent : ils parlent des vrais êtres et c’est ça qui touche. Le documentariste contemporain Nicolas Philibert (Ours d’or au Festival de Berlin en 2023 pour son documentaire sur des adultes souffrant de troubles psychiques), travaille de la même façon, pour toucher ce que la vie à de plus belle : la vérité.

Tous ces auteurs ont construit une œuvre sur l’idée que le cinéma documentaire est un outil de connaissance, précisément parce qu’il engage une subjectivité dans le monde physique. Ainsi nous nous intéressons au regard unique de Chris Marker dans son film Sans soleil (1983) parce qu’il est inséparable de sa biographie, de ses obsessions, de sa façon particulière d’habiter le temps et l’espace, de créer par le montage.

C’est un regard qui ne peut pas être calculé.

C’est pourquoi on doit comprendre, non sans avec une ironie savoureuse, que l’IA, qui prétend tout pouvoir générer, va renforcer paradoxalement la valeur de ce qui ne peut pas être généré : le témoignage, la présence, l’imprévu.

Imaginons un seul instant le film-témoignage des rescapés de l’holocauste, film somme de Claude Lanzmann, Shoah (1985) généré par l’IA. Ce serait d’un mauvais goût sans nom. En un mot, une insulte barbare faite à la mémoire des disparus.

Quand une caméra enregistre un visage qui pleure, quelque chose s’est passé devant elle. Quand une IA génère un visage qui pleure, rien ne s’est passé : sauf un calcul.

Cette différence est invisible pour l’œil non concerné mais fondamentale pour le sens de celui qui veut vraiment regarder et apprendre du réel.

3. Les autres genres du cinéma : hybridation, cinéma de l’intime, essai filmé

Au-delà du documentaire, d’autres formes de cinéma apprennent à résister à l’IA, ou vont même s’en emparer de façon créative.

L’hybridation assumée est peut-être, à court terme, la voie la plus intéressante à approfondir. Le court-métrage Imagine, d’Anna Apter, réalisé seule avec Midjourney, a remporté en 2023 le Prix de la critique et le Prix de la mise en scène au Nikon Film Festival, non pas parce qu’il était techniquement parfait, mais parce qu’il thématisait son propre procédé. L’outil était le sujet autant que le moyen. On pourrait convenir qu’il s’agit ici d’une posture cohérente.

Venons-en à L’Artefact AI Film Festival, créé en 2024 à Paris par mk2 et Artefact, avec le cinéaste Jean-Pierre Jeunet (Amélie Poulain) comme Président du jury, et qui illustre parfaitement cette émergence croissante : le Festival a reçu 267 films provenant de 35 pays pour la première édition. Bruno Patino, Président d’ARTE était membre du jury et auteur remarqué de l’essai La civilisation du poisson rouge qui analyse nos comportements face à la servitude numérique.

Dans le communiqué de la dernière édition du Festival, le directeur général du groupe mk2, Elisha Karmitz, avoue que « l’IA devient un outil pertinent lorsqu’elle est mise au service du storytelling ».

Le cinéma du corps, précisons la performance du corps, la présence physique des acteurs, représente évidemment une résistance incontestable : si on regarde la façon dont la « Falconetti », actrice éblouissante et unique du cinéma « muet », regarde le ciel dans La Passion de Jeanne d’Arc de Dreyer, ou la façon dont, par exemple, un grand acteur comme Jean-Louis Trintignant fait exister l’intériorité dans un plan de coupe, on comprend de quoi nous voulons parler.

Ce sont des moments qui ne peuvent pas être « générés ». Tout au plus peuvent-ils être imités mais sans une réelle profondeur ; donc imités mollement.

Mais l’imitation trahit toujours son origine, parce que l’original était une expérience et que la copie est une image d’une expérience.

Quant à ce qu’on peut appeler comme autre genre cinématographique, « L’essai filmé », par exemple chez Agnès Varda, Raymond Depardon, et une fois encore chez le grand Chris Marker, il offre une liberté formelle totale. Ces réalisateurs pourraient tout aussi bien utiliser des images IA, des archives, des images tournées au smartphone. Tout est possible, à condition que la pensée soit là et reste elle-même : que quelqu’un soit présent derrière les images pour en assumer la responsabilité et la signification. « L’essai filmé » est peut-être la forme qui bénéficiera le plus de l’IA parce qu’elle peut se l’approprier en pleine conscience, sans prétendre à autre chose que ce qu’elle est. Chris Marker, passionné absolu des nouvelles technologies, mélange déjà les formats, les temporalités, les sources dans son film Sans Soleil (1983).

Il en est de même pour « Le journal filmé », un genre qui révèle l’intime et les ombres cachées au fond d’un être humain, ses choix, ses troubles, sa sexualité, comme les films déposés désormais à la BNF, du pionnier du documentaire sur le militantisme LGBT, Lionel Soukaz, disparu en février 2025, ou encore ceux du lituanien Jonas Mékas, une œuvre dense faite de journaux filmés, notes, chroniques, de sa vie au jour le jour de 1950 à sa mort en 2019.

Le « cinéma de genre » enfin, comme l’horreur, la science-fiction et le thriller, a toujours intégré les nouvelles technologies plus rapidement que les autres formes, parce qu’il fonctionne sur un pacte de convention assumé avec le spectateur friand de ce genre de spectacles cinématographiques. L’IA peut y trouver une place d’outil d’amplification esthétique, à condition que le récit reste humain, bien évidemment. Dalloway de Yann Gozlan, présenté en séance de minuit à Cannes 2025, avec l’actrice Cécile de France et la chanteuse Mylène Farmer qui prête sa voix reconnaissable entre toutes à une mystérieuse intelligence artificielle, illustre avec sérieux cette possibilité.

C’est un film qui prend l’IA pour sujet sans être fait par elle.

4. Pour une « éthique » de l’image

Les deux questions fondamentales qui suivent ne sont pas seulement d’ordre esthétique.
Elles sont politiques, au sens large du terme :

Quel régime de vérité voulons-nous pour les images ?
Et quelle confiance voulons-nous maintenir entre ce qui est montré et ce qui s’est passé ?

La prolifération excessive d’images entièrement synthétiques et sans régulation produit une érosion progressive du crédit que nous accordons à l’image en général dans nos sociétés actuelles. Si tout peut être généré, rien ne prouve plus rien. C’est la « mort de l’image » professée il y a des décennies par des philosophes comme Régis Debray et Jean Baudrillard et qu’on n’a pas voulu toujours entendre.

Cette nouvelle ère du soupçon généralisé de l’image n’est pas seulement mauvaise pour le cinéma mais elle est destructrice pour la démocratie, elle qui repose sur la possibilité de distinguer le vrai du faux dans les images qui circulent entre les citoyens. Déjà, à l’arrivée de la télévision, le philosophe allemand Karl Popper disait d’elle qu’elle était un « danger pour la démocratie » (titre de son ouvrage) et qu’il fallait absolument une Loi pour l’encadrer.

La réponse à ce potentiel danger n’est pas l’interdiction car les technologies ne s’interdisent pas. La réponse à apporter est la transparence et l’éducation. Il faut s’obliger à déclarer l’usage de l’IA dans toute production destinée au public. Il est urgent de former les spectateurs, dès leur jeune âge, à l’école, et leur apprendre à lire et à déchiffrer les images avec une conscience forte et renseignée sur leurs conditions de production.

C’est ce que le cinéma documentaire, dans sa meilleure tradition, a toujours fait : rendre visible la présence de celui qui regarde, ne pas prétendre à une objectivité qui serait une nouvelle forme de mystification.

 

CONCLUSION

Nous avons vu dans ce long essai que l’avenir du cinéma face à l’IA ressemble à tous les avenirs du cinéma face aux révolutions qui ont précédé : souvent inconfortable, incertain, mais puissamment fertile.

La peinture n’est pas morte avec la photographie. Non. Elle est devenue « impressionniste », « cubiste », « abstraite », et même « numérique ». Elle a cherché
et a trouvé les espaces où la photographie ne pouvait pas la suivre. Elle a été forcée de se demander ce qu’elle était vraiment.

L’IA ne tuera pas le cinéma.

Non.

Elle le forcera à se définir autrement. Et cette contrainte est, historiquement, la condition de naissance des choses les plus intéressantes.

Les sondages analysés dans cet article le disent à leur façon : le public résiste. Il sait poser des limites. Non pas par réaction purement conservatrice, puisque la Gen Z apparaît en tête de cette résistance, mais précisément parce qu’elle connaît de l’intérieur ce que fait l’IA et qu’elle sait distinguer ce qui fascine de ce qui touche.

Rappelons dans cette conclusion que 11% des Américains seulement seraient prêts à voir un film 100% IA. Et que 81% d’entre eux veulent savoir si le contenu est fait par un humain. Ce n’est pas un retard à combler : c’est un signal sur ce que le cinéma est pour ceux qui le regardent vraiment.
Pour ceux qui l’aiment profondément.

Ce signal précieux, c’est quelque chose comme ceci : nous voulons des traces. C’est la vie qui intéresse. Des traces qu’un être humain a voulu quelque chose, qu’il a décidé de pointer une caméra quelque part, qu’il a subi la résistance du réel (pensons à Nanook (1922), premier long-métrage documentaire de Robert Flaherty), qu’il a failli rater et chercher à comprendre ce qu’il a réussi ou bien raté. Nous voulons « L’aura », même si beaucoup n’ont jamais entendu parler du concept de Walter Benjamin.

En fait, nous voulons que quelque chose se soit passé.

L’ordinateur Deep Blue a fini par battre le champion d’échec Garry Kasparov. C’est entendu. Mais personne ne regarde Deep Blue jouer aux échecs. On aime regarder des humains jouer aux échecs, jouer de la musique, faire des films, parce que c’est leur façon de jouer qui nous intéresse, parce que c’est leur façon de filmer les êtres et les choses qui nous interpelle ; parce qu’il y a de la peur, parce qu’il y a de l’ambition, parce qu’il y a de la beauté, parce qu’il y a la possibilité de l’erreur, pour toujours avancer. Oui, l’erreur surtout. L’erreur irremplaçable qui fait l’être humain dans ses choix. L’erreur qui dit que quelqu’un était vraiment là et à essayer de créer quelque chose de lui. Cette erreur-là, nécessaire, elle qui peut souvent servir de stratégie pour gagner, comme aux échecs ; cette erreur que l’ordinateur ignore trop souvent.

Au bout du compte, une certitude : les yeux à l’affût, le cœur ouvert à l’inconnu et au sublime, laissons l’humain décider encore. Parce que son désir de créer est indomptable. Parce que son imagination, imprévisible et animée, a toujours su trouver, dans les outils de son temps, la fissure par où passe la création.
Il est certain que les œuvres cinématographiques à venir ne manqueront pas de nous étonner encore. Elles ne manqueront pas de nous émerveiller encore. Elles ne manqueront pas d’être obstinément humaines.

Encore.

Toujours.

MATT DRAY

Découvrez les 4 options du BTS Métiers de l’Audiovisuel avec l’ESIS

Publiée le 7 January 2024
Découvrez les 4 options du BTS Métiers de l’Audiovisuel avec l’ESIS

L’ESIS, l’École du cinéma, du son et de la musique prépare en deux ans au Brevet de Technicien des Métiers de l’Audiovisuel en alternance, un diplôme d’Etat avec quatre options au choix : Montage, Son, Image ou Gestion de Production. Découvrez en détail ces 4 options.

 

 

 

 

 

 

 

 

QU’EST-CE QUE LE BTS MÉTIERS DE L’AUDIOVISUEL ?

Un BTS Métiers de l’Audiovisuel est un diplôme officiel dont les épreuves sont organisées par l’État. C’est un programme de formation de niveau BAC+2 visant à préparer les étudiants à travailler dans l’industrie de l’audiovisuel, que ce soit à la télévision, au cinéma, en production vidéo, en post-production, en journalisme audiovisuel, en radio, en production de contenus numériques, ou dans d’autres domaines connexes.

L’ESIS propose une formation en alternance permettant de se préparer à la fois aux tests d’obtention et aux métiers de l’audiovisuel. Le tronc commun du BTS Métiers de l’Audiovisuel s’articule donc autour de six modules d’enseignement qui permettent d’obtenir 60 crédits ECTS.

 

PRÉSENTATION DES 4 OPTIONS DU BTS MÉTIERS DE L’AUDIOVISUEL

Le choix de l’option dans le cadre du BTS « Métiers de l’Audiovisuel » est crucial. Ce BTS offre une formation complète qui couvre différents aspects de l’audiovisuel, l’ESIS, l’École du Cinéma et du Son vous présente les 4 options possibles :

1. Option IMAGE : Cette spécialisation se concentre sur la capture d’images, la réalisation de prises de vue, la direction de la photographie, l’éclairage, et l’utilisation de caméra professionnelles. Les élèves apprennent à maitriser la lumière, doivent savoir organiser un plateau TV et savoir tourner tant en intérieur qu’en extérieur.
Au terme de sa formation le diplômé du BTS « Métiers de l’audiovisuel », Option Image, l’élève devra être capable, entre autres, de répertorier et apprécier les contraintes de la réalisation, définir l’importance, la place et les fonctions de l’image dans le produit à réaliser ainsi que de participer à la définition des grandes options techniques et artistiques.

2. Option SON : Les étudiants sont formés à la maîtrise des outils techniques d’enregistrement, de mixage et de montage sonore et à la manipulation d’équipement audio professionnel.
A la fin de sa formation, l’élève au BTS « Métiers de l’Audiovisuel », Option Son, devra être capable de définir, en accord avec le réalisateur, les éléments sonores nécessaires à la construction de la bande-son. Il doit les rechercher ou en superviser la fabrication, effectuer le montage-son en calant tous les éléments sonores par rapport aux images et aux sons directs et les agencer pour faciliter le travail de mixage.

3. Option MONTAGE : Cette spécialisation se penche sur le montage vidéo, les effets spéciaux, la post-production, l’étalonnage des couleurs, et l’utilisation de logiciels de montage. Les étudiants sont formés à la maîtrise de logiciels de montage dont Première et Avid.
L’élève de l’Option Montage doit être capable d’évaluer et d’adopter un projet en analysant à la fois les aspects esthétiques, techniques et culturels des œuvres sonores, visuelles ou audiovisuelles.

4. Option GESTION DE PRODUCTION : Elle aborde la gestion de projets audiovisuels, la planification, la coordination, la budgétisation, et la gestion des ressources humaines dans le secteur audiovisuel. Les étudiants vont être formés à l’organisation des productions audiovisuelles sur le plan logistique, juridique, administratif, technique, financier et désormais sanitaire.
Le titulaire du BTS « Métiers de l’audiovisuel », Option Gestion de la production, doit être en mesure de participer au choix des moyens de production, des décors et lieux de production et réalisation ainsi que des personnels techniques. Il doit aussi établir les contrats, les documents et les dossiers pour les autorisations et déclarations auprès des organismes spécialisés.

 

LES DÉBOUCHÉS DU BTS MÉTIERS DE L’AUDIOVISUEL

Les débouchés du BTS Métiers de l’Audiovisuel de l’ESIS sont nombreux : assistant de production régisseur, responsable des plannings, directeur de la photographie, régisseur lumière, monteur son, régisseur son ou encore monteur, infographiste et étalonneur.

Une fois diplômés du BTS, les étudiants ont la possibilité de continuer leurs études en Bachelor Cinéma et VFX ou en Bachelor Son et Musique. Le Bachelor Cinéma et VFX de l’ESIS se déroule en 3 ans et permet d’obtenir une vision globale de l’ensemble de la chaîne de métiers et peut être poursuivi en Mastère. Le Bachelor Son et Musique, en trois ans, permet de poursuivre ses études en intégrant l’un des mastères de notre établissement : Réalisation et Production Sonore, Scénario & Réalisation ou Communication et Production Cinématographique.

Le Fil de Daniel Auteuil : Défendre avec le cœur 

Publiée le 24 September 2024
Le Fil de Daniel Auteuil : Défendre avec le cœur 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 11 septembre 2024 est sorti au cinéma le dernier projet de Daniel Auteuil intitulé Le Fil. Le long métrage narre le procès d’un père que l’on accuse du meurtre de sa femme. Son avocat prend exceptionnellement l’affaire et commence, petit à petit, à s’investir personnellement pour son client. 

Chacun sait que la justice se doit d’être la plus impartiale possible et ne prendre en compte que les faits et non l’affect. Cela s’applique bien sûr aux avocats. Ils doivent être solides sur les preuves qu’ils avancent et prendre un maximum de recul sur les affaires pour éviter de tomber dans la compassion ou l’empathie. Voilà tout le propos de ce film, il s’interroge sur la “bonne” façon de défendre mais aussi sur la question de l’interprétation d’un fait. 

Résumé et construction

Le maître Jean Monier travaille comme avocat dans les environs d’Arles. Ce dernier ne s’est toujours pas remis de son dernier procès à la Cour d’Assises 3 ans plus tôt. Il a, à ce moment-là, innocenté un meurtrier qui s’est remis à attaquer peu après sa libération. Il s’est juré de ne plus mettre les pieds dans une Cour d’Assises pour éviter un tel drame. Il finit cependant par céder à sa femme et part interroger le client en question. Cet homme s’appelle Nicolas Milic et il est soupçonné de meurtre sur sa femme. Il est le père de cinq enfants et déclare que sa femme aurait quitté le domicile fortement alcoolisée et ne lui aurait pas laisser de nouvelles depuis ce départ. Il pretend même avoir été griffé par sa femme avant qu’il ne perde patience et l’insulte assez sèchement. En entendant cette histoire, Monier décide de reprendre l’affaire pour rendre à ses enfants Nicolas Milic.  

Le film est construit sur une alternance entre les séquences du procès, du premier au dernier jour, et d’autres séquences qui traitent de l’enquête et de l’évolution de la psychologie des personnages liés à ce dossier. Il est aussi ponctué de flashbacks pour situer le spectateur lorsqu’un suspect ou un témoin raconte ce qu’il a vu ou pas. 

La question de subjectivité 

Si nous devions résumer le film à une seule thématique, ce serait celle de la subjectivité. Que ce soit sur le fond ou sur la forme, les deux mettent cet aspect en avant. En ce qui concerne la narration du film, la réalisation a fait le choix de ne pas mettre de personnage omniscient ou de plan de caméra qui donnerait un détail de plus à l’audience. Cela permet de plonger le spectateur dans la peau d’un des personnages, on est invité avec la Cour, à assister au dénouement du procès. Aussi le personnage de Monier est amené dans son écriture à très vite concevoir une vision parfaitement illusoire des faits qui vous sont proposés depuis le début. Il va se reconnaître dans ce personnage, s’y attacher, il va se convaincre qu’il est innocent et être déterminé à mener son affaire au bout. Le spectateur se retrouve donc dans la même position que Monier, il est perdu, seul face à ses propres convictions donc il se raccroche à tout ce qu’il peut pour s’en sortir puisque en aucun cas les avancées du camp adverse sont montrées à l’audience. 

Sur le fond comme sur la forme, le film parvient à offrir une approche intéressante d’un film de procès, souvent lent et progressif. Il déconstruit également l’image traditionnelle de l’avocat, souvent perçu comme froid et calculateur. Dans “Le Fil”, l’accent est mis sur l’aspect humain et psychologique de la profession. L’avocat est montré comme vulnérable, sensible, et presque proche de nouer une relation amicale avec son client. Reste à savoir si cela suffira pour sauver Nicolas. 

  

Théo Tourneur

Portrait de Anamaria Vartolomei

Publiée le 6 March 2026
Portrait de Anamaria Vartolomei

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Anamaria Vartolomei s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris.

Si elle affiche aujourd’hui, à seulement 26 ans, une carrière étincelante et qu’elle a le charisme d’une star, Anamaria Vartolomei ne se destinait pas, loin s’en faut, à devenir actrice. Née en Roumanie, elle débarque en France à l’âge de 6 ans et s’installe à Pantin sans connaître un mot de français. Après avoir découvert le théâtre à l’école, elle passe le casting de My Little Princess (2011) d’Eva Ionesco et décroche son premier rôle, parmi 500 candidates, aux côtés d’Isabelle Huppert ! En se retrouvant soudain plongée dans un milieu qu’elle ne connaît pas, elle prend conscience que sa culture cinématographique est assez limitée : « Quand j’ai commencé, j’avais 10 ans, et personne ne faisait de cinéma autour de moi », dit-elle. « J’ai découvert ce milieu au fur et à mesure des tournages, des rencontres, et je souffrais, au départ, d’un manque de culture. J’allais au cinéma avec mes parents, mais nous allions voir ce qui sortait en salles, pas des vieux films, et eux étaient plutôt branchés cinéma roumain. Je me suis donc forgé ma culture seule, notamment à travers des rétrospectives. Finalement, ne pas venir de ce milieu a été une force, car cela a développé ma curiosité. »  

La jeune actrice intègre ensuite le cours Florent, puis l’école d’art dramatique Les Enfants Terribles. Mais les cours ne la passionnent pas et elle préfère se confronter à l’expérience concrète du tournage. Elle enchaîne alors les petits rôles sous la direction de Riad Sattouf (Jacky au royaume des filles, 2014), Frédéric Beigbeder (L’Idéal, 2016), ou Marc Dugain (L’Échange des princesses, 2017) avant d’être remarquée par Audrey Diwan pour L’Événement en 2021. Elle y interprète une jeune fille qui, dans les années 60, décide d’avorter pour poursuivre ses études. « C’est un film nécessaire qui ose regarder droit dans les yeux l’avortement clandestin », confie Anamaria. « J’ai ressenti une énorme colère face à l’histoire d’Anne [la protagoniste] que vivent encore aujourd’hui de nombreuses jeunes filles dans certains pays et États où l’avortement est interdit. » Pour plusieurs scènes délicates – et en particulier celle de l’avortement –, l’actrice et la réalisatrice ont noué une étroite collaboration. « Durant le confinement, Audrey m’appelait chaque jour pour me conseiller des livres et des films. Puis on a peaufiné mon personnage sur le plateau, c’était une chorégraphie à trouver. » Le film décroche le Lion d’or à la Mostra de Venise et la jeune actrice le César de la révélation féminine. 

Après L’Événement, Anamaria Vartolomei refuse plusieurs propositions qui ressemblent étrangement au rôle d’Anne dans le film d’Audrey Diwan. Car ce qui l’intéresse, justement, c’est de changer de registre. Ce qu’elle fait avec L’Empire (2023) de Bruno Dumont, à mi-chemin entre science-fiction décalée et réalisme social, où elle interprète une extraterrestre ! « J’ai refusé beaucoup de projets après L’Événement car je voulais prendre mon temps et je trouvais qu’on me proposait trop souvent les mêmes choses. J’ai un peu l’impression qu’en France, quand on fait un drame, on ne te propose plus que cela après. C’est pareil si tu fais de la comédie. Donc je me suis retrouvé avec beaucoup de scénarios évoquant le sujet de l’avortement mais j’avais envie que les gens comprennent que je voulais faire autre chose. J’ai attendu jusqu’à ce que Bruno Dumont, tel un sauveur, me propose quelque chose de vraiment spécial. » Elle reconnaît pourtant qu’elle ne connaissait rien à son cinéma : « Je n’avais jamais vu ses films et je n’ai rien compris à son scénario », dit-elle en riant. « J’y suis allée parce qu’il me faisait marrer. Il est à la fois perché et bienveillant. Le cinéma, pour lui, c’est vraiment de la création, la fabrication d’un truc complètement décalé. » 

En 2024, elle franchit encore une étape. Non seulement elle campe le rôle-titre de Maria de Jessica Palud, autour de l’actrice Maria Schneider, mais elle tourne dans Mickey 17 de Bong Joon-ho, ambitieuse production américaine. Qu’est-ce qui l’attirait chez Maria Schneider, comédienne au succès éphémère et brisée par une société patriarcale ? « Incarner une femme digne qui a marqué une époque en allant à l’encontre de ce qu’on attendait d’elle me porte car il s’agit de la lutte la plus concrète : braver les interdits et se dire ‘je mérite ma place dans la société’ telle que je suis, sans jamais trahir son identité. » Et que pouvait-elle rêver de mieux que le plateau du cinéaste coréen Bong Joon-ho pour se renouveler encore ? « Jamais je n’aurais pensé un jour travailler avec Bong Joon-ho », confie-t-elle. « Il faisait partie de cette liste de réalisateurs inaccessibles. J’avais un peu peur parce que ce n’était pas forcément mon territoire, du moins, ce n’était pas ma langue. C’est le premier tournage d’une telle envergure que j’ai fait avec un casting aussi international. Et en même temps, je me disais que si j’avais été prise, c’était pour une bonne raison. Parfois, il ne faut pas toujours essayer de comprendre le pourquoi ! » 

Elle enchaîne avec une autre production de grande ampleur, Le Comte de Monte-Cristo (2024) d’Alexandre de la Patellière et Matthieu Delaporte où elle campe la troublante Haydée. Elle en garde un souvenir merveilleux. « C’était un tournage joyeux, enjoué, presque festif. On était tous comme des enfants, au milieu de ces décors immenses et de ces costumes d’époque. J’ai vraiment eu l’impression que Matthieu et Alexandre [de La Patellière et Delaporte] s’étaient entourés de gens qui avaient le plaisir du jeu, de la création, et qui s’amusaient sincèrement à raconter cette histoire. » Un an plus tard, elle tourne dans sa première série, Merteuil, qui imagine un prologue aux événements des Liaisons dangereuses. L’occasion de refaire équipe avec Jessica Palud. « Nous avions scellé une sorte de pacte après Maria,qui stipulait qu’on se retrouverait pour un projet encore plus fort », reprend-elle. « Or, il y avait tant à explorer avec le personnage de Merteuil ! Nous voulions conserver le côté machiavélique et froid de la marquise, mais nous tenions aussi à ce qu’elle soit vulnérable et fragile dans l’intimité. J’avais évidemment en tête l’image de Glenn Close dans Les Liaisons dangereuses de Stephen Frears, mais sa performance était tellement parfaite que j’ai préféré ne pas revoir le film. » 

Après L’Intérêt d’Adam (2025) de Laura Wandel, où la comédienne renoue avec le naturalisme de L’Événement, elle sera à l’affiche de La Bataille de Gaulle d’Antonin Baudry, l’une des productions les plus ambitieuses de cette année, et campera Juliette Gréco devant la caméra d’Anne Fontaine. On ne l’arrête plus… 

Les 6 Avancées majeures réalisées dans le domaine de l’image

Publiée le 11 January 2024
Les 6 Avancées majeures réalisées dans le domaine de l’image

L’univers du cinéma a connu une évolution constante depuis sa naissance au début du XXe siècle. Cependant, aucune période n’a été aussi marquante que les dernières décennies en termes d’innovation technologique.

Les avancées dans le domaine de l’image ont transformé le paysage cinématographique en offrant des expériences visuelles de meilleure qualité, une interactivité accrue et de nouvelles possibilités créatives dans la production et la diffusion de contenu.

L’ESIS te présente les 6 avancées majeures réalisées dans le domaine de l’image.

 

 

 

 

 

LA POST-PRODUCTION ET LES EFFETS VISUELS

Les avancées dans la post-production et les effets visuels ont permis de créer des mondes virtuels, des créatures fantastiques et des environnements extraordinaires dans les films et les émissions de télévision. Ces techniques ont également amélioré la correction des couleurs et la retouche d’image. Qu’est-ce que la post-production et les VFX?

    • Post-production : La post production est la dernière phase de création d’une vidéo, après le tournage. Elle rassemble tous les éléments tout en les peaufinant.
    • Les VFX : Les effets spéciaux peuvent être filmés directement lors du tournage ou alors ils peuvent être ajoutés numériquement en post-production.

Le film « Inception » de Christopher Nolan est un exemple emblématique de l’utilisation innovante des effets visuels pour créer une réalité alternative.

 

PHOTOGRAPHIE NUMÉRIQUE

L’avènement de la photographie numérique a changé la donne pour les photographes amateurs et professionnels ! Eh oui, l’appareil photo numérique a remplacé l’appareil photo argentique, offrant des avantages tels que la visualisation instantanée, la retouche facile et la possibilité de stocker un grand nombre de photos sur de petits supports.

 

LA PHOTOGRAPHIE À HAUTE DYNAMIQUE (HDR)

La photographie HDR combine plusieurs images prises à différentes expositions pour créer des images avec une gamme dynamique étendue, préservant ainsi les détails dans les zones sombres et lumineuses.

 

L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET LA RECONNAISSANCE D’IMAGE

L’intelligence artificielle (IA) a révolutionné la façon de traiter les images. Les algorithmes de reconnaissance d’image sont devenus incroyablement précis, permettant aux ordinateurs de détecter et d’identifier automatiquement des objets, des visages, et même des émotions humaines dans les images.

 

LA VIDÉO À 360 DEGRÉS

La vidéo à 360 degrés permet aux spectateurs d’explorer une scène à partir de différents angles en utilisant des casques de réalité virtuelle ou des lecteurs vidéo interactifs. Cela crée des expériences immersives uniques pour le divertissement, le tourisme et l’éducation.

 

LA HAUTE DÉFINITION (HD) ET L’ULTRA HAUTE DÉFINITION (UHD)

L’introduction de la technologie HD a considérablement amélioré la qualité de l’image résolutions plus élevées. L’UHD (également appelée 4K et 8K) a poussé les limites de la qualité visuelle, permettant des images encore plus nettes et détaillées.

 

LA RÉALITÉ VIRTUELLE ET AUGMENTÉE

La réalité virtuelle (VR) et la réalité augmentée (AR) ont ouvert de nouvelles dimensions dans le monde de l’image. La réalité virtuelle permet aux utilisateurs de plonger dans des environnements numériques immersifs, tandis que la réalité augmentée superpose des éléments virtuels au monde réel. Le simple affichage tête haute d’une voiture comme une forme de réalité augmentée. Ces technologies sont largement utilisées dans les jeux, la formation, la conception et le divertissement, offrant des expériences visuelles, incroyablement riches.

 

LA DIFFUSION EN CONTINU

Les plateformes de diffusion en continu, telles que Netflix, Amazon Prime Vidéo et Disney+, ont révolutionné la façon dont nous consommons le contenu audiovisuel en offrant un accès instantané à une vaste bibliothèque de films et d’émissions de télévision, avec une qualité d’image exceptionnelle.

 

LE DOMAINE DE L’IMAGE VOUS INTÉRESSE ?

En définitif, les avancées technologiques dans le domaine de l’image ont transformé le cinéma, ouvrant de nouvelles perspectives créatives pour les cinéastes et offrant des expériences visuelles inoubliables aux spectateurs.
L’ESIS a été créée pour former des professionnels de l’image et du son avec des formations professionnalisantes dès la 1e année en image, son et post-production, en proposant une expertise à la fois dans le domaine cinématographique et de la production sonore.

HALLOWEEN APROCHE… PRÊT(E) À FRISSONNER ?

Publiée le 29 October 2024
HALLOWEEN APROCHE… PRÊT(E) À FRISSONNER ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce soir, sur les coups de 21h, interrompez votre film ou série, fermez les volets, et surtout… N’ouvrez à personne. Nous vous proposons une soirée spéciale : une nuit de lecture, plongée dans des livres terrifiants. Si vous voulez vivre une expérience à glacer le sang, nous vous invitons à vous envelopper dans vos draps, avec une boisson chaude, une lecture horrifique vous attend.  

Prêt(e) à frissonner jusqu’à l’aube ? 

1, 2, 3, nous irons au bois, Philippe Le Roy 

Si vous adorez les escape games et les atmosphères inquiétantes, ce livre est fait pour vous. Fanny, une adolescente fan des réseaux sociaux, tombe sur un jeu très particulier : un escape game dans une forêt sombre, où chaque participant doit affronter ses plus grandes peurs. Ce qui devait être une aventure amusante se transforme rapidement en cauchemar. Des bruits étranges, des découvertes macabres, et l’ombre de la mort qui plane sur eux. Un seul conseil : si vous commencez ce livre, préparez-vous à des nuits sans sommeil… 

Comme toi, Lisa Jewell 

Disparue à l’âge de 15 ans, Ellie n’a jamais été retrouvée. Pas de corps, pas de coupable. Sa mère, Laurel, n’a jamais pu faire son deuil. Dix ans plus tard, elle fait la connaissance de Floyd, un homme charmant, et de sa petite fille de 9 ans. Ce qui est troublant, c’est que cette fillette ressemble étrangement à Ellie… Coïncidence ou sinistre secret ? Ce roman envoûtant vous tiendra en haleine jusqu’à la révélation finale. 

Les Jumeaux Crochemort, Cassandra O’Donnell  

Deux adolescents, placés en famille d’accueil après la mort de leurs parents, découvrent qu’ils ont été réclamés par des grands-parents qu’ils ne connaissent pas. Ils sont envoyés dans une ville mystérieuse, peuplée de malédictions, de fantômes et de dangers. Une chose est à noter : ces jumeaux possèdent chacun des dons spéciaux, qui les mèneront au cœur d’une aventure angoissante. Il s’agit d’un récit où le mystère et la magie s’entrelacent pour captiver le lecteur jusqu’à la dernière page. 

Carrie, Stephen King  

Plongez dans l’un des classiques de l’horreur avec Carrie de Stephen King. Une adolescente brimée découvre qu’elle possède des pouvoirs télékinésiques. À force d’être moquée par ses pairs, elle décide de se venger lors du bal de fin d’année… et ce qui suit est tout simplement terrifiant. Préparez-vous à une vengeance sanglante, un roman qui explore les pires recoins de l’humiliation et de la rage. 

La Patience du Diable, Maxime Chattam 

Et pour finir, voici un thriller psychologique où le mal est omniprésent. La Patience du Diable est une traque infernale qui vous fera frissonner à chaque page. Ne lisez pas ce livre seul, et encore moins à l’extérieur, la nuit… Le suspense est intense, l’horreur subtilement distillée. On pourrait bien vous surprendre à vérifier deux fois que la porte d’entrée est bien fermée, après en avoir terminé la lecture. 

Besoin de plus de frissons ? Si vous voulez davantage d’horreur pour cette soirée, je vous recommande également L’Enfant des Cimetières de Cédric Sire. Ce livre, hanté par les ombres et les esprits, est tellement terrifiant que nous n’avons même pas osé le terminer… Préparez-vous à une expérience littéraire intense, et surtout, à ne plus jamais voir les cimetières de la même manière. 

Nous vous souhaitons de belles et terrifiantes lectures ! 

Laury-Anne Mi-Poudou 

Portrait d’Alex Lutz

Publiée le 26 March 2026
Portrait d’Alex Lutz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alex Lutz s’est rendu au contact des étudiants au sein de l’école ESIS au campus de Paris.

Originaire de Strasbourg, Alex Lutz envisage d’abord le dessin, mais se réfugie rapidement dans le jeu et l’humour – lui qui, enfant, est un peu complexé et guère sportif. « Pour ne pas subir les sarcasmes, j’ai vite compris la force de l’humour », confie-t-il. « De toute façon, les choses négatives qu’on vit dans l’enfance sont fondatrices. Par exemple, j’adorais les mauvais profs. Plus ils étaient bêtes et ennuyeux, plus je les imitais. » Un don qu’il va mettre rapidement à profit sur scène. « À 15 ans, j’ai découvert le théâtre. Et le théâtre a été la mise en relief des petites histoires que je racontais en dessinant. »

Très vite, à 17 ans, il est engagé par des compagnies de théâtre et touche ses premiers cachets, avant de créer sa propre compagnie pour laquelle il écrit et met en scène ses spectacles. Il fréquente aussi plusieurs acteurs et comiques, comme Pierre Palmade et Sylvie Joly. Dès 2004, il décroche des seconds rôles dans des téléfilms et des séries, de Scènes de ménage (2009) à SODA (2011-2014). Mais c’est avec la série de sketchs Catherine et Liliane, où il interprète une secrétaire qui n’a pas la langue dans sa poche aux côtés de Bruno Sanches, qu’il s’impose auprès du grand public. « On est tombé sur deux femmes qui avaient typiquement le même rapport de domination et de suiveuse que nous », se souvient-il. « Nous avons suivi ces deux personnes à 10 mètres derrière et on a commencé à les imiter. » Alex Lutz retrouve alors son plaisir enfantin de se grimer et de se transformer. « Tous les acteurs rêvent de jouer une femme. Il suffit pour cela d’avoir la silhouette et la capacité vocale adéquate. Qui mieux qu’une femme peut offrir une telle palette de sentiments ? Cela n’a-t-il d’ailleurs pas donné lieu à un film superbe, Tootsie ? »

Remarqué pour la plasticité de son jeu et son vaste registre, Alex Lutz fait ensuite ses débuts au cinéma, avec, notamment, le personnage de Von Zimmel dans OSS 117 : Rio ne répond plus (2009) de Michel Hazanavicius. « C’est grâce à Jean Dujardin », poursuit-il. « Il m’avait vu dans un sketch à la télé et m’a appelé pour OSS. » Il enchaîne avec plusieurs comédies comme Il reste du jambon ? (2010), Hollywoo (2011) et Sous les jupes des filles (2014). En 2015, il passe à la réalisation avec Le Talent de mes amis, où il joue lui-même aux côtés d’Audrey Lamy et Bruno Sanches. « Avec Le Talent de mes amis, je ne voulais pas faire une pure comédie, mais teinter la comédie de mélancolie. On en a tous, des moments de crise existentielle comme ça. Pour ce film, tout est parti d’un des sketches… Un sketch né de ce qui nous arrive souvent dans la vie et qui nous amuse : cette jalousie qui naît quand les deux autres font un truc de leur côté », précise-t-il.

S’il continue à jouer dans les films des autres, des Visiteurs La Révolution (2016) à Knock (2017) aux côtés d’Omar Sy, il signe son deuxième long métrage avec Guy (2018), faux documentaire épatant autour d’un chanteur de variétés qui a triomphé dans les années 1960 et 1970. « Dans ma tête, j’avais envie d’une histoire libre, un faux documentaire, cela autorise plein de choses, dont une chronologie éclatée », raconte-t-il. « C’est un mode de récit qui me plaisait. Dans un deuxième temps, j’ai créé ce personnage de bout en bout, comme on attaque un roman. J’avais une idée de la structure, je me suis laissé porter. Sur ce mode, j’ai raconté une histoire : un journaliste qui va à la rencontre de son père Guy, une vedette populaire, dont il est le fils illégitime. » 

Variant les genres dans son travail de comédien, il campe aussi bien un PDG abject dans la série Dérapages qu’un tennisman vieillissant dans 5ème set (2021), et se produit même devant la caméra de Gaspar Noé, cinéaste audacieux et singulier, dans Vortex (2021). Il détaille : « Gaspar Noé avait beaucoup aimé mon film Guy et il savait que j’y avais fait la part belle à l’improvisation. Il avait écrit quinze pages, mais pas de dialogues. Cela laisse une grande place à l’imagination et à la collaboration. J’ai dit oui tout de suite. Je l’aurais suivi au bout du monde, parce que c’est un cinéaste intéressant. »

En 2023, il signe Une nuit, autour d’une brève rencontre entre deux êtres attirés l’un par l’autre en plein Paris. Plébiscité par la critique et présenté au festival de Cannes, le film est porté par l’interprétation exceptionnelle de Karin Viard. Il revient sur la genèse du projet : « J’ai été témoin d’une dispute banale dans le métro… Leur engueulade était pleine de charme, d’arguments assez truculents. Je me suis dit “tiens, ils ont l’air de bien se plaire en même temps. Je les ai imaginés faire l’amour maladroitement dans un photomaton… Et s’ils ne se quittaient plus de toute la nuit ?” »  Après avoir joué un commissaire-priseur intraitable dans Le Tableau volé (2024) de Pascal Bonitzer et incarné Pierre Bergé dans la série Becoming Karl Lagerfeld, il transpose le roman de Nicolas Mathieu pour son quatrième long métrage, Connemara en 2025. Il évoque ce qui l’a inspiré dans l’écriture du romancier : « Son incroyable acuité, sa manière de décrire comment le grand corps social infuse la vie de ses personnages, dans leurs attitudes, leurs gestes… De plus, il parle de la France, d’une certaine France, sans que ce soit un texte politique : il trace une subtile cartographie sociologique, mais aussi sensorielle, des êtres, sans une once de pédagogie de comptoir. » Véritable bourreau de travail, Alex Lutz sera  prochainement à l’affiche de Camembert et du Sens de la vie.

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